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Comme nous l’avons vu dès l’introduction de cet ouvrage, appropriation et gouvernance sont apparues dans le discours des IFI comme des éléments d’un nouvel ordre du jour destiné à remplacer le consensus de Washington qui avait échoué à produire les résultats désirés. Ces notions ne sont pas apparues comme le résultat de nouvelles recherches, mais plutôt comme un moyen de rendre compte de l’échec précédent, tout en conservant l’idée que les réformes proposées sont les bonnes. Dans ce cas, l’échec tient à l’incapacité des États à élaborer et à mettre en œuvre les réformes qui auraient permis le succès de l’ajustement structurel. Cette incapacité à mettre en œuvre (qui confine parfois à la résistance passive) sera donc cataloguée comme « mauvaise gouvernance », « corruption »,« recherche de rente ». Comme le montre Rodrik (2006), c’est l’in­ terprétation proposée au FMI par Anne Krueger. Cette approche dominera également l’explication de la crise asiatique de 1997 par le FMI. Rompant avec les approches qui montraient le rôle particu­ lièrement important joué par les États « développementalistes » pour la croissance rapide en Asie (Wade, 2004), le FMI affirme que c’est la mauvaise gouvernance qui a précipité la crise. Plus précisément, dans ce cas, il souligne les relations presque incestueuses entre l’État cor­ rompu et un secteur privé nourri de subventions et d’autres avan­ tages publics : un capitalisme de copains et de coquins (crony capitalism). Conclusion générale : Dans les profondeurs de la mystérieuse relation entre la « bonne gouvernance » et le développement Jacques Fisette et Marc Raffinot 208 Gouvernance et appropriation locale du développement Cette approche deviendra dominante dans le discours des IFI comme dans leur pratique. C’est un paradoxe, car la « bonne gou­ vernance » devient omniprésente dans les procédures des IFI alors même que se manifestent de plus en plus de doutes et de critiques. Les procédures des IFI sont systématiquement revues pour intégrer la nouvelle approche. Officiellement, la conditionnalité est remplacée par la sélectivité, sur la base d’un examen de la qua­ lité des institutions et des politiques (même si, en pratique, elles continuent à coexister). Le tournant est un peu difficile à prendre, puisque l’affirmation de la sélectivité sur la base d’une « bonne gestion » coïncide avec le début de l’initiative PPTE fin 1996 – initiative qui récompense dans un certaine mesure la gestion laxiste passée (Naudet, 2003). La gouvernance et les indicateurs qui sont censés la mesurer, comme le Country Policy and Institutionnal Assessment (CPIA), sont utilisés par l’Association internationale pour le développement (AID, filiale de la Banque mondiale) pour calculer les sommes d’aide que chaque pays pourra recevoir1 (avec un boni pour les pays postconflit). Le nouveau cadre de viabilité de la dette (DSF) du FMI et de l’AID s’y réfère également, l’idée étant que les pays bien gouvernés sont capables de gérer des encours de dette supérieurs. Cependant, la nouvelle approche pose des problèmes et se trouve de plus en plus contestée. La notion de gouvernance a été empruntée de la gestion d’entreprise de manière assez imprudente (et pourtant, Paul Krugman a bien souligné qu’un pays n’est pas une entreprise). L’utilisation pratique de la notion de gouvernance suppose une évaluation fiable de la qualité de la gouvernance. Pourtant, les indicateurs proposés sont tous discutables. Le travail fondateur de Burnside et Dollar utilisait comme indicateur de gouvernance des données sur les résultats de la politique : un pays qui avait un faible déficit ou une faible inflation était censé être bien gouverné – sans que le lien entre la cause supposée (la « bonne gouvernance ») et les résultats macroéconomiques soient clairement établi. Au-delà de la mesure, la façon dont la nouvelle approche peut fonctionner en pratique pose problème. Les errances de la lutte à outrance contre la corruption sont symptomatiques de ces difficultés. La fin pitoyable du « fanatisme » anticorruption Conclusion générale 209­ instauré à la Banque mondiale par Paul Wolfowitz le montre assez bien : prêcher (dans le désert?) ne suffit pas. On ne peut réser­ ver l’aide au développement aux seuls pays présentant un brevet impeccable de « bonne...

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Additional Information

ISBN
9782760319035
Related ISBN
9782760307100
MARC Record
OCLC
793084044
Pages
240
Launched on MUSE
2012-01-01
Language
French
Open Access
No
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