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Reviewed by:
  • Grossières indécences. Pratiques et identités homosexuelles à Montréal, 1880–1929 by Dominic Dagenais
  • Isabelle Perreault
Dagenais, Dominic – Grossières indécences. Pratiques et identités homosexuelles à Montréal, 1880–1929. Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2020, 368 p.

Cet ouvrage, issu de la recherche doctorale menée par Dominic Dagenais, nous plonge au cœur des archives judiciaires, journalistiques et privées pour mettre au jour les lieux de pratiques sexuelles et les identités homosexuelles émergentes à Montréal sur près de 50 ans, soit de 1880 à 1929. Cette étude est principalement basée sur l’analyse d’archives judiciaires comme les rapports annuels du chef de police de Montréal, les 177 dossiers identifiés dans le fonds de la Cour municipale de Montréal, les 286 dossiers des fonds de la Cour des sessions de la paix, des sessions générales de la paix et du banc de la Reine, en plus de l’Enquête judiciaire sur l’administration de la police de la cité de Montréal de 1924–1925. S’y ajoute également des articles publiés dans divers journaux comme La Patrie, La Presse, le Montreal Evening Star, le Police Gazette et Le Canard, pour nommer les principaux. Enfin, pour le dernier chapitre, Dagenais s’est rendu à San Francisco pour consulter les Elsa Gidlow Papers à la Gay and Lesbian Historical Society (GLBT Historical Society). Ce corpus rend bien compte de la difficulté pour les historiennes et historiens de trouver des sources sur la sexualité, sources que l’on retrouve plus souvent qu’autrement s’il y a eu répression des comportements sexuels ou si les individus de l’époque ont écrit et publié sur leurs vies par la suite.

Après une courte introduction dans laquelle l’auteur discute d’abord des écrits sur l’histoire de l’homosexualité dans différentes villes nord-américaines du tournant du XXe siècle, il aborde la question, plus théorique, des identités qui, de manière anachronique, ne peuvent être qualifiées d’homosexuelles ou homosexuels, de gaies ou encore queers. Comme l’un des objectifs de l’ouvrage est de rendre compte de pratiques et d’identités « volatiles et multiples » au cours de la période étudiée, il définit l’homosexualité comme tout contact « de nature sexuelle entre deux individus du même sexe, sans égard à leur identité sexuelle » (p. 11). L’auteur a raison de faire cette différence entre l’auto-identification à des catégories qui émerge tranquillement depuis le milieu du XIXe siècle et les pratiques sexuelles judiciarisables au regard de la loi, peu importe l’auto-identification des personnes. La période temporelle couverte précède de 10 ans l’entrée en vigueur du délit de grossière indécence, plus large que la très spécifique sodomie, au Code criminel canadien et elle se termine en [End Page 692] 1929, alors que les plumitifs des greffes criminelles étaient toujours sous restrictions lors de la collecte de données en archives judiciaires.

L’ouvrage est divisé en cinq chapitres. Le premier chapitre met en lumière les efforts de régulations des comportements sexuels déployés par la police et le système judiciaire sous la pression des réformateurs sociaux et moraux de l’époque. L’apparition du délit de grossière indécence en 1890 dans le Code criminel canadien participe à l’augmentation du nombre de causes qui arrivent en cours de justice. L’auteur y aborde également l’influence de plus en plus grande de la médecine légale dans le processus lent de décriminalisation des pratiques homosexuelles au pays (la dernière loi date de 2019 !). Au Québec, les Drs Villeneuve et Chagnon seront particulièrement actifs même s’ils tiennent à maintenir une différence entre l’homosexualité innée (maladie congénitale) et les pratiques sexuelles acquises dites vicieuses. Les causes qui entrent dans le système pénal sont spécifiques dans le sens où la plainte doit être déposée par...

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