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  • Qui était l'auteur de l'apparat au Décret Animal est substantia
  • Anne Lefebvre-Teillard

In memoriam Chris Coppens

L'apparat au Décret Animal est substantia est, avec l'apparat Ecce vicit leo, l'un des grands témoins de l'enseignement du droit canonique tel qu'il était délivré à Paris au début du XIIIe siècle. Cet enseignement qui a débuté dès les années soixante du XIIe siècle, vit alors son plein épanouissement avant que la glose ordinaire ne vienne progressivement s'y substituer.1 Cette période correspond essentiellement aux deux premières décennies du XIIIe siècle. C'est celle durant laquelle l'université de Paris se structure en se dotant de ses premiers statuts.2 [End Page 1]

Découvert par Schulte au travers du manuscrit Bamberg SB can.42, Animal est substantia a été d'abord connu sous le nom de Summa Bambergensis.3 Son caractère d'apparat s'est néanmoins assez vite imposé, grâce à la découverte de manuscrits où il figurait bien en marge du texte du Décret. On connaît à l'heure actuelle quatre manuscrits de cet apparat auquel Chris Coppens a consacré une grande partie de ses recherches. Outre le manuscrit de Bamberg, ce sont les manuscrits de Bernkastel-Kues, Sankt Nikolaus Spital 223, Luxembourg, Bibliothèque Nationale 139 et Liège, Bibliothèque de l'Université 127E.4 La transcription de cet apparat, fruit d'un long et persévérant travail n'a pu hélas être menée à son terme par Chris Coppens (†2015). Grâce à lui elle a été néanmoins publiée, avec toutes ses variantes, sur Internet jusqu'à la Causa X.5 Cela rend le contenu d'Animal est substantia beaucoup plus accessible, même s'il faut encore recourir aux manuscrits pour connaître son contenu sur la suite du Décret.

Cet apparat commence donc à être mieux connu, mais qui en était l'auteur? Dès le début de ses recherches, la question avait préoccupé Chris Coppens, sans qu'il parvienne à la résoudre.6 [End Page 2] Dans cette étude à sa mémoire, je voudrais présenter quelques éléments de réponse et avancer à mon tour un nom.

Le premier élément de réponse est issu d'une certitude: Il y a une dépendance marquée d'Animal est substantia à l'égard de l'apparat qui le précède: Ecce vicit leo. La chose avait déjà frappé Stephan Kuttner qui, dans son Repertorium, avait rapproché les deux textes.7 Depuis, le même constat a été fait par tous ceux qui ont utilisé ces deux apparats pour leurs recherches.8 Néanmoins il ne faut pas en exagérer la dépendance comme le montre en particulier le manuscrit de Bernkastel-Kues. Ce dernier a manifestement servi pour une 'lectio' du Décret sur plusieurs années. Son auteur enrichit le texte de départ par de nombreux ajouts que Chris Coppens a soigneusement noté sous la forme 'K2' voire 'K3'. Une glose située sur la C.2 q.4 dictum post c.3 ad s.v. ministrorum fait même référence au IVe concile de Latran.9 On peut donc dire que d'une manière assez traditionnelle à cette époque, notre auteur fait sien l'enseignement de son maître tout en l'enrichissant progressivement. Il le fait en recourant beaucoup plus massivement que lui au droit romain, mais aussi en utilisant les collections de décrétales postérieures à la Collectio de Gilbert, en [End Page 3] particulier la Compilatio romana de Bernard de Compostelle.10 Un maître auquel il emprunte beaucoup mais cite peu;11 un maître enfin dont il n'hésite pas éventuellement à contredire l'interprétation, mais en utilisant, sans doute par respect, la formule 'quidam dicunt'.12 L'auteur d'Animal est substantia a donc été l'élève de celui dont l'enseignement est consigné dans Ecce vicit leo. Or l'auteur de ce dernier apparat n'est autre que Petrus Brito abondamment cité par ses él...

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