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  • Guerre d'Espagne et socialisme international. Dernière chance pour l'ordre démocratique d'entre-deux-guerres by Nicolas Lépine
  • Pierre Salmon
Nicolas Lépine, Guerre d'Espagne et socialisme international. Dernière chance pour l'ordre démocratique d'entre-deux-guerres, Laval (Québec), Presses de l'Université Laval, 2020, 482 p. Préface de Michel Dreyfus.

Déjà foisonnante, l'historiographie de la guerre civile espagnole (1936-1939) n'en est pas à son dernier souffle. Dans la lignée de travaux consacrés à la mobilisation transnationale dans le conflit, Nicolas Lépine étudie conjointement celle de l'Internationale ouvrière socialiste (IOS), qui fédère les partis socialistes, et de la Fédération syndicale internationale (FSI), qui réunit les syndicats n'ayant pas voulu se rapprocher du Profintern communiste. L'ouvrage, issu d'une thèse soutenue en [End Page 165] 2013 sur « Le socialisme international et la guerre civile espagnole32 », représente une contribution attendue sur l'Internationale socialiste à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Dans la préface, Michel Dreyfus ne manque pas de souligner le vide historiographique qui concernait jusqu'à présent les débats et les initiatives de l'IOS à cette époque.

En juillet 1936, le coup d'État de militaires espagnols contre la Seconde République se heurte à la résistance de forces loyales, bien aidées par les organisations ouvrières. Dans un contexte de désarticulation du régime légal, les forces prolétariennes profitent de la situation pour enclencher la révolution sociale que les putschistes disaient prévenir. Rapidement, la lutte acquiert une importance qui dépasse ses frontières. D'un côté, l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste apportent un soutien matériel, humain, diplomatique et financier aux militaires insurgés. De l'autre, la France et l'Angleterre proposent une « non-intervention » dans le conflit afin d'éviter toute conflagration généralisée. Adoptée par l'essentiel des puissances européennes, cette politique interdit tout appui militaire aux deux camps, mais elle pénalise surtout la République : pourtant membres du nouveau Comité de « non-intervention », l'Allemagne et l'Italie continuent de soutenir le camp antirépublicain, alors que la France et l'Angleterre se refusent à toute assistance officielle. Au début du conflit, la France contourne toutefois la législation en vigueur pour envoyer plusieurs avions en Espagne ; mais ces derniers sont généralement désarmés et d'une faible valeur stratégique. Dans un contexte d'abstention des grandes démocraties, la République compte néanmoins sur les envois de matériel de guerre depuis le Mexique et, surtout, de la Russie soviétique. En parallèle, une aide militaire et humanitaire est mise en place par les militants communistes à travers leurs cellules politiques locales, le Komintern et le Secours rouge international. Réalisée à grand renfort de publicité, cette assistance apporte un crédit moral aux communistes et aux Soviétiques auprès des militants de gauche de toute l'Europe. À l'opposé, le socialisme international est pointé du doigt pour l'inaction de ses membres qui, au sein de plusieurs gouvernements, défendent la politique de « non-intervention ». Ce constat, qui est généralement repris par l'historiographie, est cependant trompeur au regard des sources que Nicolas Lépine valorise. À l'aide de journaux militants et d'archives de responsables socialistes bien insérés dans les structures internationales, le chercheur nous offre un riche aperçu des engagements de l'IOS et de la FSI sur fond de guerre d'Espagne. Ce faisant, Nicolas Lépine s'arrête sur le pendant politique de la solidarité, laissant à la marge les réalisations matérielles concrètes – militaires et humanitaires – de cette mobilisation33. Il s'agit de souligner ce qui a été fait par le socialisme international pour appuyer la République espagnole sans pour autant « disparaître dans l'ombre du Komintern communiste » (p. 46).

Grâce à une approche transnationale bienvenue, l'auteur montre comment l'IOS et la FSI ont tôt fait de se présenter comme un rempart...

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