In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Reviewed by:
  • Un traître mot par Thomas Clavel
  • Lydia Belatèche
Clavel, Thomas. Un traître mot. Nouvelle Librairie, 2020. ISBN 978-2-491446-09-3. Pp. 234.

Dans son célèbre roman d'après-guerre, 1984, George Orwell nous prévient à propos des dangers d'une société totalitaire dans laquelle un vocabulaire riche (Old-speak) est remplacé par un vocabulaire appauvri (Newspeak). Une nouvelle dystopie par Thomas Clavel rend hommage à Orwell puisque des "crimes de parole" (57) seront punis par l'emprisonnement et des amendes. Une belle citation de 1984 annonce le procès du protagoniste: "L'hérésie des hérésies était le sens commun" (57). Chez Clavel, l'ère du politiquement correct de la fin des années 1980 atteint son apothéose avec l'interdiction du vocabulaire qui renforce des stéréotypes maudits: "la haine des minorités allait enfin être éradiquée!" (45). Le protagoniste, Maxence Baudry, qui a 30 ans, est un professeur de littérature à Paris 3, Censier, "cette faculté mondialiste et gauchisante où il prenait un plaisir fou à enseigner" (13). On appréciera le côté ultrabranché de ce prof qui a son propre blog littéraire. Néanmoins, Maxence va tout à fait à l'encontre de "la nouvelle loi d'Application du Vivre Ensemble" ou AVE, qui a pour but de "réprimer plus sévèrement les mots que les actes" (43–44). En fait, Clavel nous offre non seulement une dystopie, mais aussi un thriller où une grande partie du roman se passe en prison. Une autre intrigue du roman se déroule dans les années 1960–1970 à l'Université américaine de Beyrouth où ces mêmes tentatives d'être politiquement corrects sont mises en jeu. Ce qui donne au roman de Clavel une saveur particulière, c'est l'intertextualité. Maxence aime analyser les écrits de Maurice Blanchot et, en fait, le chapitre "Pénitence" s'ouvre sur une citation de L'écriture du désastre: "Se taire, c'est encore parler. Le silence est impossible, c'est pourquoi nous le désirons" (73). Une réminiscence chez le protagoniste rappelle l'instant proustien quand, l'espace d'un "instant", "l'odeur de javel citronnée qui flottait dans l'air lui rappela le parfum d'une ancienne pension provençale où il avait séjourné tout un été lorsqu'il était petit (à une époque de sa vie où l'insouciance était […] la plus férocement courtisée)" (76). En écho à Sartre, Maxence se sent "tout à fait étranger au huis clos carcéral macabre qui se jouait devant ses yeux" (80) tandis que François, l'avocat incarcéré, est atteint d'une "nausée linguistique" (194). Un vocabulaire tout à fait zolien (comme celui dans Thérèse Raquin) renforce l'atmosphère de l'inquiétante dystopie: François, qui possède constamment "ce malaise étrange" (194), ne trouve pas de salut sous la "lumière blafarde" de l'infirmerie (208) et les autres prisonniers le considèrent comme "la plus sinistre des curiosités" (209). Comment ne pas penser à Camus lorsque Maxence contemple "son étrange bracelet d'acier" qui devient "un objet indifférent" pour lui (73)? On pourra relever plusieurs allusions au roman Fahrenheit 451 de Ray Bradbury: "Dans un monde qui a brûlé la Bible et tous les livres!" (137), il serait cependant possible pour des prisonniers de réciter les grands auteurs et ainsi de devenir "des Chevaliers du Verbe!" (183). Autant d'échos et de rappels qui rendent la lecture d'Un traître mot agréable. [End Page 257]

Lydia Belatèche
University of Minnesota
...

pdf

Additional Information

ISSN
2329-7131
Print ISSN
0016-111x
Pages
p. 257
Launched on MUSE
2021-12-06
Open Access
No
Back To Top

This website uses cookies to ensure you get the best experience on our website. Without cookies your experience may not be seamless.