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Introduction Comme tous les autres grands secteurs d’intervention de la puissance publique, les réseaux d’adduction d’eau et leur gestion ont été profondément transformés par les politiques néolibérales adoptées depuis plus de vingt ans dans les pays en développement. Des mutations à l’œuvre, on a surtout retenu la diffusion de divers modèles de délégation à de grandes ­ firmes internationalisées. Loin d’être généralisée, celle-ci a suscité un mode de développement et de valorisation différenciés des espaces dans un cadre concurrentiel. D’une part, les grandes firmes qui incarnent ce modèle restent très sélectives dans leurs ancrages géographiques; d’autre part, la convention libérale, pour influente qu’elle soit, n’a de fait qu’un pouvoir explicatif limité des confi­ gurations urbaines réelles, mieux appréhendées en termes de complexes réformateurs locaux ( Jaglin, 2005a). À l’échelle des villes et à l’initiative d’acteurs éparpillés, de nombreux autres processus sont à l’œuvre. Plus diffus, leurs effets demeurent par­ tiellement masqués par un débat centré sur les « privatisations » (Budds et McGranahan, 2003), mais ils n’en contribuent pas moins à transformer la relation entre services d’eau et espaces urbanisés. Chapitre iv Gouvernance des réseaux et accès des pauvres à l’eau potable dans les villes d’Afrique subsaharienne Sylvy Jaglin 108 Gouvernance et appropriation locale du développement Quel sens donner à ces transformations? En quoi favorisentelles la diffusion de l’accès à l’eau? Poser cette question revient à poser la question de leur efficacité ainsi de l’appropriation locale des enjeux du service public d’approvisionnement, ce qui interroge leurs modes de gouvernance. Par là, nous entendons l’ensemble des processus de coordination et d’intégration dont procède une action collective de plus en plus étroitement dépendante de la mobilisation conjointe d’acteurs publics et privés­ auxquels sont aussi associés, de diverses manières, les usagers. Le terme est pris dans un sens analytique et vise à décrire un certain nombre de faits observés : l’intervention dans les filières­ d’approvisionnement en eau d’acteurs nombreux et divers, l’ouver­ ture des processus de décision au-delà des seules institutions publiques, des modalités nouvelles d’élaboration et de mise en œuvre de l’action collective. Se démarquer des usages normatifs de la « bonne gouvernance » ne signifie pas pour autant que le terme soit neutre. Il y a vingt ans, l’attention était focalisée sur les opérateurs publics défaillants, elle est aujourd’hui centrée sur la diversité des acteurs, dont beaucoup appartiennent au secteur marchand informel (revendeurs, colporteurs) ou domestique (abonnés semigrossistes ). Ceux-ci existent pourtant depuis longtemps : ignorés, voire pourchassés au nom du monopole d’exploitation de l’opérateur conventionnel, ils n’étaient pas considérés comme des ressources mais comme des entraves au fonctionnement « normal » de la des­ serte. Évoquer la gouvernance des services d’eau, c’est reconnaître leur existence, les intégrer dans la réflexion et, ce faisant, rendre possible l’institutionnalisation de leur rôle dans la filière. De la même façon, il y a vingt ans, on ne voyait que des ménages exclus du service, alors qu’on s’intéresse aujourd’hui aux multiples pratiques d’accès à l’eau, dans et hors réseau. Tour à tour considérés comme inacceptables ou providentiels, ces modes d’appro­ visionnement sont néanmoins désormais pris en compte et, en conséquence, infléchissent des offres de plus en plus hétéro­ gènes, parfois organisées en systèmes de desserte hybrides. En déplaçant les frontières entre public et privé, légal et illégal, marchand et non marchand, l’approche en termes de Gouvernance des réseaux et accès des pauvres à l’eau potable 109­ gouvernance a ouvert de nouvelles possibilités à l’action collective dans les services d’eau : solutions techniques et dispositifs orga­ nisationnels ont été considérablement diversifiés. La diffusion de l’accès à l’eau potable reste pourtant très lente. Le coût, l’insuf­ fisance et le faible rendement effectif des investissements sont à l’évidence en cause, l’inadaptation de l’ingénierie institutionnelle qui les accompagne aussi. Ce chapitre s’intéresse à cette dernière en...

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Additional Information

ISBN
9782760319035
Related ISBN
9782760307100
MARC Record
OCLC
793084044
Pages
240
Launched on MUSE
2012-01-01
Language
French
Open Access
No
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