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  • ‘Et je ne portai plus d’autre habit’: Rousseau l’Arménien by Chakè Matossian
  • Laurence Mall
‘Et je ne portai plus d’autre habit’: Rousseau l’Arménien. Par Chakè Matossian. (Bibliothèque des Lumières, 83.) Genève: Droz, 2014. 150 pp., ill.

Bien des écrivains bénéficient, ou souffrent, d’une image populaire agrémentée d’un accessoire: robe de chambre, homard en laisse, pipe ou turban. Rousseau, lui, aurait son habit d’Arménien, fantaisie anecdotique, prosaïque et vaguement ridicule, peut-on penser — ce sont des problèmes urinaires qui mènent le philosophe à le porter entre 1762 et 1767, par commodité selon le douzième livre des Confessions. Or ce choix vestimentaire se révèle pour Chakè Matossian chargé d’un nombre considérable de significations, le philosophe s’appropriant l’Arménien et l’Arménie de l’imaginaire culturel du dix-huitième siècle pour l’intégrer à son univers mental sous des formes très variées. Deux chapitres préliminaires expliquent que par cet habit, Rousseau se désigne d’une part comme autre, comme étranger, et d’autre part comme toujours mourant, toujours renaissant. L’habit dans ce dernier cas se donne ‘comme l’illustration textile du texte’ d’un auto-portrait (p. 38–39). Rousseau y souligne sa participation spirituelle à un ailleurs métaphysique, qu’il s’agisse du ‘monde post-diluvien de Noé’ (ibid.) ou de celui [End Page 391] d’Er l’Arménien, mythe de Platon présenté dans le chapitre suivant. Suit un repérage des lectures de Rousseau ayant pu contribuer à la constitution de l’image de l’Arménien dès l’enfance (Tacite et Plutarque par exemple). Lui succède une méditation sur le bonnet arménien avec lequel Rousseau souhaitait être représenté, symbole le projetant dans ‘l’univers de la liberté, du mage et de la divinité’ (p. 57). Un très bref chapitre (sept pages) fait état de l’association entre la robe d’Arménien et l’aspiration à l’androgynie dont elle témoignerait. Puis ce sont ‘le commerçant arménien et le religieux arménien […] deux revêtements de l’idée rousseauiste de la communauté’ (p. 90). On passe au tableau de Poussin, Le Déluge, longuement commenté — Rousseau s’y intéressait, et après tout, c’est sur l’Ararat (dans l’Arménie historique) que s’est arrêtée l’arche de Noé. Le portrait célèbre de Rousseau en habit et bonnet arméniens par Ramsay, détesté du philosophe qui s’y voyait noirci et défiguré, fait également l’objet d’un chapitre. Finalement on trouvera une réflexion sur l’Arménien de Venise, qui dans le Dictionnaire de musique décide en faveur de la musique italienne. On le voit: Matossian a cherché à élucider et à explorer de façon exhaustive tout ce qui dans l’œuvre de Rousseau pouvait se rapporter à l’Arménie d’une manière ou d’une autre. Tentative originale, qui a l’intérêt de suggérer des résonnances susceptibles d’échapper à la majorité des lecteurs et lectrices du philosophe. Mais il n’est pas toujours facile de déterminer l’importance d’allusions parfois bien minces et de leur interprétation. D’abondantes citations, tirées pêle-mêle de textes très différents, sont quelquefois substituées à la démonstration raisonnée. Poussin et Platon, le sorcier et le mage, le commerçant et le musicien, l’androgyne et le lycanthrope: grande est l’hétérogénéité des pistes poursuivies dans cette douzaine de brefs chapitres qui établissent un ‘parcours’ (p. 137) d’ordre quasi poétique, glissant d’associations en associations inégalement éclairantes. Reste l’idée, globalement persuasive, que par cet habit Rousseau a voulu construire pour la postérité une image qui dise son être sous des angles multiples, exploités patiemment dans une étude inhabituelle.

Laurence Mall
University of Illinois at Urbana–Champaign
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 391-392
Launched on MUSE
2015-07-09
Open Access
No
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