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La notion de gouvernance est omniprésente dans les discours sur le développement international. Mais la gouvernance recouvre une pluralité de sens, polysémie qui peut poser problème et sur laquelle il faut s’attarder. Il existe au moins trois éléments qui renforcent l’ambiguïté et la confusion existant autour du concept de gouvernance tel qu’il est utilisé par les Institutions de Bretton Woods pour désigner, selon leurs propres termes et tout en recouvrant des contenus divers, « un ensemble de prescriptions en matière de gestion administrative et politique ». Tout d’abord, la notion de gouvernance renvoie à l’existence présumée d’un consensus concernant les procédures de bonne gestion proposées comme universellement valables et devant ser­ vir de modèle de référence. Or, dans le domaine plus circonscrit de la gestion des entreprises, la gouvernance corporative n’est pas un modèle mais plutôt un modus operandi, un équilibre entre les actionnaires, le conseil d’administration, les vérificateurs externes et les dirigeants de l’entreprise. Ensuite, non seulement ce concept recouvre en fait une multi­ tude de contenus qui varient selon les stratégies propres aux diffé­ rents intervenants, bailleurs de fonds bilatéraux, ONG, institutions financières, etc., mais ces contenus sont en évolution constante à Chapitre 1 Bonne gouvernance, réformes institutionnelles et stratégies de réduction de la pauvreté : sur quel agenda de développement? Bonnie Campbell 36 Gouvernance et appropriation locale du développement l’intérieur même de ces organisations. C’est notamment le cas à la Banque mondiale où le sens donné à ce terme a sensiblement évolué de 19921 à 1997 et en 1999. Enfin, selon un langage administratif formulé en termes d’efficacité et de bonne gestion, il s’agit en fait d’une notion qui véhicule une conception particulière de l’État, de son rôle, de son évolution souhaitable, des rapports entre l’État et le marché, et de l’exercice du pouvoir – en un mot, d’une notion éminemment politique2 . L’accent que les institutions multilatérales de financement ont mis sur la gouvernance à partir de la fin des années 80 marque un tournant. Celui-ci arrive dans un contexte particulier. En effet, les conditions de plus en plus nombreuses sont devenues politique­ ment et administrativement ingérables. Les performances mitigées des stratégies de libéralisation provoquent alors une réflexion qui cherche à mieux ancrer et à légitimer des interventions de plus en plus multiformes et complexes. Ainsi, les débats qui émergent à cette époque portent moins sur l’efficacité des programmes d’ajus­ tement structurel et leur faisabilité politique que sur les conditions locales des pays dans lesquels ces réformes sont implantées. Le questionnement est réorienté et balisé. La réflexion ne porte donc pas sur les stratégies des bailleurs – le cœur économique des programmes –, mais sur l’identification d’éléments qui permettraient d’expliquer pourquoi les réformes ne marchent pas. Sont mis en avant des facteurs et des dysfonctionnements internes aux pays. Sans nier les réels problèmes qui existent dans ce domaine et sur lesquels beaucoup d’attention a déjà été portée, cette contribution espère éclairer des enjeux d’un autre ordre. Les programmes d’ajustement structurel En effet, comme un nombre croissant de travaux le suggèrent, il faut également analyser les programmes d’ajustement structurel. Il s’agit plus précisément de comprendre les écarts qui existent entre les retombées annoncées pour justifier l’introduction des réformes Bonne gouvernance, réformes institutionnelles et stratégies de réduction de la pauvreté 37 économiques des années 80 et les résultats observés. Analysons par exemple le cas fort connu des retombées des activités minières au Ghana3. Les réformes introduites pour libéraliser le secteur minier dans les années 80, qui serviront par ailleurs d’inspiration pour d’autres pays, tel le Mali, permirent effectivement d’attirer des sommes très importants en investissements privés. Celles-ci contribuèrent à un essor remarquable du secteur minier. Mais les retombées ne furent évidemment pas que positives. Par exemple, en ce qui concerne les retombées locales en termes de développement économique et social, il a fallu attendre un rapport de la Banque mondiale daté de juillet 20034 , soit 17 ans après l’introduction de la...

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Additional Information

ISBN
9782760319035
Related ISBN
9782760307100
MARC Record
OCLC
793084044
Pages
240
Launched on MUSE
2012-01-01
Language
French
Open Access
No
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