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Durant les années 80, qui correspondent au lancement des programmes d’ajustement structurel, les institutions finan­ cières internationales (IFI) se sont attachées à mettre en œuvre un programme connu par la suite sous le nom de consensus de Washington. Il s’agissait essentiellement de s’attaquer à toutes les interventions publiques en vue d’éliminer toutes les distorsions sur les marchés. Le bon fonctionnement des marchés était censé amé­ liorer l’utilisation des ressources, ce qui devait relancer la croissance. Le consensus de Washington mettait l’accent sur la libéralisation et la privatisation, mais la « bonne gouvernance » n’était pas perçue alors comme une question prioritaire. La réduction du rôle de l’État semblait suffisante pour dynamiser la situation économique des pays en développement. Pourtant, ces programmes étaient censés émaner des gouvernements eux-mêmes, puisqu’ils faisaient partie d’une requête adressée au FMI. Une lettre d’intention envoyée par les plus hautes autorités de l’État devait témoigner de l’appro­ priation des politiques d’ajustement. À la suite d’un rapport de la Banque mondiale sur la crise africaine, publié en 1989, une notion nouvelle était introduite dans le jargon du développement international. D’après ce rapport (World Bank, 1989, p. 60), une crise de gouvernance serait à la base des problèmes de développement de l’Afrique : Introduction générale : Entre modèles importés, confiscation sociale et appropriation locale des politiques de développement Jacques Fisette et Marc Raffinot 2 Gouvernance et appropriation locale du développement des institutions faibles, des règles de droits non respectées, une absence d’imputabilité des dirigeants politiques, un manque de transparence et de liberté dans la circulation de l’information, une gestion des finances publiques défaillante et des niveaux très élevés de corruption seraient les principales caractéristiques de cette crise africaine. La notion de « gouvernance » fut graduellement adoptée par l’ensemble des agences internationales du développement durant les années 90 et s’est installée au centre du discours de la coopération internationale pour le développement. Dans un premier temps la gouvernance s’est intégrée aux dispositifs des IFI entourant les programmes d’ajustement struc­ turel; les pays demandeurs d’aide étaient invités à élargir le champ des réformes structurelles et à marquer leur adhésion à de nou­ velles conditionnalités politiques. Ainsi, la gouvernance s’insérera quelques années plus tard dans les nouveaux programmes de lutte contre la pauvreté et dans les initiatives liées aux réductions de dette aux pays pauvres très endettés (PPTE) dans la deuxième moitié des années 90. Le thème de l’appropriation (en anglais ownership), a été propulsé sur le devant de la scène en 1998, presque dix ans après l’introduction de la gouvernance, à l’occasion d’un discours de James Wolfensohn qui avait décidé d’en faire la base d’une nouvelle approche, le Comprehensive Development Framework. Ce thème n’a cessé depuis de prendre de l’ampleur jusqu’à devenir, en 2005, le socle sur lequel repose la Déclaration de Paris (2005), signée dans le cadre de l’OCDE par la plupart des pays donateurs et récipien­ daires – même si certains acteurs non gouvernementaux résistent encore. Affirmant que la conditionnalité classique avait échoué, la Banque mondiale pressait la communauté internationale de placer désormais le pays receveur de l’aide au poste de commande (« [recipient] countries in the driver’s seat »), en charge de définir de manière participative les politiques à mener et de coordonner le système d’aide. Il n’y a guère d’accord sur la définition précise et opérationnelle de l’appropriation. En pratique (notamment dans le cadre du suivi de la Déclaration de Paris), l’adoption Introduction générale 3 d’un Document stratégique de lutte contre la pauvreté (DSRP)« opérationnel » est considérée comme un indicateur suffisant de l’appropriation des politiques par le gouvernement. Ces initiatives ont été présentées comme devant marquer la fin de la période des programmes d’ajustement structurel, période où les acteurs externes ont exercé un contrôle fort sur la définition des réformes, et le début d’une nouvelle époque où les acteurs locaux, autorités...

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Additional Information

ISBN
9782760319035
Related ISBN
9782760307100
MARC Record
OCLC
793084044
Pages
240
Launched on MUSE
2012-01-01
Language
French
Open Access
No
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