Chroniques de riens by Jean Pierre Girard (review)
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Jean Pierre Girard, Chroniques de riens, Montréal, Éditions Druide, 2015, 288 p., 22,95$

Pendant quelques années, l'auteur de L'Est en West (Québec/Amérique, 2011), Jean Pierre Girard, a tenu une chronique dans des journaux de Joliette et de Montréal dont il a rassemblé quelque 70 textes dans ce recueil. Ce sont de brèves réflexions personnelles autour d'observations qu'il tire de la vie quotidienne ou de l'actualité. Souvent ce sont des futilités auxquelles on ne s'attarde pas, mais qui pourtant sont essentielles car elles marquent nos vies. Un petit mot ou un geste qui empoisonne notre existence ou embellit le jour de l'autre. Ce sont des riens, comme le dit si bien le titre, mais le vivre ensemble se fonde sur eux, à n'en pas douter.

L'auteur éclaire ces vétilles, ici, avec une distance salvatrice qui est celle qu'un écrivain sensible peut mettre entre le monde et lui. Cette distance aide le lecteur à voir ces riens sous un autre angle et à en tirer des [End Page 429] leçons susceptibles d'améliorer son rapport à soi et aux autres. Girard agit ainsi en éveilleur dans le vaste dortoir social. C'est là que réside l'intérêt principal de ce livre, en ce qu'il nous apporte plus de lucidité et d'empathie. A ce niveau, le plaisir de lecture est garanti. Il sait enlever l'écume à la surface des murmures trop souvent marchands du monde et nous donner la chance de les voir autrement.

S'il peut attirer l'attention sur les effets imprévus dans la vie des gens d'une chose aussi ténue que la minceur et la rugosité du papier hygiénique dans les lieux publics, il sait aussi plus profondément revaloriser la proximité de ceux qu'on prend trop souvent pour acquis. Par exemple, l'amoureuse dont il est séparé au loin et qui lui manque ou les parents qu'on ne voit plus à force de les savoir présents. A cet égard, il donne des pages très émouvantes sur son père agonisant à l'hôpital, dont il masse les pieds pour la première fois. En bon gérontologue, Girard rend un juste hommage à la vieillesse, qu'on tend à écarter stupidement de la vie sociale alors que les sociétés primitives la vénèrent avec raison: il en apprécie la finesse unique du regard acquise avec le temps et l'expérience, qualités qui ne peuvent qu'être utiles à toute collectivité. L'auteur savoure encore les réactions insoupçonnées que suscitent certains gestes gratuits, comme celui d'offrir un sourire pour rien, de faire un compliment ou de laisser un livre à un inconnu. Il questionne les rites qu'on répète par habitude sans y penser, comme celui de choquer son verre à celui des autres en les regardant dans les yeux pour un toast, se révolte devant les matamores imbéciles qui ne respectent aucune règle de civilité, tel cet abruti qui jette ses détritus sur la voie par la fenêtre de son camion en riant. Fustigeant la culture de la peur inutile promue par les sociétés d'assurances, il sonne plutôt l'alarme sur les écervelés dangereux qui tiennent des propos publics incendiaires, que ce soit dans les blogues, les éditoriaux, les chroniques, les discours, ou les interviews au nom de la liberté d'expression alors qu'ils attisent la hargne et la violence et ouvrent la porte à des excès déments. Ce sont des aveugles irresponsables qui allument leur cigarette en faisant le plein d'essence. En bâillant. Ils devraient sans cesse se rappeler le dicton d'Hippocrate: Primum non nocere, d'abord ne pas nuire.

Girard s'attriste également de voir le monde libre s'égrener dans les selfies et refuse de jouer certains jeux médiatiques par souci d'intégrité. Il sent le besoin de défendre les bienfaits d'une lecture et ose prendre le parti du cheval contre le nucl...


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