- Des femmes et des dieux par Floriane Chinsky, Kahina Bahloul et Emmanuelle Seyboldt
Les entretiens entre chercheurs de vérités morales et spirituelles sont relativement populaires dans le public éduqué en France, ainsi les ouvrages récents de Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard (FR 92.3, FR 94.2). Ici, une femme rabbin (Chinsky), une pasteur protestante (Seyboldt) et la première imam femme de France livrent un dialogue interconfessionnel calme, sans esprit missionnaire, en sept chapitres sobrement intitulés "Jour 1, 2, etc." Heureusement, les titres des chapitres guident mieux. D'où vient leur vocation? À l'origine, "l'injustice et […] la souffrance" (11) mobilisent Emmanuelle. Floriane insiste sur le devoir moral large même sans Dieu (16), la "non-violence" (24), et rejette le sexisme ou la haine des Juifs progressistes (20-21) présents chez certains Juifs. Kahina (issue d'Algériens et de Français sur plusieurs générations) célèbre l'islam "maraboutique" (26), chaleureux et probe, de sa petite enfance et de sa famille. En plus de ce terreau favorable, elle évoque la mort de son père bien-aimé qui l'amena au soufisme libérateur, contre le conservatisme des mosquées traditionnelles. Un long chapitre, fort riche, est consacré aux "principaux piliers" de "ces religions et traditions" (59-107); un autre (207-26) à la polysémie et la sémiologie du "sacré, un mot mis à toutes les sauces" (207) et au double risque "de désacralisation et de sursacralisation" (225). Ces chapitres sont parfois philosophiques. Trois autres chapitres discutent être femme, le féminisme, et le corps, notamment féminin. Ici, le religieux touche plus au social et à la politique. L'imam insiste sur le besoin de contextualiser croyances et pratiques et de rejeter "l'exégèse classique qui consiste à interpréter un verset [misogyne] de manière isolée" (110). Emmanuelle indique que "jamais personne ne m'a mis de bâtons dans les roues au prétexte que je suis une femme" (36). Floriane discute de l'histoire machiste du rabbinat et des pionnières rabbines contemporaines, Kahina des courants de l'Islam qui historicisent le Coran pour permettre certaines réformes. Le judaïsme encourage la responsabilité individuelle, est ouvert au doute, au refus de et aux défis envers Dieu, et le "judaïsme humaniste" (43) encourage maintes versions de la vérité dans le respect de tous. Au final, toutes trois défendent une lecture égalitaire des textes saints, citent diverses pratiques d'émancipation dans leur tradition, plusieurs hautes figures féminines du Livre et de l'histoire, et une "approche historicocritique" (181) des textes, des croyances et des pratiques. Loin d'elles la notion d'inerrance des textes saints et l'infaillibilité des autorités religieuses: "je ne dirais pas que 'la Bible est la Parole de Dieu'" si elle reste lettre morte ou est détournée (183, Emmanuelle), Kahina veut réhabiliter "un Islam des Lumières" (187) qui exista un temps, et en matière d'histoire religieuse, "l'histoire des historiens est aussi forte et aussi miraculeuse" (190, Floriane) que la Légende Dorée. Ces trois femmes humbles proposent des religions de tolérance et de raison. Leur pluralisme, [End Page 292] leur appel à prendre "conscience des interprétations et de l'herméneutique au fil des siècles" (197-98) sont modérés et de bon sens; ils sont aussi audacieux, révolutionnaires et trop rares dans le contexte actuel. [End Page 293]



Des femmes et des dieux par Floriane Chinsky, Kahina Bahloul et Emmanuelle Seyboldt (review)
Buy Issue for $25 at JHUP