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L’éco-critique apparaissant marquée par des choix conservateurs, nous voudrions défendre notre attachement commun aux langues ordinaires, au-delà des langues policées et de “belles-lettres” conçues comme activité à part. Notre position critique est un appel à ouvrir le champ de l’écocritique sur celui plus vaste des courants non purement littéraires tels que les Nouveaux Matérialismes. Ceux-ci fournissent des outils pour penser autrement le rapport texte-monde en-dehors d’un analogisme rhétorique sans contrefort. Nous proposons d’effectuer un “pas de côté,” ouvrant l’écocritique sur toutes les langues des signes qui se parlent dans nos pratiques et nos façons d’habiter.

PARLER DE L’ÉCO-CRITIQUE FRANCOPHONE alors que celle-ci est en plein développement1 est un exercice malaisé. Le risque est de précipiter la cristallisation de tendances déjà en cours (tels les travaux sur l’animal ou le paysage2) ou de contrarier et dissoudre trop vite d’autres positionnements (tels les travaux sur l’attachement aux lieux suspects de conservatisme). Ce travail réflexif nous paraît néanmoins nécessaire, et nous souhaitons l’inscrire dans les champs plus généraux, interdisciplinaires et critiques des humanités environnementales. Ce faisant, nous emprunterons nos fondements théoriques aux nouveaux matérialismes3 qui justifient d’une coémergence nature-culture, d’une pensée contextualisée (mais réaliste) des processus bio-physico-chimiques, avec l’objectif de développer une lecture des formes environnementales mêlant matière et signification de manière située.

À la suite de Gilles Deleuze et Maurice Merleau-Ponty, les nouveaux matérialismes montrent comment l’esprit est toujours déjà matériau (l’esprit est une idée du corps), comment la matière est nécessairement quelque chose de l’esprit (l’esprit a le corps comme objet), et comment nature et culture sont toujours natures-cultures4. Dès lors, on peut penser que la matière a des capacités morphogénétiques propres, et génère des assemblages concrets, dont la description et la compréhension doivent remplacer celles des généralités réifiées. Les nouveaux matérialismes s’opposent ainsi aux théories transcendan-tales, humanistes et dualistes qui hantent l’histoire philosophique en proposant un décalage permettant de saisir le déplacement des flux de la nature et de la culture, de la matière et de l’esprit, et l’ouverture d’une théorie active de la formation. Les nouveaux matérialismes, appliqués au domaine de l’écocritique, proposent l’adoption d’une perspective pragmatiste, incarnée et pros-pectiviste qui réinterroge le rôle de la matérialité, et la place de la nature dans l’interprétation des signes, sens et significations. Ainsi, la nature ne se limite pas à un sujet d’étude, dans la mesure où les dynamiques naturelles ellesmêmes, ainsi que les agencements matériels, permettent d’éclairer les processus à l’œuvre et de leur donner un nouveau cadre interprétatif.

Nous traiterons cette problématique sous trois angles. Une première partie sera consacrée à un état des lieux de l’écocritique française. Une deuxième partie mettra en avant un positionnement théorique en réponse aux enjeux évoqués dans la première partie. Une troisième partie traitera de ce position-nement au prisme d’études de cas. [End Page 123]

État des lieux : des belles-lettres nostalgiques

En 2010, Stéphanie Posthumus remarque qu’une écocritique francophone s’est constituée en France autour des années 2000, et que les premiers écocritiques francophones s’intéressent essentiellement aux textes américains5. Le retard et le faible développement d’une véritable pensée écocritique dans le domaine tiennent notamment aux attaques répétées contre la pensée écologique de la part d’intellectuels6 au cours des années quatre-vingt-dix. Malgré la présence d’auteurs comme Félix Guattari avec Les trois écologies (1989)7, Michel Serres avec Le contrat naturel (1990)8 et Isabelle Stengers avec les sept volumes des Cosmopolitiques (1997)9, qui ont développé une approche plus large et critique des humanités environnementales francophones, les éco-critiques littéraires francophones font ressortir les stratégies narratives et les structures poétiques de ces mêmes textes américains dans une démarche qui leur est vite considérée comme spécifique10. L’écocritique francophone est alors conçue comme dotée d’un attachement et d’une particularité poétiques.

Comment se satisfaire du partage schizophrénique selon lequel l’axiologie et l’éthique d’un texte seraient l’apanage de l’écocritique américaine, et sa stylistique la spécialité d’une écopoétique européenne ou française ? N’y a-t-il pas là un biais particulier, non seulement dans la pratique, mais dans la théorie, dans la manière qu’aurait eu l’écocritique francophone de se considérer ? L’exemple de l’écocritique anglophone engagée dans un mouvement d’autocritique et de réforme contre le réalisme de la première vague écocritique11 aurait-il eu un effet distordant et simplificateur quant à de supposés créneaux occupés par l’écocritique francophone ?

Si la diversité croissante des œuvres littéraires prises pour support de réflexion témoigne d’un élargissement sensible des terrains et des enjeux12, ce jeune champ semble néanmoins faire face aux mêmes défis que le courant écocritique anglophone à ses débuts. Celui-ci présentait en effet au départ peu « de partis pris théoriques fondamentaux ou de pratiques déterminées contre lesquels se rebeller » (« There have been no fundamental theoretial tenets or essential ecocritical practices against which to rebel »)13, et cette absence d’innovation méthodologique avait tout d’abord été dénoncée en tant que telle.

Une première série de critiques relativement virulentes avait été livrée entre les années 2003 et 200514, ciblant notamment la conceptualisation trop étroite et naïve des rapports entre texte et monde conçus par la première vague écocritique (Buell 45). Depuis lors, les critiques continuent d’affluer, invoquant aussi bien l’absence de réelle interdisciplinarité que la crispation sur une respectabilité durement acquise ou la prédominance de discours complaisants et élégiaques sur le deuil et la « fin de la nature »15. Il est notamment [End Page 124] regretté que soient abandonnées dans le même temps « des orientations de recherche plus innovantes qui non seulement traversent les frontières disciplinaires mais aussi remettent en cause nos convictions les plus profondes concernant la littérature, la culture, sans oublier bien sûr la nature »16.

Alors même qu’elle n’en est qu’à ses balbutiements, et qu’il est donc malaisé d’invoquer à son sujet les contraintes des forces institutionnalisantes comme chez sa parente anglophone, l’écocritique francophone semble témoigner d’un manque comparable de dynamisme et d’appétit subversif. Ceci se décline en un certain nombre de traits caractéristiques. Puisant dans un répertoire thématique réécrit pour refléter les nostalgies citadines entre campagne, mer, et montagne, l’écocritique française offre au public des visions profondes, éducatives, et sensibilisatrices d’une nature réduite à l’image d’un jardin idyllique à restaurer ou à préserver, en évitant de faire la rencontre entre savoirs et pouvoirs. L’influence de l’héritage français rendant impossible le retour à un réalisme naïf qui postulerait l’absence de tout point de vue, on navigue au mieux entre une poésie du terroir propre à des œuvres trempées dans l’authenticité supposée d’un certain vécu17, et une sémiotique sans racines, tributaire de mythes planétaires mainstream18.

Hors de cette sensibilité néo-terrienne et de ces écofictions catastrophistes, peu de pistes se dégagent. Pour Michel Deguy, co-inventeur avec Kenneth White19 d’une géopoétique qui entend re-nouer le rapport être humain-Terre, le souci du monde doit être repris à la technoscience. Cependant la « profondeur ontologique requise20 » par la pensée des affinités entre écologie et poésie l’empêche alors « d’attribuer la grandeur à ce qui est autre » (Deguy 70), et—attaché comme il est au « nuage de choses » de l’écologie (Deguy 54)—d’ouvrir son propos vers de possibles autres réalités vécues et de « faire voir »—puisque telle est la vocation de la poésie comme de l’écologie (Deguy 103)—d’autres modes de vie souhaitables. Christian Chelebourg n’évoque quant à lui que des récits médiatisés, réduisant l’écologie à un ensemble narratif anxiogène et diffus, essentiellement suspect (Chelebourg 228–29). S’il s’agit bien, comme le souligne Félix Guattari, « de la façon de vivre sur cette planète désormais » (Guattari 13), l’enjeu est de déployer des humanités environnementales qui représenteraient un effort « pour habiter cet espace difficile où se déploient simultanément la critique et l’action21 ». Cependant, force est de constater qu’une grande partie des travaux écocritiques francophones actuels se concentre sur ce que Guattari identifie comme l’un des trois registres de l’écologie—son registre environnemental.

Pour ce qui touche au domaine des pratiques et du quotidien, le pré carré académique et critique aura précisément de moins en moins perçu, au fur et à [End Page 125] mesure de son engagement dans la démarche écocritique, ces langues ordinaires auxquelles il s’avère pour finir inattentif. Il s’enferme sans plus voir la nécessité de s’ouvrir dans des corpus qui disent assez la conception—sinon élitaire, du moins restrictive—de la littérature qu’il envisage, cette poésie et même ce roman qui sont une survivance des Belles Lettres, où le poïein (faire poétique) est conçu comme métier à part, et la bibliothèque comme un patrimoine dont l’héritage se doit de se distinguer comme langage. On est loin d’une sémiotique permettant d’englober—sans s’y noyer—les cultures populaires (rien ou presque sur la bande dessinée, pourtant en pointe), consciente de ce que la littérature—circulation démocratique de paroles muettes—est ce « nouveau régime de l’art d’écrire où l’écrivain est n’importe qui et le lecteur n’importe qui22 ». Voilà un aggiornamento digne de Barthes23, qui ne menace en rien les canons reconnus, auxquels il s’agit maintenant d’ajouter d’autres cultures, littéraires ou non. Ce serait une piste à même de lever ce dualisme supplémentaire qui sépare, d’un côté, une écologie scientifique qui resterait affaire d’experts, et, de l’autre, une écologie politique affaire de militants, tous renvoyant à des langages spécifiques et non littéraires.

À cette définition datée et peu explicitée de la littérature correspond sans surprise une conception floue et contradictoire de l’écologie. Malgré les nombreux appels au dépassement du clivage nature-culture, et à la considération d’un écoumène—monde ambiant ou Umwelt qui dépasserait l’Umgebung du monde environnant24—l’écocritique peine dans la pratique de ses colloques, dans ses publications, ses ordres du jour, et ses positionnements politiques à se détacher d’une vision de la nature ou de l’environnement qui, s’ils ne sont plus de simples décors, restent la plupart du temps ces espaces hors de l’être humain—statiques, étendus, verts—qu’il y a surtout à respecter, à la rigueur à connaître, et bien rarement à percevoir ou penser comme se confondant avec l’humanité qui écrit ou lit des textes.

L’analogisme qui se manifeste dans l’écocritique, et qui marque une tentative pour sortir de la cosmologie naturaliste, aboutit vite—quand il est privé de justification théorique et de bases méthodologiques solides—à un flou qui dessert la cause de l’écocritique, et lui fait perdre ses galons critiques pour n’être plus qu’une sorte d’éco-littérature. Les parallèles entre textes et écosystèmes sont nombreux, et constituent un pan bien déterminé de la cartographie de l’écopoétique proposée par Jonathan Skinner25. Ces relations de correspondance établies entre monde naturel et monde du texte ne sont pas performatives, soit intégrées dans une démarche de transformation politique et sociale. Bien souvent à sens unique, elles ne visent in fine qu’à mieux comprendre un texte envisagé—en dehors de sa dimension sensibilisatrice, comme fermé sur [End Page 126] lui-même—ainsi qu’à puiser dans les sciences de la vie, ou plus exactement dans leur vocabulaire et leur imagerie des outils qui resteront confinés au domaine de l’analyse littéraire, sans que le sens véritablement écologique—social, politique ou citoyen—de celle-ci ne soit explicité ou mis en question. Il y va bien du même manque de dimension métacritique et épistémologique qui avait été abondamment critiqué dans l’écocritique anglophone au début des années 2000 et qui—force est de le constater—caractérise toujours l’éco-critique francophone.

L’enjeu n’est autre qu’une sortie des cadres de l’anthropocentrisme, de l’eurocentrisme, mais aussi du capitalisme et du positivisme épistémologiques, promoteurs des logiques sectorielles qui inhibent l’exercice critique. Nul ne peut plus se satisfaire d’une dépolitisation du langage qui, même revendiquée comme spécificité culturelle française—délice du Not In My Back Yard (NIMBY) méthodologique des spécialistes—se complaît à croire en l’autoréférentialité décontextualisante de textes autonomes, substrats d’une redoutable métaphysique réflexe. L’heure n’est-elle pas venue de dégager l’écocritique, pratique par vocation cosmique et multiscalaire, des questionnements de chapelle complaisants pour la faire se confronter de manière non pas autoréférentielle, mais autocritique aux conditions de production aussi bien méthodologiques qu’économiques, existentielles et politiques de son propre discours ?

Propositions : pour une écocritique matérialiste

Face au morcellement par aires culturelles, et au thématisme forcené, il manque une vision d’ensemble qui puisse non seulement réunir en recomposant leurs rapports la littérature d’idées, la pastorale, le récit de voyage ou le roman de la terre, mais aussi se rendre apte à en découvrir de nouveaux, insoupçonnés et indétectables par les systèmes génériques en place. Pour rendre à la littérature, et à son étude, la performativité qui leur revient, beau-coup reste sans doute à apprendre d’une critique énonciativiste, conversation-nelle, et sémiotique plus en prise que l’analyse littéraire sur les multiples formes en présence (pas toutes des textes26). L’enjeu en est une écocritique plus attentive à la société et à ses multiples langages, loin d’un thématicothématique inoffensif in fine conservateur. Notre perspective écocritique n’a de sens que si elle prend pour objets l’engagement éthique et politique dans le monde, aussi bien que l’attention au poïein esthétique et littéraire, refusant de choisir entre spatial turn et linguistic turn. Loin de privilégier l’une ou l’autre de ces dimensions pour se démarquer d’une praxis s’attachant à l’autre, il lui faut désormais tout réunir, et abolir toute distinction entre un axe politique et scientifique, et un axe poétique. [End Page 127]

Le recours aux nouveaux matérialismes permet d’agencer plus largement une critique esthétique des formes environnementales littéraires ou autres, ordinaires ou non—des propositions de sens organisées matériellement, de façon momentanée (événement) ou perdurante (entité). Il nous faut détailler les raisons d’une telle proposition.

I) Une mise en forme

Reconnaître la sensibilité comme le caractère transformateur de l’espace pourrait signifier changer la perception de l’espace, mais cela risque de main-tenir l’espace dans son statut d’objet. Il s’agit plutôt de rendre sensible l’espace dans sa naturalité—de permettre à ce dernier de s’inscrire dans la continuité des sociétés humaines. Utiliser l’expression de formes environnementales, c’est mettre en avant le caractère esthétique et sensible des enchevêtrements entre nature et culture. C’est aussi prendre en considération l’idée de mise en forme, résultat de l’art, mais aussi de l’invention du quotidien27. La « formativité », ou le « pouvoir opéral », met l’accent sur la forme, dans sa réalité individuelle et unique, détachée de « l’auteur et vivant sa propre vie, contenue dans l’indivisible unité de sa cohérence, ouverte à la reconnaissance de sa valeur et capable de l’exiger et de l’obtenir28 ». Outre les formes déclarées achevées et abouties, l’écocritique doit opérer une critique des processus donnant naissance aux formes, ainsi que prêter la plus grande attention aux formes en cours d’élaboration. Il s’agit de se ressaisir d’une capacité d’action à l’égard des formes ordinaires et des revendications politiques auxquelles elles donnent lieu.

II) Savoirs et pouvoirs

Les formes environnementales peuvent être extraordinaires (les grands textes scientifiques, les montagnes et vallées remarquables) ou plus ordinaires (les discours quotidiens, le jardin partagé d’une commune) dans leur contribution au territoire et à ses habitants. Certaines formes environnementales donnent lieu à une valorisation éthico-esthétique qui débouche sur l’établissement de conventions sociales et légales. Dans l’espace public émergent des formes environnementales inédites qui contribuent à gouverner des rapports sociaux et environnementaux : la Terre et ses images ; des formes d’adresse à la nature ; des troubles dans le langage lorsque nous peinons à parler de nature. Ces formes sont très peu discutées politiquement alors même qu’elles structurent les rapports sociaux. Il s’agit ici de critiquer des opérations qui visent à rendre les lieux et les espaces anecdotiques, comme de simples supports d’opérations techniques. Dans ce cas, politiser le débat signifie simplement [End Page 128] faire prendre conscience que les choix en matière de création des mondes existent, que ces choix ne sont pas juste question de techniques, mais plus profondément d’imagination. La matérialité des agencements sociaux, non seulement traduit des rapports de pouvoir, mais aussi les fait exister au présent, et pour l’avenir. Au-delà, l’étude des formes de l’environnement concerne tant les pratiques que les moments ou processus de cette poétique en actes. La question des formes environnementales renvoie aussi à une créaturalité des mots telle qu’elle prend racine et naissance dans des formes de vie situées et incarnées, dans des conditions d’énonciation matérialisées et des formes de nature restaurées dans leur dimension sémiotique et créative, tissées de signes, d’interprétations et de significations29.

III) Des flux à l’impermanence

Prenant le contrepied d’une démarche réductionniste, les théories morphologiques appréhendent les formes au niveau d’organisation où elles se manifestent. Adopter une approche morphologique revient à embrasser une théorie qualitative qui s’oppose aux approches techno-scientifiques plus orientées sur la résolution de problèmes que sur la compréhension de phénomènes. Plus que de référer à un état de l’éco-socio-système, les formes environnementales renvoient à une dynamique relationnelle, mettant en regard le contexte et l’objet considéré, sachant que la forme environnementale ne possède pas des qualités intrinsèques, mais des qualités associées à l’évolution du contexte.

Notre position est un appel à ouvrir le champ des études littéraires dans lesquelles l’écocritique est majoritairement implantée sur celui plus vaste des humanités environnementales, dans un mouvement non étranger à celui qu’a connu l’écocritique anglophone au cours des années 2000 au gré des appels successifs à l’élargissement des discours et domaines reconnus comme ressortissant de son champ (Gifford). Les humanités environnementales fournissent—à travers leurs courants non purement littéraires, tels que les nouveaux matérialismes et la biosémiotique—des outils pour penser autrement le rapport texte-monde (en-dehors d’un analogisme rhétorique sans contrefort) qui permettent de réactiver la pensée de la performativité de la littérature et des humanités ainsi que leurs capacités à « generate worlds [générer des mondes] » (Buell 45).

Notre position va donc dans le sens d’un pas de côté30, non seulement en termes d’outils, mais aussi d’objets, vers une écocritique qui, aux paysages de la campagne ou du wilderness, au Nord, ajouterait non seulement les Suds et les villes, mais aussi les banlieues et tous les lieux non métropolitains, ni touristiques, ni pittoresques, pour l’instant oubliés. D’une part, elle permet [End Page 129] d’élargir le champ des objets de l’écocritique pour le faire pénétrer dans les espaces vécus et travaillés—non seulement bucoliques, forestiers ou sauvages, mais aussi urbains, périurbains, industriels, et ces immenses « zones de sacrifice », ces fantômes de nature et brèches ouvertes dans la biosphère par le système productiviste31. D’autre part, elle permet de sortir d’une compréhension purement spatiale et patrimoniale de la nature, en privilégiant une approche agentielle et politique, dont l’un des aspects essentiels devient notre rapport aux savoirs et aux pouvoirs. Le champ qui s’ouvre ainsi—au-delà des langues policées et ourlées, des belles littératures—s’étend pour inclure « la langue des signes qui se parle dans nos pratiques, nos façons d’habiter, et dans laquelle prolifère telle que, dans une zone délaissée, une exubérance sémiotique non maîtrisée32 ».

L’enjeu est pour l’écocritique de continuer à parler de nature en la pensant, non pas comme assemblage d’espaces circonscrits ou de processus biophysico-chimiques, mais bien comme latence de formes, forces et pouvoirs, comme transformations et comme condition même de possibilité pour ces transformations. Ceci conduit à s’inscrire doublement dans le rapport à l’imprévisible et au trouble (Blanc et Christoffel). La nature telle qu’elle pourrait être un objet fertile et véritablement provocant pour l’écocritique se manifeste de la même manière à la limite de la souveraineté humaine, dans tout ce qui à la fois motive et subvertit nos élaborations langagières, scientifiques et esthétiques33.

Nous nous posons en faveur d’une écocritique subversive, pirate, audelà du beau, du pittoresque, du grotesque, et de toutes ces catégories de l’esthétique qui ne sont que partielles.

Prolongements—études de cas

Nous donnerons ci-dessous trois illustrations concrètes de ce déplacement de perspective proposé dans l’écocritique, et montrerons comment cette réflexion sur les formes environnementales peut intervenir appliquée à trois objets épistémiques sensiblement différents : les écosystèmes macrologiques ; la maladie ; le mouvement socio-environnemental34.

I) Data-critique

L’étude des écosystèmes sous forme d’infographie et de rapports de données peut paraître surprenante dans le champ d’une écocritique ancrée dans l’analyse textuelle, si tant est que le nouveau langage de data prédominant dans le domaine des prédictions des mutations environnementales globales ressemble plus à une addition de formules de laboratoires—de laquelle toute opération [End Page 130] d’interprétation serait évacuée—qu’au tissage de significations qu’il s’agirait de décrypter. Loin d’une connaissance conçue comme « compétence […], l’information y est plus ou moins assimilable à un produit, à un output sortant d’un certain lieu (le laboratoire) et servant d’input plus loin dans la chaîne productive (l’usine) […], au même titre que les autres biens échangeables35 ». Seuls les résultats demeurent lisibles indépendamment de la démarche et du contexte par lesquels ils ont été produits, dans un court-circuit qui fait comme si le monde parlait de lui-même. Les data sont constituées comme un matériau neutre et déjà là qu’il suffirait de lire passivement et hors de toute inter-prétation, comme est lu un code barre, pour en recueillir le message. L’écocritique a alors la vocation sémiologique de reconstituer le processus d’interprétation oblitéré, et de redonner des auteurs à des informations présentées comme en étant dénuées, auxquelles est dénié le statut de texte lui-même.

D’une façon plus globale, l’écocritique a vocation à explorer le contrechamp par une lecture critique des formes environnementales produites par la collecte de data et l’opération classificatoire qui s’ensuit, et à dégager une meilleure vision du type de monde qui est là proposé. Les systèmes de données, de par leur énonciation et leurs discours singuliers, aboutissent à une construction de la nature comme espace absolument quadrillé et maîtrisé, fait de stocks et de juxtaposition d’éléments—plantes, animaux et humains y compris—réduits au rang d’objets. Les systèmes de données exigeant l’extraction de données, ou encore la classification, opèrent loin d’une lecture des formes environnementales en termes d’enchevêtrement de nature et culture, d’observateur et d’observé, de contexte et de système.

Une écocritique différente, plus combattante et repolitisée, se fait jour, qui se donne pour mission la dénonciation et le refus de langages surplombants ou aliénants prétendant guider les décisions politiques au détriment des formes d’expression citoyenne et démocratique. L’écocritique fait ainsi face à une quasi-obligation d’ouverture dans le sens où l’un des enjeux fondamentaux est bien de questionner et déterminer les statuts des différentes paroles qui contribuent au niveau collectif au partage du sensible36. Rester au sein des corpus déterminés et des œuvres d’auteurs constituées revient à approuver tacitement la répartition existante des prises et des temps de parole.

D’un certain côté, l’écocritique actuelle tombe par conservatisme dans les mêmes travers que les systèmes de données. Certains pans de l’analyse écocritique littéraire autant que les data opèrent le même repli sur l’échantillon dont l’analyse minutieuse voire hypra-technique et pointilleuse se garde de toute extrapolation ou changement d’échelle, faculté pourtant au cœur de tout discours sur l’environnement. L’écologie n’est-elle pas née discursivement [End Page 131] dans ce va-et-vient essayiste entre les faits et les lois qui seul permet de construire des ponts entre local et global, particulier et universel ?

L’écocritique résonne fortement avec les systèmes de data par son évitement soigneux, à travers le travail de matériaux presque toujours secondaires et médiés, d’un rapport au terrain géographique, humain et vivant, d’un rapport à ce qui est fondamentalement délivré, qui sort du livre, qui toujours—entraîné par sa propre existence, évolution et interactions—s’est é-carté de la carte, échappé du texte et a dépassé l’auteur. On peut déplorer qu’une certaine écocritique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui rejoigne un certain genre de science en cabinet dont les data se font le symptôme. Aussi longtemps que l’écocritique continuera à donner à son enquête les corpus littéraires et critiques institués pour quasi seuls terrains de départ et d’arrivée, il restera légi-time de la mettre en garde tout comme les statisticiens contre la confusion des données avec les phénomènes dont elles ne sont que l’image, et il pourra être utile de rappeler avec Alexander von Humboldt qu’« il n’y a pas de trajet assez petit […] qui ne puisse faire naître des aperçus nouveaux à [ceux] dont la saga-cité a été exercée longtemps à interroger la nature du fond de leur cabinet37 ».

II) Signes du corps malade

Une véritable expérience limite de l’écocritique et une exploration de ses bords les plus fertiles et provocants consiste à l’entraîner non seulement au cœur de la vie sociale actuelle, hors des transcriptions livresques, mais également sur le terrain du corps du chercheur, envisagé non sous l’angle de sa santé, mais bien des maladies chroniques qui peuvent l’affecter, et venir jeter le trouble dans l’entendement et le discours. L’enquête écocritique reste alors ancrée dans une réflexion sur la nature, mais une nature avec la puissance d’agir, envisagée comme un dispositif de réagencement du corps dans sa vocation à dire. Revoir la forme du corps en tant qu’elle est dotée d’extériorité et de parole permet d’ouvrir sur la singularité de ce qui s’exprime là. Puisque la maladie fait de notre corps un lieu de possibles émergences, elle multiplie en lui les brèches ouvertes à l’imprévisible, et incarne dans notre chair cette forme d’extériorité radicale qui agit en nous, et exerce un langage en prenant le pouvoir sur nos histoires. La maladie chronique constitue un « bouleversement biographique » tant elle demande aux malades une adaptation constante à un état imprévisible d’un jour à l’autre38.

Mesurer l’importance de cette imprévisibilité, même imprédictibilité, c’est témoigner d’un hors-nous, d’une altérité naturelle dont la science médicale essaierait de rendre compte. On peut alors faire l’hypothèse que ce genre de maladie ne fait pas sens sauf à la définir en tant qu’elle est nature, et prend [End Page 132] son sens à l’extérieur de nous, êtres humains39. La différence avec d’autres natures, c’est qu’elle est notre corps, notre nature à nous qui—tous les jours—prend le dessus sur toute autre définition de nous-même tant le besoin de sens est pressant. Le corps devient un lieu de constitution d’une impossible assignation identitaire. Secrétant dans nos marges une altérité avec laquelle il s’agit de vivre, il nous faut reconsidérer et réintégrer à notre propre définition ces bords de nous-mêmes, ces débords de nos terrains connus, abris d’une diversité et d’une prolifération de signes qui nous étaient inconnus, et nous demeurent incontrôlables. Le malade de maladie chronique comme le citoyen d’un monde qui se dérègle sous l’emprise du chaos est mis face à une autre définition de lui-même, n’étant ni objet, ni sujet, ni lui, ni un autre, mais bien ce qui se fait.

Dans le cas de la maladie, on assiste aux tentatives d’invention par le langage de cette nature qui se manifeste dans ses fluctuations insensées. Les salles d’attente, blogs et autres lieux d’échange deviennent les lieux d’élabo-ration d’un langage commun—les lieux de tentative d’habitation d’un état toujours en instance de subversion. Un corps qui se dit, ce sont des conversations dans les salles communes où les perfusions ont lieu, entre ceux qui lut-tent, et ceux qui attendent, patiemment, que leur corps se décompose. Ce sont ces salles communes, ces salles d’urgence où se valide le pauvre peuple de par l’accès à une médecine diminuée, et où peut s’entendre un tiers-langage doublement tiers en tant que populaire et aliéné face à lui-même.

Notre idée est que l’enchevêtrement inédit nature-culture au cœur de nos modalités d’existence conduit à développer non seulement des méthodes d’écriture et de lecture spécifiques, mais aussi des modes de vie entiers. Il ne s’agit plus alors de penser le monde, et de travailler un langage par le truchement de l’autre d’un auteur, mais à partir d’un autre en nous qui parle son propre langage. L’écocritique se voit ainsi présenter un continuum d’espaces sémiotiques à traverser pour ses enquêtes, y compris au plus près de soi et de son corps. Elle devient ce qui permet de penser l’émergence des processus socio-écosystémiques sur le mode de cet enchevêtrement—sans recul possible, ni extériorité véritable, ni véritablement soi, ni totalement autre. Il s’agit de préserver de tels moyens d’accès au monde—soit comme ressource simple, soit comme possibilité symbolique de ressentir encore ce monde—contre ceux qui veulent se l’approprier, contre ceux qui chercheraient à le détruire. Il n’y a pas d’altérité au sens propre, mais une extériorité qui ressemble fortement à ce qui était là, faisant partie de nous, mais que nous n’avions pas su reconnaître jusqu’ici. Cette économie de soi répond à la fois à des besoins prosaïques et des nécessités poétiques40. [End Page 133]

III) Tiers-langage fondu dans le milieu

L’interrogation écocritique a beaucoup à apprendre des langages a priori invisibles ou disqualifiés—ceux qui sortent non seulement du périmètre reconnu de la littérature, mais aussi du cadre policé de l’éthique communicationnelle ou de la représentativité démocratique. C’est ce que montre la façon dont font langage, lors de la Guerre des Demoiselles en Ariège au XIXe siècle, les résistants locaux opposés à la disparition des droits d’usage de la forêt dont ils vivent. Cette défense locale des communs41 contre la gestion centralisée—guérilla poétique qui est loin de se réduire à un charivari—a pour particularité frappante de déployer un langage symbolique et poétique hors des cadres où elle est attendue, et d’échapper ainsi aux pièges tendus par les discours juridique, aménagiste et policier.

L’interrogation écocritique d’un tel phénomène montre combien l’écologie est affaire de discours et même de langues bien distinctes dans leurs prémisses. À celles technocratiques, qui surplombent le milieu qu’elles prétendent gérer, s’opposent celles inventives, qui revendiquent leur consubstantialité à ce même milieu, qu’elles décrivent sans s’en dissocier, et qu’elles font parler concrètement. Relevant de ce deuxième cas, les résistants dialectaux, poétiques et métaphoriques que sont ces mystérieuses demoiselles ne parlent pas la langue utilitaire, administrative, cadastrale, et juridique de l’État. Elles parlent un Tiers-Langage, de même que tous ceux qui ne séparent pas les formes de dissidence des formes de résidence—principe des Zones d’Aménagement Différé. Langage performatif, situé et pétri du milieu et des circonstances de lieux et de personnes auxquels il donne voix, ce Tiers-Langage est poétique car il détourne les formes convenues et attendues. Ce langage de traverse, résolument queer, il est non seulement un cas d’école en tant qu’objet d’une écocritique nouvelle et décentrée, mais sans doute en lui-même un modèle de pas de côté pour la recherche-action, en ce qu’il sort des ornières pour refonder et réinvestir ses propres lieux communs.

À partir du film de Jacques Nichet42 et de sa forme-poème, l’enquête sur l’insurrection du Tiers-Langage éclaire le lien organique qui unit les locuteurs d’un tiers-langage au milieu où ils le parlent, entre effacement et présence, puisque paradoxalement pris entre l’occupation du terrain, et le régime de l’apparition discrète et irrécupérable. Plus que d’une symbolique du refus, il s’agit avec cette invention de formes dissidentes et in situ d’affirmer un rapport au monde qu’avaient exclu non sans violence les langues de pouvoir investissant les lieux. Ce langage merveilleux tire ses formes de la montagne au nom de laquelle il parle, proposant un autre terrain symbolique que celui, piégé, de la langue des ennemis. Il tisse un réseau, et resserre les liens d’un [End Page 134] maillage alternatif au cadastre, lequel apparaît par contraste grossièrement calqué sur l’espace litigieux. Proches de la « réticulation » avancée par Gilbert Simondon43, les demoiselles se fondent dans l’écosystème magique de la montagne dont elles resserrent les liens, tout en repeuplant les formes et réactivant les forces. Elles ont à cœur d’inventer des formes à même d’échapper à la récupération ou à la traduction, reformulant les règles et la grammaire du conflit où elles prennent part en déjouant le piège consistant à répondre sur le terrain de l’ennemi, en l’occurrence dans des mots où des formes qui accepteraient de dissocier le milieu de ceux qui y vivent et en vivent. Créer une langue qui ait la texture même des lieux apparaît comme le recours poétique à même d’éviter toute torsion, toute conversion ou délégation du discours. Cette voix fait écho à la question de Stig Dagerman : « où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société44 ? », cet autre langage, offert aux appé-tits écocritiques, fait signe vers la possibilité d’un « territoire existentiel » (Guattari 50) où celles et ceux qui le parlent peuvent tenter de faire corps avec leur propre élément, tant en termes de discours que d’habitat.

Conclusion

Combinant critique et créativité, cette écocritique—ou théorie des formes ancrée dans les nouveaux matérialismes—se joue loin de l’universalisme et du rapport nature/culture, puisque chaque forme émergeant de l’interaction (Barad 376) prend corps dans un contexte duquel on ne peut pas le séparer. Ceci représente un virage important pour les discours critiques et créatifs, et pour tous ceux qui sont intéressés à penser en termes plus adéquats tant la production de connaissances que l’éthique de la vie et de la nature.

Nous avons beaucoup débattu de la manière dont l’écocritique comme discipline pourrait être renouvelée, mais en quoi un tel renouvellement conduirait-il si on le menait jusqu’au bout, à bouleverser nos modes de vie et pratiques très matériels de chercheurs ? En quoi une telle réévaluation du champ amènerait-elle à subvertir notre monde, nos habitats, notre gagne-pain, et notre façon de nous positionner dans la société ? Si l’on admet le bouclage entre imaginaire et matérialité (l’un des postulats-clefs de l’écocritique), renforcer notre autonomie imaginaire ne supposerait-il pas de renforcer notre autonomie matérielle, ouvrant une dernière piste de recherche importante sur les lieux et modes de vie pour la recherche de demain ?

Cet axe—consistant dans une sorte de dépassement et de retour performatif de l’énonciation à faire de son lieu même un lieu de critique et d’expérimentation—serait à même de faire passer l’écocritique d’une pensée fluctuante [End Page 135] et vacillante de la relation texte-monde à une recherche-action mettant au premier plan la relation monde-(texte)-monde. L’écocritique peut avoir pour ambition d’être une éco-logie organisée autour d’un questionnement central : quel logos pour les nouveaux oikia ? Quel oikos pour le logos des chercheurs ? Dans cette perspective, l’un des cœurs inexplorés de l’écocritique est la notion d’habitat entendu dans le sens de moyens d’existence. Il manque une réflexion poussée non seulement sur les productions livresques des écrivains, chercheurs et critiques, mais aussi sur leurs pratiques et leurs modes de vie, à une époque où les tensions sur les ressources et l’effondrement du recours aux esclaves énergétiques des énergies fossiles vont bouleverser à terme l’organisation matérielle de nos sociétés et leur structure de métiers. Il faut voir à quoi pourraient ressembler les formes de recherche et d’écocritique dans des sociétés post-croissance refondues sur les bases de la justice environnementale.

Nathalie Blanc
Université Paris Diderot—Paris VII/University of Leeds/Université d’Angers
Clara Breteau
Université Paris Diderot—Paris VII/University of Leeds/Université d’Angers
Bertrand Guest
Université Paris Diderot—Paris VII/University of Leeds/Université d’Angers

Notes

1. Comme en témoignent plusieurs colloques et séminaires récents : le colloque international « Écocritique : Nouvelles territorialités » qui eut lieu à l’université d’Angers en juin 2016, http://z.umn.edu/1a8r ; le colloque international « Lieux d’enchantement : Écrire et ré-enchanter le monde » qui eut lieu à l’université de Perpignan en juin 2016, http://ecopoeticsperpignan.com ; le séminaire « Habiter : L’encrage en littérature contemporaine » qui eut lieu à l’École Normale Supérieure de Paris entre janvier et mai 2016, http://z.umn.edu/1a8s.

2. Le programme « Animots », subventionné par l’Agence Nationale de la Recherche entre 2010 et 2014, vise à pallier le manque d’une recherche organisée sur les animaux et l’animalité dans la littérature de langue française des XXe-XXIe siècles (http://animots.hypotheses.org).

3. Rick Dolphijn et Iris van der Tuin, New Materialism : Interviews and Cartographies (Ann Arbor, MI : Open Humanities, 2012) ; Karen Barad, Meeting the Universe Halfway : Quantum Physics and the Entanglement of Matter and Meaning (Durham : Duke University Press, 2007) ; Manuel DeLanda, A New Philosophy of Society : Assemblage Theory and Social Complexity (Londres : Continuum, 2006) ; Rosi Braidotti, Nomadic Subjects : Embodiment and Sexual Difference in Contemporary Feminist Theory (New York : Columbia University Press, 1994).

4. Donna Haraway, The Companion Species Manifesto : Dogs, People, and Significant Otherness (Chicago : Prickly Paradigm, 2003) ; Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes : Essai d’anthropologie symétrique (Paris : La Découverte, 1991).

5. Stéphanie Posthumus, « État des lieux de la pensée écocritique française », Ecozon@, 1.1 (2010), 148–54.

6. Jean Baudrillard, « L’écologie maléfique », L’illusion de la fin (Paris : Galilée, 1992), 115–28 ; Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique : L’arbre, l’animal et l’homme (Paris : Grasset, 1992).

7. Félix Guattari, Les trois écologies (Paris : Galilée, 1989). [End Page 136]

8. Michel Serres, Le contrat naturel (Paris : Bourin, 1992).

9. Isabelle Stengers, La guerre des sciences (Paris : La Découverte, 1997) ; L’invention de la mécanique : Pouvoir et raison (Paris : La Découverte, 1997) ; Thermodynamique : La réalité physique en crise (Paris : La Découverte, 1997) ; Mécanique quantique : La fin du rêve (Paris : La Découverte, 1997) ; Au nom de la flèche du temps : Le défi de Prigogine (Paris : La Découverte, 1997) ; La vie et l’artifice : Visages de l’émergence (Paris : La Découverte, 1997) ; Pour en finir avec la tolérance (Paris : La Découverte, 1997).

10. Tom Pughe et Michel Granger, « Introduction », Revue Française d’Études Américaines, 106 (2005), 3–7 ; Alain Suberchicot, Littérature américaine et écologie (Paris : L’Harmattan, 2002).

11. Lawrence Buell, The Future of Environmental Criticism : Environmental Crisis and Literary Imagination (Malden, MA : Blackwell, 2005).

12. Daniel A. Finch-Race et Stephanie Posthumus, éd., French Ecocriticism : From the Early Modern Period to the Twenty-First Century (Francfort-sur-le-Main : Lang, à paraître).

13. Terry Gifford, « Recent Critiques of Ecocriticism », New Formations, 64 (2008), 15.

14. Dana Phillips, The Truth of Ecology : Nature, Culture, and Literature in America (Oxford : Oxford University Press, 2003) ; Michael P. Cohen, « Blues in the Green : Ecocriticism under Critique », Environmental History, 9.1 (2004), 9–36.

15. Margaret Ronda, « Mourning and Melancholia in the Anthropocene », Post45 (10 juin 2013), http://z.umn.edu/1a8t.

16. Hannes Bergthaller, Rob Emmett, Adeline Johns-Putra, Agnes Kneitz, Susanna Lidström, Shane McCorristine, Isabel Pérez Ramos, Dana Phillips, Kate Rigby et Libby Robin, « Mapping Common Ground : Ecocriticism, Environmental History, and the Environmental Humanities », Environmental Humanities, 5 (2014), 263.

17. Pierre Schoentjes, Ce qui a lieu : Essai d’écopoétique (Marseille : Wildproject, 2015).

18. Christian Chelebourg, Les écofictions : Mythologies de la fin du monde (Bruxelles : Les Impressions Nouvelles, 2012).

19. Kenneth White, Panorama géopoétique : Entretiens avec Régis Poulet (Lapoutroie : La Revue des Ressources, 2014) ; « Le grand champ de la géopoétique », KennethWhite.org (7 juin 2014), www.kennethwhite.org/geopoetique.

20. Michel Deguy, Écologiques (Paris : Hermann, 2012), 111.

21. Deborah Bird Rose, Thom van Dooren, Matthew Chrulew, Stuart Cooke, Matthew Kearnes, et Emily O’Gorman, « Thinking through the Environment, Unsettling the Humanities », Environmental Humanities, 1 (2012), 3.

22. Jacques Rancière, Politique de la littérature (Paris : Galilée, 2007), 21.

23. Roland Barthes, Mythologies (Paris : Seuil, 1957).

24. Augustin Berque, Écoumène : Introduction à l’étude des milieux humains (Paris : Belin, 2000) ; Jakob von Uexküll, Mondes animaux et monde humain, Philippe Muller, trad. (Paris : Denoël, 1965). [End Page 137]

25. Jonathan Skinner, « Conceptualizing the Field : Some Compass Points for Ecopoetics », Jacket2 (5 septembre 2011), http://jacket2.org/commentary/conceptualizing-field.

26. Nathalie Blanc et David Christoffel, « Introduction », Multitudes, 60 (2015), 46–50.

27. Michel de Certeau, L’invention du quotidien, Luce Giard, éd., 2 vols. (Paris : Gallimard, 1990–94).

28. Luigi Pareyson, Esthétique : Théorie de la formativité, Gilles Tiberghien, trad. (Paris : Rue d’Ulm, 2007), 32.

29. Wendy Wheeler, « A Connoisseur of Magical Coincidences : Chance, Creativity and Poiesis from a Biosemiotic Perspective », Biosemiotics, 7.3 (2014), 389–404.

30. C’est aussi en référence aux vertus que lui reconnaît Yves Citton que nous plaidons pour ce pas de côté qui permet « d’imaginer un tiers exclu, là où la querelle s’enferre dans une alternative strictement binaire ». Yves Citton, Pour une écologie de l’attention (Paris : Seuil, 2014), 174.

31. Anna Bednik, Extractivisme (Neuvy-en-Champagne : Le Passager Clandestin, 2016).

32. Jean-Luc Nancy, Résistance de la poésie (Bordeaux : Blake, 1997), 26.

33. Marcella Durand, « The Ecology of Poetry », Ecopoetics, 2 (2002), 58–62.

34. Le dossier « Parler nature » édité par Blanc et Christoffel dans le soixantième numéro de Multitudes (2015) explore les différentes facettes des rapports du langage à l’évocation de la nature d’une manière extensive.

35. Yves Citton, L’avenir des humanités : Économie de la connaissance ou cultures de l’inter-prétation ? (Paris : La Découverte, 2010), 13–14.

36. Jacques Rancière, Le partage du sensible : Esthétique et politique (Paris : La Fabrique, 2000).

37. Alexander von Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, vol. 3 (Paris : Schoell, 1825), 322.

38. Marie Gaille, La valeur de la vie (Paris : Les Belles Lettres, 2010).

39. Maurice Merleau-Ponty, La nature, D. Séglard, éd. (Paris : Seuil, 1995).

40. Comme en témoigne le manifeste de l’exposition Ce qui fait fragilité qui eut lieu à la galerie VivoEquidem à Paris en septembre 2014. Nathalie Blanc et Emeline Eudes, « Manifeste pour la fragilité », CeQuiFaitFragilité.com (17 septembre 2014), http://www.cequifaitfragilite.com/manifeste.

41. Pierre Dardot et Christian Laval, Commun : Essai sur la révolution au XXIe siècle (Paris : La Découverte, 2014).

42. Jacques Nichet, La guerre des demoiselles (Paris : Adria Films, 1984).

43. Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques (Paris : Aubier, 1958), 165.

44. Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Philippe Bouquet, trad. (Arles : Actes Sud, 1993). [End Page 138]

Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
123-138
Launched on MUSE
2017-05-16
Open Access
No
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