Johns Hopkins University Press
  • Mourir au monde: le pouvoir libérateur de la négation dans les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau

Si Jean-Jacques Rousseau déplore la déchéance de son corps mourant dans les Rêveries du promeneur solitaire (publication posthume en 1782), et affirme le rejet définitif de toute société, il observe aussi l’expansion furieuse de son imagination poétique. Elle lui permettrait même, selon lui, d’entrevoir la dimension “cosmique” de l’existence. Grâce à l’analyse stylistique et grammaticale de la rhétorique de la négation des Rêveries, nous montrons que l’auteur donne à la construction négative un pouvoir paradoxal puissant: celui non seulement de supprimer, mais par cela même de se grandir et de se libérer.

Il passe [...] dans le discours du poète un esprit qui en meut et vivifie toutes les syllabes. Qu’est-ce que cet esprit? j’en ai quelquefois senti la présence; mais tout ce que j’en sais, c’est que c’est lui qui fait que les choses sont dites et représentées tout à la fois; que dans le même temps que l’entendement les saisit, l’âme en est émue, l’imagination les voit, et l’oreille les entend.

—Denis Diderot, Lettre sur les sourds et muets (1751) (Œuvres 34)

Rousseau se déclare en marge de la société dès l’ouverture des Rêveries du promeneur solitaire (1782): “Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même” (995). En exil volontaire sur l’Île Saint-Pierre près de Genève, Rousseau, que Germaine de Staël considérait comme le “maître et le modèle des âmes sensibles” (Barny 11) est persuadé d’être la victime d’un “commun complot” qu’il voit comme le produit d’un “accord universel” (1010) entre les hommes1. Le philosophe prend définitivement ses distances avec les cercles littéraires, dont il se sent injustement exclu, pour consacrer ses dernières années à la botanique et à la marche. S’éloignant des conflits qu’il avait entretenus avec les Encyclopédistes et David Hume, et fuyant les scandales2 qui le tourmentent, il médite aussi sur l’aboutissement de son œuvre, après l’avoir dédiée à une société qui l’a trahi. Rousseau est surtout hanté par la querelle avec Diderot. Les deux philosophes étaient autrefois très proches, et Diderot avait confié à Rousseau la rédaction des articles sur la musique de [End Page 159] l’Encyclopédie. Après qu’ils sont devenus “frères ennemis”3, ainsi que Jean Fabre les surnomme dans ses travaux, Rousseau s’offusque du Fils naturel (1757) dans lequel Diderot note que “l’homme de bien est dans la société, il n’y a que le méchant qui soit seul” (Œuvres 1113).

En effet, selon celui-ci, le philosophe est avant tout un honnête homme qui œuvre pour le bien de la société: définition incompatible avec la tendance misanthrope4 de Rousseau. Dumarsais renforce cette idée dans l’Encyclopédie lorsqu’il écrit que les “besoins et le bien être” du philosophe “l’engagent à vivre en société [...]. Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde; il ne croit pas être en pays ennemi”. Enfin, ajoute Dumarsais, le philosophe “sait se partager entre la retraite et le commerce des hommes”. Poussé par l’urgence de se justifier, et peut-être aussi par celle de laisser une marque plus intime de son existence, Rousseau se tourne vers l’écriture autobiographique. Il conçoit ainsi les Confessions (1770), les Dialogues ou Jean-Jacques juge de lui-même (1777), puis les Rêveries du promeneur solitaire (1778). Ces deux derniers textes seront publiés à titre posthume.

Le désir de solitude de l’écrivain, particulièrement aigu à la fin de sa vie (Barny; Swenson), est aussi encouragé par celui d’incarner ses propres principes politiques et moraux. Par le retour à l’état de nature, celui qui “nous libère en nous faisant borner nos désirs à nos besoins” (Robisco 28), Rousseau échappe aux vicissitudes des choses humaines et à la corruption sociale qu’il dénonçait dans ses trois textes politiques: il renoue ainsi avec la liberté de la simplicité, point de départ de l’homme naturel du Discours sur les sciences et les arts (1751); retrouve le seul souci de conservation de l’homme primitif, avant son aliénation par la jalousie, notamment, dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755); et se rapproche de l’état présocial et solitaire, qui reprend ses droits face à l’insuccès des propositions citoyennes et démocratiques du Contrat social (1762).

Réagissant à l’échec du projet social et politique qui l’anime depuis le succès du premier Discours, Rousseau rejette la société des hommes, allant jusqu’à refuser d’écrire pour eux: “s’il souhaite qu’on le prenne au sérieux, il va devoir être beaucoup plus qu’un écrivain d’opposition: il se voit obligé de devenir la vivante opposition” (Starobinski 52). “Sa préoccupation essentielle”, ajoute Jean Starobinski, “s’est détournée de l’histoire et de la philosophie sociale, pour se reporter presque tout entière sur les exigences de sa sensibilité personnelle” (62). Chez Rousseau, c’est du deuil de tout espoir d’influence politique ou sociale que naissent les Rêveries. Tout entier focalisé sur la nature qui le fascine par sa beauté et son équilibre, Rousseau retrouve, d’une part, la jouissance de lui-même: “je m’accoutumais peu à peu à le nourrir [mon cœur] de sa propre substance et à chercher toute sa pâture au-dedans de moi” (1002). Il éprouve, d’autre part, le pur sentiment de l’existence5 lorsqu’il s’abandonne aux détails de son environnement [End Page 160] et se retient de l’intellectualiser: “le flux et reflux [du lac], son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, [...] suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser” (1045).

Pourtant, la “retraite absolue” (1015) qu’il proclame dans cette dernière œuvre relève plus exactement d’un fantasme de la solitude. En réalité, Rousseau est entouré de son épouse Thérèse, de ses pairs qu’il côtoie dans les salons, ainsi que de son éditeur Paul-Claude Moultou auquel il confie, en mai 1778 (Barguillet 9)6, pour l’édition générale de ses œuvres, les derniers manuscrits des Confessions, des Dialogues, ainsi que celui, justement, des Rêveries. Alors qu’il vit au cœur de la société mondaine, Rousseau déclare qu’il renonce au monde et à la vie. N’écrivant apparemment plus que pour lui-même, il s’adresse en fait à nous, lecteurs de la postérité. L’écriture, surtout publiée, rend tout retrait absolu impossible, et trahit plutôt l’élaboration par l’auteur du fantasme de son isolement. En réalité, il “ne pourra pas se taire, il ne pourra faire autrement que d’écrire sa volonté de devenir nul” (Starobinski 53). Si Rousseau semble envisager les Rêveries dans la seule circularité de l’écriture de lui-même pour lui-même, celles-ci concluent, en parallèle, l’examen de conscience poétique auquel l’auteur s’attache et qu’il destine, au même titre que les textes précédents, aux sensibilités de son lectorat.

Rousseau construit ce fantasme de la solitude au moyen d’une rhétorique de la négation particulièrement efficace. Nous partons ici de ce que Starobinski appelle la “négation de la négation” de Rousseau dans les Rêveries, son opposition solitaire et individuelle à la société qu’il voit comme “contraire à la nature” (53). Mais nous nous concentrons plutôt sur le style de l’œuvre et de l’expression de ce retrait spirituel. Notre auteur supprime le “tout”, cet immense ensemble constitué des autres et de sa propre existence, pour lui substituer un monde de sensations et d’images focalisées sur le “moi”. Dans un même temps, Rousseau se défait de ses inquiétudes terrestres précédentes et les remplace par l’exaltation de l’écriture. Son imagination s’en trouve complètement libérée. Elle déborde, même, de sa conscience et échappe à son contrôle tant elle l’envahit. Pourtant, cette rhétorique de la négation persiste, même lorsqu’il évoque des jouissances mystiques et surnaturelles.

C’est donc sur un paradoxe7 que reposent les Rêveries: Rousseau use de la rhétorique de la négation pour rejeter les hommes et sa propre existence, mais c’est cette rhétorique qui, justement, lui confère une expérience positive et plus productive que jamais, notamment sur le plan littéraire8. Les Rêveries ne sont pas la signature du “rêveur impénitent qu’est Rousseau” dont la rhétorique serait affublée d’un “caractère utopique, illusoire” (Barguillet 9). Elles sont la consécration du talent de l’auteur. Comment comprendre l’expression par la négative d’une expérience littéraire aussi puissante? Quelle est la corrélation entre la négation absolue et la libération de l’écriture de Rousseau? Nous montrerons que [End Page 161] l’auteur donne à la construction négative, en particulier à la négation exceptive9, un pouvoir paradoxal: celui non seulement de supprimer, mais par cela même de se grandir et de se libérer.

Il nous sera indispensable de soutenir ces propositions abstraites par des analyses stylistiques et grammaticales concrètes qui entendent dévoiler la rhétorique paradoxale des Rêveries. Elles nous permettront de comprendre comment la négation confère à l’écriture de Rousseau une puissance de plus en plus exaltée. Nous nous intéresserons en particulier aux différentes formes de la négation exceptive. D’un côté, celle-ci supprime, simplement, lorsque Rousseau l’utilise pour exclure les hommes de son univers et les douleurs qu’ils causent. Notre auteur élimine toutes les inquiétudes terrestres du monde des Rêveries, au point de renier son propre corps vieillissant. Toutefois, Rousseau donne également à la négation exceptive un pouvoir libérateur lorsqu’il la combine aux figures rhétoriques de la répétition et confère à la négation le pouvoir d’ajouter et de grandir. Rousseau retrouve le “pur et simple amour de soi-même”10 (Le Menthéour 203), lorsqu’il joint aux négations des polyptotes11 portant sur la première personne. Ceci a pour effet de saturer le texte du “moi”. L’auteur libère aussi son imagination à travers une polysyndète12 remarquable: l’utilisation répétée de la conjonction de coordination “ni”. Chaque réitération de la conjonction, plutôt que d’exclure toute possibilité poétique au texte et de lui retirer sa pérennité, confirme la puissance quasi illimitée de l’écriture.

Cette libération entraîne alors une perte de contrôle. L’imagination de Rousseau, bien qu’elle soit galvanisée par les formulations négatives, finit par lui échapper. Du moins est-ce l’image qu’il tient à nous donner. En effet, les constructions passives montrent que Rousseau perd (volontiers) la fonction d’agent dans les moments d’extase littéraire. À la place, il devient l’objet de son texte et se laisse guider par l’imagination. Il atteint le paroxysme de la liberté, puisqu’il est délesté de la responsabilité d’auteur et projeté au rang de spectateur. Il réussit non seulement à “vivre des circonstances exceptionnelles qui lui permettent d’échapper à la malédiction sociale”, mais à “renouer avec la pureté de l’amour de soi” (Le Menthéour 217).

Les prémisses de la renonciation totale

Comment cette “attitude de négation absolue” s’exprime-t-elle dans les Rêveries? Rousseau est formel dès la première ligne de l’œuvre: “me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même” (995). Le pronom réfléchi à la première personne “me” doublé du présentatif “voici”, ainsi que la conjonction de coordination conclusive “donc”, montrent d’emblée la résolution de Rousseau dans son isolement factice du monde. La réclusion de [End Page 162] l’auteur résonne de part et d’autre de la phrase, grâce au pronom doublement réfléchi “moi-même” en clôture. Le pronom réfléchi souligne d’autant plus la solitude de l’auteur, qu’il fait l’objet de la négation exceptive “ne... plus que...”. Rousseau est bien son unique compagnon dans la solitude de ses Rêveries. La construction exceptive est mise en commun aux syntagmes juxtaposés, lesquels sont un par un exclus de la “terre” (entière): le “frère”, le “prochain”, l’“ami”, enfin la “société”. Une hyperbole traverse cette phrase: l’emploi de la gradation insiste sur l’absence de tout rapport humain, qu’il soit intime ou extérieur à soi. Il écarte d’abord le frère, qui lui est lié par le sang et les valeurs nobles telles que l’amour profond et une loyauté exceptionnelle; puis le prochain, qui fait moins référence à l’affection intense qu’il est censé provoquer, qu’à la solidarité incitée par l’appartenance à une même espèce; l’ami ne suscite pas l’amour intrinsèque tels que le font les syntagmes précédents, mais le rapport est plus affectif que celui, impersonnel voire anonyme, à la société13. La phrase décrit ainsi la solitude de l’auteur comme tout à la fois insurmontable, puisqu’elle est complète, et assumée, puisqu’elle est volontaire.

Rousseau évacue toute réalité sociale du monde des Rêveries. Cherchant à se protéger des douleurs que les hommes pourraient encore infliger, il contemple, désabusé mais le cœur plus léger, ce qui lui reste de vie: “tout est fini pour moi sur la terre. On ne peut plus m’y faire ni bien ni mal. Il ne me reste plus rien à espérer ni à craindre en ce monde” (999). Le pronom “tout” à valeur totalisante contient à lui seul l’immensité que l’auteur rejette. Il traduit aussi sa volonté d’être exhaustif, ce que confirment les syntagmes antithétiques des expressions “ni bien ni mal” et “plus rien à espérer ni à craindre”. La polysyndète portant sur la conjonction de coordination à valeur exclusive “ni” supprime tout le champ des possibles14. Rousseau est intouchable dans cet isolement illusoire qu’il embrasse: ni le bien ni le mal ne peuvent lui être infligés; il n’y a plus ni crainte ni espoir à entretenir dans cet univers purifié de toute autre existence humaine.

L’auteur adopte une attitude de rejet si extrême, qu’il fait le deuil de son propre corps vieillissant. La locution adverbiale “d’avance” illustre cette anticipation: “je consacre mes derniers jours [...] à préparer d’avance le compte que je ne tarderai pas à faire de moi” (999); “je m’en dégage [de son corps] d’avance autant que je puis” (1000). Selon lui, sa détérioration physique entraîne l’affaiblissement significatif de ses facultés intellectuelles. Il l’exprime par l’isotopie de l’obstacle: “mon corps n’est plus pour moi qu’un embarras, qu’un obstacle” (1000); “mon âme est offusquée, obstruée par mes organes” (1075). Il est intéressant de noter que le participe passé “offusqué-e” désigne celui ou celle dont la perception est plongée dans l’obscurité: le sujet est “empêché, en parlant de la vue, de la lumière” selon le Littré. Dans cet état de sénescence, l’auteur se heurte à ses propres limites et constate qu’il ne peut atteindre, ni même envisager, le véritable raffinement [End Page 163] poétique. La créativité littéraire de Rousseau, bornée par la bassesse de son corps déclinant, serait contrainte à l’aveuglement au lieu d’épouser toute son habileté.

Face à son affaiblissement, Rousseau se désole et s’impatiente. La juxtaposition des syntagmes substantifs (“qu’un embarras, qu’un obstacle”) et des participes passés (“offusquée, obstruée”) synonymiques traduit la frustration de l’auteur envers la diminution de ses facultés. Deux épanorthoses15 doublées de la gradation de ces termes (“embarras”, “obstacle”; “offusquée”, “obstruée”) rendent d’autant plus radicale la négation par l’auteur de sa propre existence. Elles montrent systématiquement que ce qui ne fait d’abord que gêner finit par retenir l’imagination de Rousseau. Il utilise dès lors la négation exceptive “ne... plus” pour déclarer l’amoindrissement de son talent littéraire: “mon imagination déjà moins vive ne s’enflamme plus comme autrefois” ou encore “mon âme ne s’élance plus qu’avec peine hors de sa caduque enveloppe” (1002).

La suppression pour libérer

Notre observation rejoint en partie celle de Françoise Barguillet: “à lire les Rêveries, foisonnantes de réflexions, de rêveries ou de souvenirs, le lecteur n’est pourtant pas convaincu par un tel bilan!” (17). Il y a en effet une discordance entre la perte d’élasticité de l’esprit décrite par Rousseau, et ce dont son imagination se montre capable dans les Rêveries. La frustration de l’auteur nous semble même relever de la fausse modestie, voire d’une certaine ironie de sa part. Le vieillissement de l’auteur permettrait justement à son écriture de se dépasser. Soustrait aux tourments et à la pression de la société, et seulement intéressé par la transcendance de sa création poétique, Rousseau peaufine son écriture.

Ainsi, bien que Rousseau déplore l’affaiblissement de son écriture, il parvient tout de même à donner à la rhétorique de la négation une fonction inattendue: celle de libérer. Il le dit lui-même: “dans ce désœuvrement du corps mon âme est encore active, elle produit encore des sentiments, des pensées, et sa vie interne et morale semble encore s’être accrue par la mort de tout intérêt terrestre et temporel” (1000). En affranchissant son esprit des angoisses sociales et terrestres, Rousseau parvient à grossir la puissance de son imagination, à investir son écriture de nouvelles possibilités: en témoigne le verbe “accroître” précédé de l’adverbe augmentatif “encore” dans “sa vie [...] semble encore s’être accrue”. La double réflexivité de “s’être” dans le groupe infinitif souligne d’autant plus l’augmentation de l’énergie de son âme jusqu’à son exaltation.

La négation exceptive libère aussi l’imagination de Rousseau lorsqu’elle laisse place à la conjonction de coordination “ni”. L’auteur déclare: “si on me les [les feuillets des Rêveries] enlève de mon vivant on ne m’enlèvera ni le plaisir de les avoir écrites, ni le souvenir de leur contenu, ni les méditations solitaires dont elles [End Page 164] sont le fruit et dont la source ne peut s’éteindre qu’avec mon âme” (1001). Dans ce contexte, “ni” ne supprime pas mais additionne. Rousseau énumère les jouissances que les Rêveries lui apportent et déclare en être indissociable. Il révèle le lien intrinsèque et insécable qu’il possède avec son âme (“la source ne peut s’éteindre qu’avec mon âme”), en se déplaçant du résultat fini (le manuscrit) à l’activité philosophique qui lui donne naissance (les méditations). Il met ainsi en valeur chaque étape du processus d’écriture et fait jaillir son talent littéraire. La redondance de la négation exceptive à la fin de la proposition renforce la relation exclusive que Rousseau entretient avec son imagination. Elle est à lui, rien qu’à lui, et il est impossible de la lui dérober. Quelques pages plus tôt, par ailleurs, l’auteur s’était adressé le conseil suivant: “livrons nous tout entier à la douceur de converser avec mon âme puisqu’elle est la seule que les hommes ne puissent m’ôter” (999).

La négation qui débouche sur un superlatif est également libératrice: “je ne médite, je ne rêve jamais plus délicieusement que quand je m’oublie moi-même” (1065). La comparaison à valeur superlative “plus... que” permet à l’auteur d’exprimer la force de l’imagination et le plaisir qu’il éprouve à s’y soumettre. L’hypozeuxe16 des groupes verbaux négatifs “je ne médite, je ne rêve”, doublée d’une gradation, amplifie le lâcher-prise de l’auteur. Tandis que la méditation17 est l’exercice profond de la conscience à la limite du contrôle par l’individu, celui qui rêve éveillé18 l’a tout à fait perdue. Cet état de relâchement procure à l’auteur une grande volupté, comme le montre l’adverbe “délicieusement”. Pour atteindre ce haut degré de jouissance, Rousseau doit s’oublier, c’est-à-dire ne plus avoir conscience de lui-même. Voilà la condition sine qua non de l’accès à un tel bonheur littéraire. Le polyptote portant sur la première personne (“je”, “me”, “moi-même”) démontre ce nouveau niveau de paradoxe. La figure met aussi à l’épreuve l’observation de Marcel Raymond, qui ne voit pas chez Rousseau la possibilité de s’effacer: “Rousseau a longé le rivage de ce total abandon. Il a été sur le point d’y aborder. Toutefois, la conscience de son moi, trop vigilante, l’a empêché de s’oublier” (Œuvres complètes 8).

Il est vrai qu’il s’agit pour Rousseau, dans les Rêveries, de tourner le regard vers lui-même pour analyser les sentiments qui le traversent. C’est ainsi que Rousseau remet l’amour de soi au centre de son écriture alors qu’il prétendait vouloir s’éloigner de lui-même: “Je consacre mes derniers jours à m’étudier moimême et à préparer d’avance le compte que je ne tarderai pas à rendre de moi” (999). Les formes de la première personne, accentuées par le polyptote, saturent le texte et montrent que le philosophe n’est intéressé que par sa propre personne. Cette figure souligne aussi que l’auteur est simultanément l’agent et l’objet de cette évolution. Le pronom sujet “je” et le déterminant possessif “mes” donnent à Rousseau le rôle actif de la phrase. Pourtant, il devient passif dès que la première [End Page 165] personne est réfléchie (“me”, “moi-même”) ou tonique (“moi”). Toutes ces formes sont complément d’objet direct des verbes “étudier” et “rendre”. Dans cette étude du “moi”, Rousseau est à la fois le chercheur et l’objet cherché.

Toutefois, notre auteur sature le texte du “moi” non pas pour s’enorgueillir de son importance, mais pour insister sur la nécessité et l’efficacité de son effacement. Il lui semble que, pour que l’œuvre philosophique et lyrique dépasse les limites de l’expérience humaine, l’imagination doive scruter l’âme dans ses moindres détails et exprimer toute la transcendance dont elle est capable. À sa propre interrogation—“De quoi jouit-on dans une pareille situation?”—Rousseau répond: “de rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence” (1047). La puissance de l’expérience lui permettrait de trouver “à toutes les félicités humaines les dédommagements que la fortune et les hommes ne lui sauraient ôter” (1047).

Le paroxysme de la liberté littéraire

Rousseau laisse entendre que son effacement n’est pas toujours volontaire. Il est parfois le résultat d’une perte de contrôle pendant laquelle il se laisse tant absorber par l’écriture, qu’il ne peut plus distinguer le fantasme de la réalité: “me trouvant enfin ramené par degrés à moi-même et à ce qui m’entourait, je ne pouvais marquer le point de séparation des fictions aux réalités” (1048). Un nouveau polyptote portant sur la première personne va dans le sens inverse de l’effacement de soi. Chaque forme réfléchie du “moi” (“me trouvant”, “moimême”, “m’entourait”) est une nouvelle étape vers le progressif retour à soi (“par degrés”) de l’auteur. Il sature à nouveau le texte de sa personne pour reprendre le contrôle de son imagination. Mais Rousseau ne peut résister à la force de son écriture. Il bascule dans le monde des souvenirs dès qu’il écrit: “en voulant me rappeler tant de douces rêveries, au lieu de les décrire j’y retombais”19 (1003).

L’auteur fait mine de donner une autonomie déroutante à son imagination dans ces moments d’extase littéraire. Forte de sa liberté, et dotée dans le texte d’une agentivité extraordinaire, elle le projette dans une position passive et le domine: “cessant donc de chercher parmi les hommes le bonheur que je sentais n’y pouvoir trouver, mon ardente imagination sautait déjà par-dessus l’espace de ma vie, à peine commencée, comme sur un terrain qui m’était étranger, pour se reposer sur une assiette20 tranquille où je pusse me fixer” (1012). Rousseau souligne à nouveau la corrélation entre la renonciation à la société et la libération de sa créativité. Le participe présent “cessant”, doublé de la conjonction de coordination à valeur conclusive “donc”, donne plein pouvoir à l’imagination qui retrouve toute sa vigueur (“ardente”). Elle réagit avec précipitation et surprend l’auteur: l’imparfait (“sautait”) traduit un processus en cours alors même qu’il [End Page 166] vient d’être initié. Il est suivi de deux adverbes de temps, “déjà” et “à peine”, lesquels traduisent la précocité de l’action.

Le résultat de cette intervention brutale de l’imagination est une inversion des rôles actif et passif de la phrase. Le polyptote portant sur la première personne montre que Rousseau est l’agent de la première proposition (“cessant de [...] n’y pouvoir trouver”), puisqu’il est pronom-sujet (“je”). Au moment où l’imagination est exaltée, toutefois, l’autorité de Rousseau est compromise. Le premier déterminant possessif (“mon”) lui concède encore le rôle d’agent. En revanche, le second déterminant possessif (“ma”) est situé à la charnière de la perte de contrôle de l’auteur. S’il a l’autorité du possesseur, il ne l’est que de sa vie désormais dominée par l’imagination. Rousseau perd finalement la fonction d’agent lorsqu’il est pronom réfléchi (“me”). L’imagination tient la gouverne de l’auteur, qui tire un grand plaisir poétique de sa renonciation: “plus ma rêverie est profonde plus elle me les peint [les objets] vivement” (1049). La créativité de Rousseau a tout à gagner de cette position passive, puisque son imagination le transporte vers une heureuse alternative à la vie sur terre: “une assiette tranquille où je pusse me fixer”, bien qu’elle lui soit inconnue: “un terrain [...] étranger” (1012). Rousseau se consolera plus loin du refuge auquel son imagination lui donne accès, et que la société ne peut lui ôter: “ils [les hommes] ne m’empêcheront pas du moins de m’y transporter [au doux asile] chaque jour sur les ailes de l’imagination” (1049).

La passivation de Rousseau dans le discours lui permet, de fait, d’atteindre le paroxysme de la liberté littéraire. L’imagination possédant toute son autonomie, Rousseau s’en détache et fait d’elle une entité qu’il peut observer: “durant ces égarements mon âme erre et plane dans l’univers sur les ailes de l’imagination dans des extases qui passent toute autre jouissance” (1062). L’utilisation de l’article défini (“la”), plutôt que d’un déterminant possessif, montre que Rousseau parvient à se dissocier tout à fait de son imagination. Par ce processus, l’âme est libérée à son tour. L’auteur lui cède la place de sujet et n’est présent qu’à travers le déterminant possessif (“mon”). Il se retire à nouveau du récit quand il écrit: “délivré de toutes les passions terrestres qu’engendre le tumulte de la vie sociale, mon âme s’élancerait fréquemment au-dessus de cette atmosphère, et commercerait d’avance avec les intelligences célestes dont elle espère aller augmenter le nombre dans peu de temps” (1048–49). La figure de l’anacoluthe21 (“délivré de toutes les passions [...], mon âme”) montre que Rousseau se retire et que son âme s’affranchit dans l’écriture. Dans cet espace littéraire où l’âme se déleste du joug social et de l’auteur, elle peut prétendre à une puissance qui dépasse les capacités cognitives de Rousseau. Elle semble pouvoir aller à la rencontre d’entités supérieures (“les intelligences célestes”) et offrir à l’auteur une expérience littéraire et existentielle exceptionnelles. L’auteur fait savoir qu’il est désormais capable d’apercevoir la dimension cosmique et spirituelle de l’existence. Il s’y était préparé dans la “Troisième promenade”: “je savais en méditant sur ces matières [End Page 167] que l’entendement humain, circonscrit par les sens, ne les pouvait embrasser dans toute leur étendue” (1021–22). Rousseau est prêt, désormais, à ressentir une fraction de l’inatteignable et de l’indescriptible.

L’emploi du conditionnel (“s’élancerait”, “commercerait”), toutefois, trahit le rare fléchissement de l’auteur. Le “moment de fusion entre l’écriture et l’expérience vécue” (208), tel que le formule Le Menthéour, est brièvement compromis. Le temps de l’irréel, ou de l’impossible, ici, signale le doute chez l’écrivain en pleine extase littéraire. Un obstacle revient, peut-être celui du corps vieillissant et de la vue obscurcie. Peut-être Rousseau peine-t-il à décrire une telle jouissance existentielle, ou refuse de le faire. Il se peut aussi qu’il se rappelle, parfois, la contradiction de sa posture d’auteur, qui écrit l’autonomie de son âme au lieu de lui donner libre cours, et qui façonne une écriture de la renonciation encore tournée vers les autres.

Quelle que soit la raison de cette hésitation, les Rêveries concluent la carrière de Rousseau avec une prouesse littéraire. Tandis que, pour Jean-François Perrin, le “génie du ‘dernier Rousseau’” serait d’avoir su “convertir la circonstance en chemin, l’espérance en renoncement, l’exclusion [...] en chance” (39), nous accordons plutôt au philosophe le génie de la substitution. Rousseau a substitué à la solitude un monde saturé du “moi”, à la négation absolue une négation créatrice, à la fatigue intellectuelle un espace où l’imagination et l’âme feignent de prendre vie pour jouir de leur autonomie. Grâce à ces transformations radicales, il est revenu à son premier amour: la littérature. Avec les Rêveries, Rousseau a su épurer l’ancienne “gloriole littéraire” (1015) qui l’avait aveuglé, renouer avec la poésie pour elle-même22, et parachever l’écriture de l’intime.

Angeline Nies-Berger
Rutgers University, New Brunswick (NJ)

Notes

1. À propos du trouble paranoïaque de Rousseau, consulter: Gardou; Barguillet, “Le complot” (19–68).

2. Rousseau provoque l’indignation lorsqu’il avoue, dans ses Confessions, avoir abandonné ses cinq enfants à l’orphelinat. Selon Barny (49–56), un grand nombre de périodiques nationaux condamnent la cruauté et l’hypocrisie de l’auteur de l’Émile, ou de l’Éducation (1762). Pour le Mercure de France, Rousseau est “l’homme qui met ses enfants aux enfants trouvés” (La Harpe 68). Le Journal encyclopédique signale que “[Rousseau], qui a ordonné à toute mère d’allaiter elle-même ses enfants, n’a pas permis à la mère des siens de les allaiter; il les a arrachés à ses sollicitations, à ses larmes” (Pierre Rousseau 236). Le Journal de la ville conclut de “l’énormité de ce crime, si frappante dans l’homme qui a le mieux retracé les devoirs et les sentiments de la nature” que, chez Rousseau, “la folie est à côté du crime” (Fontanes 159).

3. L’antagonisme entre Diderot et Rousseau durant les dernières années de leur vie fait toujours l’objet d’études. Voir notamment: Fabre; Citton; Nouis; Agin. Cette dernière recommande vivement les œuvres, plus anciennes mais fondamentales, de Macdonald et de Guillemin.

4. Rousseau a souvent été comparé à l’Alceste du Misanthrope de Molière (1666). Le rapprochement est facile à faire, puisqu’ils ont en commun le mépris de la société et le désir de s’en isoler (Kraut). Rousseau montre une profonde empathie pour le personnage dans sa Lettre à M. D’Alembert (1758): il y salue l’honnêteté, presque l’altruisme d’Alceste, “homme droit, sincère, estimable, un véritable homme de bien” qui “déteste les mœurs de son siècle et la méchanceté de ses contemporains [...] précisément parce qu’il aime ses semblables” (86). Selon lui, Alceste rejette la société des hommes non par dédain mais par douleur: il ne supporte plus d’assister aux “erreurs de l’humanité” et à ses “iniquités” (86). Rousseau déplore enfin le discrédit du héros par le ridicule, et remarque qu’un véritable misanthrope serait un “monstre” qui “ne ferait pas rire; il ferait horreur” (86). Dans quelle mesure les mots de Rousseau préfiguraient-ils ses propres railleries et son propre isolement? Le titre-même de l’ouvrage ainsi que la préface signifient la rupture définitive avec les Encyclopédistes, en particulier avec Diderot. Au regard de ce dernier, Rousseau déclare: “J’avais un Aristarque [grammairien et philologue alexandrin qui a révisé les textes d’Homère] sévère et judicieux, je ne l’ai plus, je n’en veux plus, mais je le regretterai sans cesse, et il manque bien plus encore à mon cœur qu’à mes écrits” (53).

5. France Culture a diffusé, en 2017, quatre épisodes sur les Rêveries de Rousseau. Le troisième épisode traite justement du sentiment de l’existence: <https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/rousseau-les-reveries-du-promeneur-solitaire-34-le-sentiment-de-lexistence>.

6. D’après O’Neal, Rousseau et Thérèse sont également accompagnés, sur l’île Saint-Pierre, de leur “tax collector, his wife, and their servants” (66).

7. Barguillet y voit plutôt une “dialectique du dépassement” qui reposerait “sur l’obsédante antithèse: eux/moi; l’univers entier/moi, transi de solitude; mes odieux persécuteurs/moi, l’innocente victime, le proscrit”. Elle ajoute: “en même temps que le hante la formule où se prononce son exclusion, il cherche à la dépasser dans un troisième terme qui porte l’espoir: eux me poursuivent, et j’en suis malheureux, mais je sais aussi être heureux. Et ce renversement du malheur en bonheur n’est pas donné comme une oscillation sans issue, mais comme une progression de l’un vers l’autre” (7–8).

8. Les Rêveries seraient même le point de départ d’un nouveau genre: la prose lyrique. Voir Swenson.

9. “La négation exceptive n’est pas à proprement parler une négation [...]. Formée à l’aide de ne… que, elle équivaut à seulement, uniquement [...]. Elle est exclusive en ce qu’elle exclut de son champ tout terme autre que celui qui suit que” (Riegel 700).

10. Par souci de brièveté, nous n’accordons que peu de place à la question de l’amour de soi versus l’amour-propre.

11. “Figure microstructurale [d’élocution] qui consiste, dans une même unité de discours, à utiliser plusieurs formes grammaticales d’un même mot” (Mazaleyrat et Molinié 269).

12. “Multiplication des liens coordinatifs” (Fromilhague 37).

13. Selon le Dictionnaire de Trévoux, le terme de “société” est aussi synonyme d’amitié. Il s’agit, en revanche, d’une amitié plutôt basée sur l’intérêt commun: “assemblage de plusieurs hommes dans un lien pour s’entre-secourir dans les besoins”, et les codes de la civilité: “afin que la société subsiste, il est absolument nécessaire que les hommes s’aiment et se respectent les uns les autres”.

14. “On peut encore utiliser au sens large la notion d’échelle pragmatique pour décrire les nombreuses expressions composées sur le modèle ni X ni Y, où X et Y constituent en quelque sorte les deux pôles extrêmes, dont la négation simultanée permet de rejeter l’échelle dans sa totalité” (Muller 72).

15. Aussi appelée retouche corrective. “Figure macrostructurale qui joue sur deux propositions: la première, négative, nie une action ou une qualité concernant un objet du discours; la seconde, positive, affirme une action ou une qualité identiques, mais d’intensité ou de valeur supérieures, concernant le même objet” (Mazaleyrat et Molinié 132).

16. “Figure fondée sur un parallélisme appuyé de groupes syntaxiques le plus souvent juxtaposés” (Fromilhague 27).

17. D’après L’Encyclopédie, la méditation est “une opération de l’esprit qui s’applique fortement à quelque objet. Dans la méditation profonde, l’exercice des sens extérieurs est suspendu, et il y a peu de différence entre l’homme entièrement occupé d’un seul objet, et l’homme qui rêve, ou l’homme qui a perdu l’esprit” <https://artflsrv03.uchicago.edu/philologic4/encyclopedie1117/navigate/10/1323>.

18. Voir L’Encyclopédie: “on appelle rêverie toute idée vague, toute conjecture bizarre qui n’a pas un fondement suffisant, toute idée qui nous vient de jour et en veillant, comme nous imaginons que les rêves nous viennent pendant le sommeil, en laissant aller notre entendement comme il lui plait, sans prendre la peine de le conduire” <https://artflsrv03.uchicago.edu/philologic4/encyclopedie1117/navigate/14/1351>.

19. Dans le Dictionnaire de Trévoux, “retomber” signifie autant la rechute d’une maladie (“il était convalescent, mais il est retombé pour la seconde fois”), que la reprise d’une mauvaise habitude (“la fragilité humaine fait qu’on retombe souvent dans les mêmes vices dont on se croyait guéri”). On trouve dans les deux cas une absence de contrôle.

20. Le Dictionnaire de Trévoux définit l’“assiette” comme la stabilité morale ou physique. L’assiette est aussi un terme technique dans le monde de l’équitation qui désigne une bonne assise en équilibre et efficace dans la selle, qui communique de manière claire et subtile avec le cheval. Rousseau semble effectivement mobiliser une personnification en rapprochant l’imagination d’un cheval: elle “s’élance” pardessus l’atmosphère, de la même manière qu’elle le fait dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, comme nous le signale Raymond: “sa bienfaisante imagination arrive au terme en sautant par-dessus les obstacles qui l’arrêtent ou l’effarouchent” (Œuvres complètes 1779n3).

21. Il s’agit d’une “figure [...] selon laquelle un développement syntaxique se poursuit en rupture grammaticale dans l’enchaînement des dépendances” (Mazaleyrat et Molinié 15).

22. Raymond nous rappelle avant tout que “ce que [Rousseau] a rencontré dans sa rêverie, dans sa longue errance, au milieu de ses tribulations et de ses angoisses, c’est la poésie” (Œuvres complètes 12).

Références

Agin, Shane. “Diderot, Rousseau, and the Historiography of Virtue.” Diderot Studies 32 (2012): 119–37.
Barguillet, Françoise. Rousseau ou l’illusion passionnée: Les rêveries du promeneur solitaire. PUF, 1991.
Barny, Roger. Rousseau dans la Révolution: le personnage de Jean-Jacques et les débuts du culte révolutionnaire (1787–1791). Voltaire Foundation, 1986.
Dictionnaire universel français et latin, vulgairement appelé dictionnaire de Trévoux. 1771. <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k509819>.
Citton, Yves. “Retour sur la misérable querelle Rousseau-Diderot: position, conséquence, spectacle et sphère publique”. Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie 36 (2004): 57–95.
Diderot, Denis. Œuvres. Vol. 4. Éd. Laurent Versini. Laffont, 1996.
Diderot, Denis, et Jean le Rond d’Alembert. Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. 1751–1772. Éd. Robert Morrissey et Glenn Roe. ARTFL. <https://encyclopedie.uchicago.edu>.
Dumarsais, César Chesneau. “Philosophe”. Encyclopédie. 1751–1772. ARTFL. <https://artflsrv03.uchicago.edu/philologic4/encyclopedie1117/navigate/12/2064
Fabre, Jean. “Deux frères ennemis: Diderot et Jean-Jacques Rousseau”. Diderot Studies (1961): 155–21.
Fontanes, Louis de. Le Journal de la ville et des provinces, ou Le Modérateur, par une société de gens de lettres. 9 novembre 1789. <https://hdl.handle.net/2027/hvd.hxigja?urlappend=%3Bseq=157%3Bownerid=115966884-183>.
Fromilhague, Catherine. Les figures de style. Armand Colin, 2015.
Gardou, Charles. “Jean-Jacques Rousseau: de l’errant infirme au géant de la littérature”. Reliance 17.3 (2005): 134–43.
Guillemin, Henri. Les philosophes contre Jean-Jacques: “Cette affaire infernale”. Plon, 1942.
Kraut, Joshua. “Le misanthrope malgré lui: Rousseau’s vision of Alceste”. French Review 95.1 (2021): 191–205.
La Harpe, Jean-François de. Mercure de France. 28 novembre 1789. <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3817560z>.
Le Menthéour, Rudy. “Seul en son royaume: la jouissance souveraine selon Rousseau Crusoé”. Le sentiment de l’existence: lectures des Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau. Hermann, 2021. 199–218.
Littré, Émile. Dictionnaire de la langue française. Éd. François Gannaz. Hachette, 1873–1874. <https://www.littre.org>.
Macdonald, Frederika. Jean-Jacques Rousseau: A New Criticism. Chapman and Hall, 1906.
Mazaleyrat, Jean, et Georges Molinié. Vocabulaire de la stylistique. PUF, 1989.
Muller, Claude. La négation en français: syntaxe, sémantique et éléments de comparaison avec les autres langues romanes. Droz, 1991.
Nouis, Lucien. “L’emploi du temps: Diderot et Rousseau lecteurs de Sénèque”. French Studies 2 (2010): 150–63.
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Perrin, Jean-François. Politique du renonçant: le dernier Rousseau des Dialogues aux Rêveries. Kimé, 2011.
Raymond, Marcel. Jean-Jacques Rousseau: la quête de soi et la rêverie. José Corti, 1962.
Riegel, Martin, et al. Grammaire méthodique du français. PUF, 2009.
Robisco, Nathalie-Barbara. Jean-Jacques Rousseau et la Révolution française: une esthétique de la politique, 1792–1799. Champion, 1998.
Rousseau, Jean-Jacques. Œuvres complètes. Vol. 1. Éd. Marcel Raymond. Gallimard, 1959.
———. Lettre à d’Alembert. Éd. Marc Buffat. Flammarion, 2003.
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Starobinski, Jean. Jean-Jacques Rousseau: la transparence et l’obstacle. Gallimard, 1971.
Swenson, James. “The Solitary Walker and the Invention of Lyrical Prose.” The Nature of Rousseau’s Rêveries: Physical, Human, Aesthetic. Voltaire Foundation, 2008. 225–44.

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