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  • Le laboratoire de l'internationalisme. Le CAEM et la construction du bloc socialiste by Simon Godard
  • Sylvain Dufraisse
Simon Godard, Le laboratoire de l'internationalisme. Le CAEM et la construction du bloc socialiste, Paris, Presses de Sciences Po, « Académique », 2021, 325 p.

Étudier le Conseil d'aide économique mutuelle (CAEM), une institution de coopération économique faisant partie des vaincus de l'histoire, aurait pu paraître un exercice peu engageant. Rappelons que le CAEM, appelé communément Comecon, avait été fondé par l'URSS et les démocraties populaires en 1949 pour organiser la coopération économique, technique et scientifique entre ses pays membres. Le grand intérêt de cet ouvrage est de se confronter au fonctionnement « au concret19 » du Conseil et de sa bureaucratie. L'ouvrage de Simon Godard, tiré de sa thèse de doctorat, parvient à réaliser une étude du « bloc socialiste » non éthérée. Il étudie un interstice entre les espaces nationaux et l'espace international. Il suit la manière dont le bloc de l'Est se construit par le prisme d'une institution et des acteurs – États et individus – qui le composent et la font vivre. Il montre parfaitement comment se forme, par le biais du CAEM, un milieu d'experts de l'économie internationalistes. Vitrine de la coopération socialiste dans un contexte de guerre froide et dans une concurrence larvée avec les autres organisations européennes en gestation à l'Ouest, le CAEM doit donner à voir des résultats et contraint les États membres au consensus et à des négociations internationales pour construire des infrastructures matérielles (oléoducs, réseaux d'électricité) et immatérielles (normes), qui relèvent d'un « intérêt commun », propre au bloc socialiste. L'auteur parvient à désingulariser le monde socialiste en montrant comment le fonctionnement et l'évolution du [End Page 218] CAEM s'inscrivent dans une tendance plus générale de développement des organisations économiques régionales de la seconde moitié du xxe siècle.

Ce travail se place dans la lignée des travaux de la directrice de thèse de l'auteur, Sandrine Kott, et des perspectives en sociohistoire des sociétés communistes et des organisations internationales qu'elle et d'autres ont pu développer. L'ouvrage s'appuie, pour cela, sur des matériaux archivistiques denses qui ont contraint l'auteur à parcourir l'Europe : fonds du secrétariat du CAEM, de l'État est-allemand, d'anciens fonctionnaires du CAEM, archives de la Stasi, archives de l'Economic Commission for Europe de l'ONU, auxquels s'ajoutent l'étude des bulletins et des cahiers d'informations du CAEM, ainsi que des entretiens. Cet ensemble riche permet de proposer une histoire incarnée de l'institution, attentive aux chaînes de décisions, aux échelles de pouvoir, aux marges de manœuvre de commissions et aux conflits qui surgissent dans l'organisation.

L'auteur commence par retracer l'histoire institutionnelle du CAEM. Il en resitue la fondation dans le contexte de l'après-guerre et du basculement vers la guerre froide. Conçue comme outil de coordination du développement économique, l'instance, intergouvernementale, se distingue des organisations interpartisanes comme le Kominform. Vitrine du bloc socialiste, elle se voit contrainte d'élargir son champ de compétences et d'obtenir des résultats. Simon Godard décrit l'évolution institutionnelle, liée à l'extension des champs de coopération. À partir de la fin des années 1950 apparaissent des commissions permanentes sectorielles (métallurgiques ou agricoles) ou traitant de questions transversales (commerce extérieur), chargées de renforcer les projets de coopération économique. À compter des années 1960, pour faciliter le travail des commissions, des établissements autonomes (Banque internationale d'investissement, institut de standardisation, comité de planification) se multiplient. Le CAEM est au centre d'une « galaxie » d'instances, qui en dépendent et qui sont le résultat de l'extension des champs de coopération. Simon Godard décrit également comment les États s'opposent au sujet des évolutions possibles du projet, ce que favorise le vote à l'unanimité des décisions : le Conseil permet...

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