Johns Hopkins University Press
  • La lecture et la mort:Le suicide et le pouvoir contagieux de la littérature

Dès l'enfance les hommes ont, inscrits dans leur nature, à la fois une tendance à la représentation (imitation, mimèsis) […] et une tendance à trouver du plaisir aux représentations.

DEPUIS LA NAISSANCE DE LA PSYCHIATRIE française au tournant du 19e siècle, le lien entre littérature et médecine s'est redéfini autour de la question du suicide. Considérée par les aliénistes comme une cause du suicide, la littérature devient un objet de médecine et de santé publique. D'un mode de représentation, la littérature passe à un statut d'acteur, auquel les médecins attribuent un pouvoir d'action sur des individus mélancoliques, aliénés ou prédisposés à la mort volontaire, qui transmet le suicide par contagion, ou par imitation, et menace donc une société de plus en plus consommatrice de romans et d'autres publications. Les médecins parlent de la sensibilité fragile des femmes et le risque psychique que pose leur lecture des romans dits immoraux. Or, si les femmes sont considérées comme étant tout particulièrement susceptibles aux dangers de la lecture1, les sources montrent que la notion médicale de la contagion du suicide par la littérature ne trahit pas cependant le paradoxe du genre, selon lequel ce sont les hommes qui se suicident davantage et qui auront été pris sous influence de l'exemple contagieux de Werther, sur lequel je reviendrai plus loin. Néanmoins, du point de vue des médecins et des hygiénistes, il s'agit d'un danger d'autant plus redoutable auquel n'échappe pas même la sensibilité plus hardie des hommes.

Aujourd'hui encore on parle de l'« effet Werther », bien qu'il s'applique actuellement moins à la littérature, et davantage à d'autres modes de communication, notamment le cinéma, la télévision et les réseaux socionumériques, comme on le constate dans les études en suicidologie et en thanatologie plus généralement. La question de statut de la littérature se pose ici, entre mauvaise influence, déclencheur de la contagion, et acteur véritable, ou « contage ». Le constat de la contagiosité du suicide par la lecture a produit de nouvelles réponses hygiénistes et sociales aux effets suicidogènes constatés par les médecins du 19e siècle2. Or, selon l'hypothèse que j'essayerai de démontrer ici, ce constat de la contagion du suicide relève d'une construction discursive, elle-même fondée sur des postulats non avérés [End Page 109] et des données hétéroclites, peu fiables, voire contradictoires. Pour affirmer que le suicide est contagieux, la médecine a dû tout d'abord établir la pathologie propre à cet acte. Ce qui implique que toute influence suicidogène qu'un cas—comme Werther justement—peut avoir sur ses lecteurs repose nécessairement sur une explication médicale.

En effet, la littérature n'est pas seulement un mode de représentation, une mise-en-scène d'un suicide fictionnel, mais une source d'action, de propagation pathogène, un modèle qui comble l'écart entre fiction et réalité, en somme ce qu'on appelle aujourd'hui l'agency, et qui désormais entre dans les traités médicaux et figure dans les systèmes de classification des causes des maladies mentales, comme le suicide, ou encore la mélancolie, la constitution et la sensibilité de la femme, l'immoralité et la dégénérescence, entre autres3. Ce statut de la littérature révèle donc sa double « nature », et c'est pourquoi il faut le considérer selon une double approche. Cette approche, que je me propose de développer ici, permet de mieux comprendre comment, dans une longue histoire médicale de l'imitation, de la contagion et du rôle de l'imagination, ce statut pathologique de la littérature a été construit par la médecine. À partir de là, il faut encore utiliser des notions littéraires pour examiner comment cette construction de la contagion par la lecture en un objet médical émerge d'une fabrication discursive. C'est justement ce que je vais essayer de démontrer, en abordant le statut de la littérature comme cause du suicide contagieux, telle que les aliénistes l'ont conçue.

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Dépénalisé en France en 1791, le suicide devient un des objets les plus récurrents dans les études médicales sur la folie. Conçu par certains comme un symptôme de l'aliénation mentale, par d'autres comme une forme de folie à proprement parler, les aliénistes développent des études approfondies des causes du suicide, parmi lesquelles figure justement la littérature. Les aliénistes considèrent le suicide comme un acte contagieux, propagé par l'influence de la littérature, du théâtre, de la poésie et de la presse, sur un individu qui, pris au dépourvu, passe à l'acte malgré sa volonté. Or, comme Susan Sontag le souligne, la conception d'une telle « maladie » en termes de contagion—qu'elle soit littérale ou métaphorique—se fonde sur l'incompréhension et la peur devant un phénomène qui échappe à la maîtrise médicale et sociale4. Devant l'impossibilité de saisir cet acte entièrement dans le cadre médical, de le maîtriser et le prévenir, devant la peur aussi et le tabou qu'il représente, la société en a fait un acte contagieux. Le suicide devient l'exemple par excellence de ce que les aliénistes nomment la contagion morale, et qui opère non pas par contact physique, mais par un processus [End Page 110] d'imitation et de suggestion psychique. À ce propos, il faut souligner que la notion de contagion morale concerne à la fois le moral, une fonction psychique, et la morale, ou les mœurs, deux concepts qui se chevauchent dans les théories médicales de la folie. Selon mon hypothèse, cette ambiguïté terminologique et conceptuelle—entre le moral et la morale—maintient le suicide entre un acte immoral, qu'il a été depuis le Moyen Âge, et un acte de folie, qu'il devient à la fin du 18e siècle.

Pour démontrer la contagiosité du suicide par la littérature, les aliénistes de la première moitié du 19e siècle se fondent sur un nombre d'ouvrages littéraires romantiques—René de François-René de Chateaubriand, Manfred de Lord Byron, Adolphe de Benjamin Constant, Chatterton d'Alfred de Vigny—, mais c'est Die Leiden des jungen Werthers [Les souffrances du jeune Werther] de Johann Wolfgang von Goethe, publié en 1774, qui devient emblématique de la contagion du suicide, et dont les traces demeurent encore aujourd'hui dans le concept suicidologique d' « effet Werther ». J'aimerais montrer ici que l'usage psychiatrique de la littérature dépasse la simple représentation des cas de suicide pour mieux comprendre ce phénomène. Selon mon hypothèse, en faisant de ces romans une cause du suicide, la psychiatrie s'est approprié la littérature pour redéfinir la mort volontaire, attribuant par-là à la littérature un pouvoir d'action. Or, comme on le verra, tout en postulant ce pouvoir d'influence d'un texte littéraire sur le suicidaire, la psychiatrie définit l'acte du suicide lui-même comme un acte contagieux. Et en cela, le suicide se démarque des autres comportements pervers, criminels ou immoraux, portés, eux aussi, à l'imitation et à l'influence des représentations. À partir de là, en étudiant comment s'est forgé ce lien entre le suicide et le pouvoir contagieux de la littérature, j'aimerais montrer qu'il s'agit d'un postulat, d'une construction morale d'un fait scientifique au-delà des preuves convaincantes. Ainsi, en cherchant les fondements de la notion du suicide contagieux, l'on découvre qu'il s'agit en réalité d'un rassemblement d'anecdotes, de cas littéraires et fictionnels, dont la réitération massive par des auteurs réputés et sur une longue durée a fait de cette notion un concept indiscutable. Comme j'essayerai de le montrer, le pouvoir contagieux de la littérature se déplace, depuis les aliénistes, jusqu'à en devenir un facteur constitutif, ou essentiel, du suicide lui-même. Si la contagion du suicide n'est qu'un postulat, renforcé par la médecine depuis plusieurs siècles, on est amené à questionner les enjeux médicaux, sociaux et moraux d'une telle construction discursive. Avant d'étudier le rôle important que les aliénistes ont attribué à la littérature dans leur étude du suicide, précisons d'abord les deux éléments principaux du rapport médico-littéraire dans le cas du suicide [End Page 111] contagieux: 1) le développement du concept de contagion morale, et 2) la réception de la littérature romantique et tout particulièrement des Souffrances du jeune Werther de Goethe.

La contagion morale

Le concept de contagion morale comme phénomène de transmission strictement psychique d'une maladie n'est théorisé qu'au début du 19e siècle, au cœur des premières études en médecine mentale. À la différence de la contagion physique des maladies infectieuses, comme la peste, la variole ou la syphilis, qui nécessitent un contact ou une proximité physique, la contagion morale se détache progressivement du corps jusqu'à devenir un phénomène psychique qui opère par imitation. En 1833, le jeune médecin Prosper Lucas consacre sa thèse de médecine entièrement à la contagion morale, qu'il intitule justement De l'imitation contagieuse ou De la propagation sympathique des névroses et des monomanies. Pour Lucas, le suicide devient contagieux à la présence de plusieurs facteurs: des causes prédisposantes propres à la constitution du suicidaire et à son environnement, qui, elles, créent un terrain favorable pour la cause déterminante du suicide: l'imitation5. Or, pour qu'il y ait imitation contagieuse, il faut un exemple, c'est-à-dire un modèle à copier ou à reproduire, qu'il soit un autre individu ou une représentation littéraire, théâtrale ou médiatique. C'est en ce sens que la littérature devient le véhicule privilégié du suicide contagieux pour les aliénistes.

Les médecins et les aliénistes du 19e siècle, comme Lucas et Paul Jolly6, qui parlent de la contagiosité du suicide, reposent leurs études sur leurs propres observations à l'hôpital, mais aussi sur certains cas historiques et littéraires. Parmi les cas littéraires les plus récurrents sont Les souffrances du jeune Werther et le texte de Plutarque sur les filles de Milet7. Ces textes littéraires ont joué un double rôle dans les traités psychiatriques. Ils ont servi non seulement comme illustration du suicide contagieux, mais ils acquièrent encore le statut de cause de la contagion. Ils deviennent alors l'objet de leurs études et de leurs actions préventives.

Jusqu'à la fin du 18e siècle, la médecine explique le mécanisme de la contagion morale par le concept d'imagination. Au tournant du 18e siècle, le philosophe français Nicolas Malebranche parle de « la communication contagieuse des imaginations fortes8 ». À la fin du 18e siècle, le médecin suisse Samuel-Auguste Tissot revient sur le cas des filles de Milet dans son Traité des nerfs (1779), en décrivant leur suicide collectif comme un « délire contagieux ». « Les effets de l'imagination fortement affectée, écrit Tissot, [End Page 112] peuvent aller au point de faire éprouver involontairement les mêmes mouvements que la personne qu'on a sous les yeux9 ». Mais il précise encore que l'imagination agit même en absence de tout objet. Ainsi, détachée d'un objet présent et éprouvé par l'individu, l'imagination démesurée et contagieuse devient l'explication pour l'effet potentiellement néfaste et immoral de la lecture.

Cela nous ramène au pouvoir contagieux de la littérature. Au milieu du 18e siècle, la littérature et la lecture deviennent, pour les moralistes et les médecins, des objets « dangereux ». Dans son ouvrage intitulé A Philosophical Enquiry into the Origin of our Ideas of the Sublime and Beautiful, publié en 1757, le philosophe irlandais Edmund Burke parle de l'influence de la littérature sur les passions et le psychisme10. Il explique ce pouvoir de la littérature par la sympathie avec les autres qui nous envoûte dans un rapport d'imitation. Si les mots sont plus forts que la nature, ils représentent un danger d'immoralité, de déviance et de suicide, auquel les médecins et les moralistes cherchent à opposer des mesures de prévention. À cette même époque, le médecin parisien Antoine Le Camus (1722–1772) met en garde contre la « multitude prodigieuse de Romans » comme cause de « l'Imagination trop forte11 ». Cette inquiétude devant la littérature, le théâtre et la presse émerge d'un contexte qui voit les prémisses de l'hygiène publique, mais aussi d'un changement de perspective sur le suicide et sa criminalité. La littérature, considérée comme cause du suicide contagieux, devient alors l'objet des moralistes, des hygiénistes et des aliénistes. Dans ce contexte, la publication des Souffrances du jeune Werther provoque une critique virulente parmi les moralistes et les autorités.

Werther avant les aliénistes

Publié en 1774 et s'inscrivant dans le mouvement littéraire de Sturm und Drang, ce roman épistolaire raconte l'histoire d'une passion amoureuse d'un jeune homme nommé Werther pour Charlotte. Devant l'impossibilité de consommer cet amour, le jeune Werther se suicide d'un coup de pistolet. Inspiré par Julie ou la Nouvelle Héloïse de Rousseau (1761), ce roman se démarque de la forme classique de la littérature et plonge le lecteur dans l'état psychologique du personnage, dans ses souffrances et son désespoir. Il devient un modèle précurseur de la littérature romantique au tournant du 19e siècle, qui sera elle aussi critiquée pour sa mise en scène de la mélancolie et du suicide. Ce roman provoque immédiatement une vive réaction, d'enthousiasme et de condamnation. Selon Bruce Duncan, cette double réaction est partagée selon les générations: « While younger enthusiasts revel in [End Page 113] Werther's rich inner life and express understanding for the forces that led to his death, older defenders of the social order protest against the book's apparent justification, even encouragement, of suicide12 ». Critiqué dès sa parution pour son apologie du suicide et de son immoralité, il y eut même des tentatives, certaines réussies, de censurer le livre, notamment au Danemark et à Leipzig.

Le roman a immédiatement connu un grand succès et fut très vite traduit en de nombreuses langues, notamment en français en 1776 et en anglais en 1779. Le succès fut tel qu'il provoqua ce qu'on nommait à l'époque même la « fièvre werthérienne13 » (Duncan 14), « a phenomenon, selon Duncan, that included not just enthusiasm for the novel, but also a desire to emulate its hero », et qui s'est propagé au travers de l'Europe jusqu'en Amérique (Duncan 1)14. On imite alors les habits de Werther (« frac bleu, gilet et culotte jaunes, chapeau gris et rond ») et ceux de Lotte (« robe blanche, nœuds de ruban rose »), mais aussi leurs manières et la sensibilité de Werther15. À cette époque, la lecture des romans et de la presse devient de plus en plus répandue et populaire, ce qui produit une nouvelle configuration de l'espace et de l'opinion publics. Bien que les faits divers sur le suicide contagieux par la lecture de Werther soient relativement rares, comme on le verra, la distribution des journaux et la transmission large de ces faits a alimenté la croyance dans la contagion du suicide16.

Ce qui est retenu par les critiques de la fin du 18e siècle, ce n'est pas la contagion des habits de Werther, mais son suicide lui-même (Duncan 23). En effet, Werther devient « le livre dangereux par excellence, le bréviaire du suicide17 ». Richard Bell montre que cette critique, au 18e siècle, reposait sur peu de preuves concrètes de suicide contagieux, et servait surtout de prétexte pour s'opposer à une littérature laïque, qui allait, selon cette critique, à l'encontre d'une bonne éducation morale (Bell 94). D'autres spécialistes de Goethe et historiens du suicide s'accordent avec l'hypothèse de Bell. Selon Duncan, il s'agit d'une fiction, « invented by overly zealous social guardians, but one that still clings stubbornly to the novel's history and underscores its cultural significance » (Duncan 1). Michel Porret, qui a étudié les procès-verbaux des suicides genevois, partage cet avis, selon lequel l'hostilité « à un texte perçu comme une apologie du "meurtre de soi-même", propagea vite le mythe d'une "épidémie de suicides18" ». Comme il le souligne un peu plus loin, « [la] présence de Werther dans les greniers de l'affliction n'explique pas le suicide juvénile, mais signale l'intériorisation d'une culture nouvelle qui permet de donner un alibi inédit à la mort volontaire » (Porret 67-68). Dans le seul contexte genevois du dernier quart du 18e siècle, Porret et Watt n'identifient [End Page 114] que trois cas documentés de suicide influencés par la lecture de Werther. Ayant eu lieu en 1779, 1783 et 1793, on peut donc difficilement parler de contagion (Porret 61, Watt 227–29). Par conséquent, on le voit bien, il est difficile, voire précipité, de conclure à un rapport de causalité directe entre la lecture de Werther—un best-seller sans précédent—et chacun de ces cas de suicide. Malgré ces preuves sporadiques et faibles, les aliénistes vont construire tout un discours médical autour de Werther, pour élaborer un modèle du suicide contagieux par la littérature.

Werther et d'autres textes chez les aliénistes

Dans le contexte psychiatrique, l'expression « contagion morale19 » paraît en 1814 dans l'article sur la « démonomanie » de l'aliéniste français Jean-Etienne-Dominique Esquirol, pour désigner la contagion des phénomènes religieux20. C'est à cette même époque que le suicide est redéfini par les aliénistes comme un symptôme de la folie. Désormais, la notion de contagion morale réunit le moral, ou les fonctions psychiques, et la morale, ou les influences sociales21. Et c'est par-là que le suicide devient l'objet privilégié de la psychiatrie et de l'hygiène publique.

Le lien entre la contagion morale, le suicide comme acte de folie et la littérature apparaît dès les premiers traités psychiatriques consacrés au suicide. Très vite rapportée à l'imitation, la contagion morale a fait l'objet d'études, de discussions, de débats médicaux tout le long du 19e siècle, réexaminée chaque fois sous la lumière de nouvelles théories médicales et psychiatriques. Les médecins cherchent à comprendre le mécanisme de contagion du suicide et s'interrogent sur la possibilité du devenir contagieux des maladies non infectieuses. Généralement, chez les aliénistes, la contagion morale du suicide suit le mécanisme de l'imitation, qui agit sous l'impulsion d'un exemple. Bien qu'ils citent parfois des cas où la contagion du suicide se déclenche par le témoignage d'un exemple réel, il s'agit le plus souvent d'exemples fournis par la littérature, c'est-à-dire de modèles inventés ou fictifs. Pendant la première moitié du 19e siècle, la morale et les influences sociales jouent un rôle fondamental dans l'éclosion de la folie et dans la contagion du suicide. En effet, la prédisposition de l'individu ne représente qu'un terrain fragile, un « germe », mais c'est l'exemple qui déclenche l'imitation contagieuse. Citons l'article d'Esquirol sur le suicide pour le Dictionnaire des sciences médicales de Panckoucke, publié en 1821:

L'éducation, la lecture des ouvrages qui vantent le suicide, la puissance de l'imitation, le mépris pour les idées religieuses, les excès de la civilisation, l'esprit militaire, les bouleversements politiques, la dépravation des mœurs, le jeu, l'onanisme, l'abus des [End Page 115] liqueurs fermentées, la douleur physique, la pellagre, sont autant de causes qui portent l'homme à se tuer. […] Quand le théâtre n'offre que des triomphes du crime et les malheurs de la vertu; quand les livres, mis à la portée de tout le monde par leur bas prix, ne contiennent que des déclarations contre les croyances, contre les liens de famille, contre les devoirs de la société, ils inspirent le dédain pour la vie; le suicide doit se multiplier. La mort étant regardée comme un port assuré contre les douleurs physiques, contre les souffrances morales22.

En ce qui concerne l'influence suicidogène de la littérature tout particulièrement, les seules mesures de prévention qu'Esquirol propose portent sur l'éducation morale et la censure (Esquirol, « Suicide » 668–69).

À la différence d'Esquirol, qui valorise le rôle des influences sociales et morales sur la contagion du suicide, Prosper Lucas explique la contagion du suicide d'abord et avant tout par le mécanisme même de l'imitation. Dans sa thèse sur l'imitation contagieuse, Lucas consacre quelques pages à la « monomanie suicide », dont je cite un extrait: « Étrange passion déjà que celle du suicide ! Eh bien ! le croirait-on ? elle est contagieuse, elle est même épidémique, elle est une des plus esclaves de la loi d'imitation » (Lucas 28). Selon lui, « la cause déterminante est presque constamment alors dans l'imitation », déclenchée par le premier exemple (Lucas 30). C'est donc ici l'imitation qui est la cause immédiate du suicide contagieux, tandis que l'exemple, réel ou fictif, n'est que le déclencheur. En ce sens, la littérature, le théâtre et la presse ne constituent pas en soi des causes du suicide, mais une source d'exemples ou de modèles, qui peuvent être entièrement fictionnels. Malgré cette conception différente de la contagion morale, Lucas, comme Esquirol et d'autres médecins qui s'y sont penchés, proposent des mesures préventives hygiénistes, qui consistent d'abord et avant tout en la suppression de l'exemple.

En 1848, l'aliéniste Pierre-Égiste Lisle consacre la dernière partie de son traité à l'« influence de l'imitation sur le développement du penchant au suicide, et du danger de la publicité donnée aux faits de mort volontaire23 ». Selon lui, la contagion du suicide fonctionne par l'instinct d'imitation (Lisle 453). Le lieu le plus commun et le plus néfaste pour les exemples de suicide contagieux se trouve dans la presse, et Lisle partage l'avis d'Esquirol, selon lequel la bonne prévention du suicide et la protection de la population doivent passer par une censure ciblée des journaux (Lisle 464). En 1856, l'aliéniste Alexandre Brierre de Boismont parle lui aussi de l'imitation comme cause principale de la contagion morale. Il consacre de nombreuses pages de son traité sur le suicide à l'analyse du caractère de Werther—son ennui, son abandon des croyances religieuses, l'influence du scepticisme du 18e siècle— [End Page 116] pour comprendre son suicide. Et ce n'est que vers la fin de son long traité qu'il parle de la contagion du suicide. « Le suicide n'est pas seulement individuel, il peut aussi se propager par imitation, par enseignement, par une sorte de contagion morale.—Il y a longtemps qu'on a noté les conséquences désastreuses de Werther et d'autres livres analogues24 ». Or, sans réfuter l'influence d'imitation de la littérature, Brierre de Boismont ne semble pas souscrire entièrement à la notion de contagion morale des suicides non pathologiques. En effet, dès les années 1840, les aliénistes comme Lisle et Brierre de Boismont réfutent l'idée selon laquelle le suicide constitue toujours un acte de folie. Pour Brierre de Boismont, le suicide de Werther fait partie des suicides non pathologiques, car il est produit par son ennui, son scepticisme et son incroyance. Il semble alors difficile de réconcilier le suicide non pathologique, produit par l'imitation, et l'expression fondamentalement médicale à cette époque de « contagion morale ».

Enfin, j'aimerais mentionner encore le traité consacré au suicide du chirurgien et médecin de Nîmes, Nicolas Ebrard, publié en 1870. Son ouvrage est intéressant en ce qu'il démontre systématiquement l'effet néfaste et pathologique des différents genres de représentations du suicide. Pour lui, les causes sociales et morales, en particulier l'éducation, sont déterminantes25. La mauvaise instruction, c'est celle qui est dirigée par « les mauvais journaux, par les romans, par le théâtre », et elle ne permet pas à l'individu de « former le jugement » et de développer « le sens moral » (Ebrard 199–200). Il reproche aux journaux de rapporter les cas de suicides en formes de « récits très-pittoresques » et d'inspirer ainsi à ses lecteurs le désir de se suicider, jusqu'à produire « une véritable épidémie » (Ebrard 206). Selon lui, « l'homme est essentiellement imitateur » (Ebrard 208) et donc tout le monde est potentiellement victime de cette contagion morale.

Devant ce danger pour la santé publique, les médecins, les hygiénistes et les autorités dressent des mesures de prévention restrictives et offensives, que l'on peut constater notamment dans les nombreux procès juridiques faits aux écrivains du 19e siècle26. Il s'agit de ce qu'Yvan Leclerc nomme une « censure préventive », imposée non plus par les censeurs, mais par les juges (Leclerc 46). En revanche, les médecins et les hygiénistes proposent la lecture de textes moraux pour contrer l'influence immorale de ces romans. C'est ce que la suicidologie aujourd'hui appelle l'« effet Papageno », qui se veut comme le revers de l'« effet Werther ». Cette double perspective du pouvoir d'influence des écrits sur l'imitation et la contagion morale est affirmée par l'aliéniste français Prosper Despine, qui consacre un mémoire à cette question, intitulé De la contagion morale: Faits démontrant son existence27. Dans cette étude, [End Page 117] Despine considère non seulement la contagion des actes immoraux ou pervers, mais aussi celle des « bons exemples », laquelle peut donc devenir un outil hygiéniste et préventif (Despine 4). Cependant, selon lui, tout le monde n'est pas également soumis de la même manière et au même degré à cette contagion. Ainsi, le risque de contagion par la lecture de fictions ou de récits d'actions immorales ne concerne pas les individus qui éprouvent « de la répulsion pour le mal », mais plutôt ceux qui sont « mal conformés moralement, chez lesquels les germes des instincts pervers sont très-puissants, excitables, ou déjà développés » (Despine 14), c'est-à-dire selon lui des « êtres moralement incomplets » (Despine 16). À partir de cette explication, on remarque de nouveau un certain glissement conceptuel entre le moral et la morale. Le sens que Despine donne au concept de « contagion morale » porte principalement sur la morale, même s'il inscrit cette morale dans son pouvoir d'influence sur le corps et la constitution de l'individu, notamment sur son instinct.

D'autres médecins poussent leur réflexion sur le roman immoral jusqu'à le concevoir en termes de « contage » ou de « virus », qui, selon les mots d'Ebrard, « a pénétré partout […], la boutique du marchand, l'atelier de l'ouvrier […]; la mansarde du pauvre, comme dans le boudoir de la grande dame; il s'assied au foyer de la famille » (Ebrard 218). Dans cette conception du roman comme « contage », on constate le chevauchement de deux types de contagion: l'une métaphorique, qui fait du roman un virus infiltrant toute la société28, l'autre médicale, qui conçoit la contagiosité du suicide par l'imitation de l'exemple littéraire. Métaphorique ou médicale, la tentative de présenter la contagion du suicide en termes matériels, physiques, voire organiques, demeure jusqu'à la deuxième moitié du 19e siècle au second plan par rapport au mécanisme d'imitation de la littérature. En ce sens, le problème principal réside dans ces mauvais exemples, immoraux, qu'il faut limiter, réprimer et censurer.

Or, à partir des années 1870, on constate un renversement de modèles pour expliquer ce mécanisme. Des facteurs moraux ou sociaux, la psychiatrie se tourne davantage vers une interprétation physiologique, innéiste ou héréditaire, et neurologique de la folie et des déviances. Cette position s'inscrit dans les théories de la seconde moitié du 19e siècle, notamment celle de la dégénérescence du médecin Bénédict Augustin Morel, mais aussi des théories innéistes et héréditaires de la criminalité, notamment chez Cesare Lombroso et Alexandre Lacassagne. Ainsi, dans sa thèse de médecine consacrée à la contagion du suicide, de 187529, l'aliéniste parisien Paul Moreau de Tours attribue la contagion du suicide d'abord et avant tout aux [End Page 118] « troubles nerveux cérébraux » (Moreau de Tours 41). Portant son regard sur l'anormalité, la perversion et la folie, Moreau de Tours ne fait aucune mention de la littérature comme cause du suicide contagieux. Dès le dernier tiers du 19e siècle, les causes sociales comme la littérature, les événements politiques et l'éducation sont réunies dans un ensemble, sans porter une attention particulière à la littérature et à la lecture. Moreau de Tours envisage le suicide comme une « maladie pure et simple » (Moreau de Tours 8) qui, de toutes les maladies mentales, est la « plus éminemment transmissible par imitation, par contagion » (Moreau de Tours 32-33). Selon lui, les individus atteints d'un trouble nerveux cérébral sont « privés tout à coup, immédiatement avant l'acte, de leur libre arbitre et de toute responsabilité morale » (Moreau de Tours 41). Si le suicide constitue un acte de folie, selon Moreau de Tours, la folie n'intervient le plus souvent que juste avant le passage à l'acte. Ce qui pose la question du moyen par lequel les aliénistes parviennent à diagnostiquer ce bref et subit état pathologique. Moreau de Tours identifie la cause principale du suicide contagieux, voire de tout suicide, dans le corps, et non plus dans les exemples externes comme la littérature. Bien que Moreau de Tours consacre un bref chapitre de sa thèse sur l'influence néfaste de la presse, il rappelle néanmoins que ce n'est pas là que réside la cause principale du suicide. Ce qui ne l'empêche pas ensuite de suggérer l'imposition de certaines limites aux publications des faits divers, bien qu'on reconnaisse sa perplexité devant l'efficacité d'une telle mesure préventive.

Cette double conception de la contagion du suicide, ayant pour cause la littérature et les arts, d'un côté, et des prédispositions propres au suicidaire, de l'autre, persiste chez les psychiatres au tournant du 20e siècle. Dans son article intitulé « Les mobiles du suicide », paru en 1929, le psychiatre P. Rubenovitch reconnaît l'influence suicidogène des romans comme « Werther, Chatterton, Manfred, René, Adolphe », tout en postulant l'hypothèse d'un « virus du suicide30 ». Or, s'il considère la prédisposition psychique et cognitive du suicidaire, ainsi que les influences sociales et morales, il n'exclut pas l'existence d'un « état organique » chez l'individu suicidaire, qui agirait à la manière d'une maladie infectieuse.

Conclusion

Que l'on parle d'un « virus du suicide » ou, plus récemment, d'une prédisposition génétique, aucune de ces hypothèses matérialistes ne parvient à écarter ni à expliquer à elle seule le rôle important joué par les facteurs sociaux, culturels et psychologiques. Cependant, la tentative, en médecine, d'identifier une entité « matérielle » responsable du suicide permet de [End Page 119] reconcevoir la fonction suicidogène de la littérature. En ce sens, cité par presque tous les aliénistes, les médecins, puis les suicidologues, la littérature acquiert ainsi un statut d'acteur dans la production et l'événement du suicide. Elle a le pouvoir d'action sur des individus, fragilisés par leurs prédispositions et d'autres facteurs sociaux. Or, ce postulat repose, comme on l'a vu, sur un fond fragile, « très discuté », malgré la volonté de trouver une explication organique à ce problème complexe. En effet, le postulat du suicide contagieux comme fait scientifique s'érige sur un ensemble hétéroclite de démonstrations et d'observations, composé de cas littéraires, de cas historiques depuis l'Antiquité et d'observations cliniques des médecins eux-mêmes. C'est à partir de ce fond, de cette longue tradition médicale, qu'émerge une construction discursive, une sorte d'invention clinique31, de la contagion du suicide par la littérature et d'autres formes de représentations. À partir de là, la majorité des médecins proposent d'abord et avant tout des mesures de prévention sociales et restrictives, notamment par la censure des publications littéraires et de la presse. Cet appel à la censure traverse tout le 19e siècle jusqu'à aujourd'hui. Plus encore, la contagion du suicide par la littérature crée le terrain pour une nouvelle alliance entre la psychiatrie, qui se charge de prévenir le suicide et de soigner le suicidaire, et la justice, qui se forge une nouvelle place par rapport au suicide, désormais dépénalisé depuis la Révolution.

Par cette cause unique de contagion morale, on constate deux choses importantes qui se croisent: d'un côté, les tentatives de la part des médecins du 19e siècle d'expliquer certains processus de causalité ambigus, et de l'autre la rencontre de différents savoirs et pratiques. Située entre le fonctionnement psychique ou moral et les influences sociales mauvaises ou immorales sur l'individu, comme la littérature justement, la notion de contagion morale, telle qu'elle se manifeste à l'endroit du suicide, permet de légitimer des actions préventives visant toute la société. Bien que la prédisposition individuelle soit considérée comme fondamentale dans ce genre de contagion, et apporte un fondement biologique et matérialiste aux théories médicales, les mesures de prévention visent d'abord et avant tout l'hygiène publique et morale de la population. En ce sens, afin de protéger la société, et tout particulièrement les individus prédisposés, des mauvaises influences sociales et culturelles, la médecine réaffirme la place de la littérature dans son propre champ de savoir et de pratique. [End Page 120]

Eva Yampolsky
Institut des humanités en médecine, Centre Hospitalier Universitaire Vaudois et Université de Lausanne (Lausanne, Suisse)

Notes

1. Voir Alexandre Wenger, La Fibre littéraire: Le discours médical sur la lecture au 18e siècle (Genève: Droz, 2007).

2. Juan Rigoli, Lire le délire: Aliénisme, rhétorique et littérature en France au XIXe siècle (Paris: Fayard, 2001), 435–39.

3. Voir Anne C. Vila, Enlightenment and Pathology: Sensibility in the Literature and Medicine of Eighteenth-Century France (Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1998).

4. Susan Sontag, Illness as Metaphor (New York: Farrar, Straus and Giroux, 1978), 6.

5. Prosper Lucas, De l'imitation contagieuse, ou de la propagation sympathique des névroses et des monomanies (Paris: Didot le Jeune, 1833), 30.

6. Paul Jolly, « De l'imitation considérée dans ses rapports avec la philosophie, la morale et la médecine », Annales Médico-Psychologiques, 7 (1846), 317–37.

7. Plutarque, Actions courageuses et vertueuses des femmes, in Œuvres morales, t. 1 (Paris: Lefèvre, 1844).

8. Nicolas Malebranche, De la recherche de la vérité, livre II, t. 1 (Paris: André Pralard, 1674), 249 sq.

9. Samuel-Auguste Tissot, Traité des nerfs et de leurs maladies, t. 2, 1e partie (Paris/Lausanne: Didot, 1779), 299.

10. Edmund Burke, A Philosophical Enquiry into the Origin of Our Ideas of the Sublime and Beautiful (London: R. and J. Dodsley, 1757), 180.

11. Antoine Le Camus, Médecine de l'esprit, t. 2 (Paris: Ganeau, 1753), 152–53, cité par Alexandre Wenger, « La Peinture du danger: lecture, imagination et "tableau médical" au XVIIIe siècle », Littérature et médecine: Approches et perspectives (XVIe–XIXe siècles), (Genève: Droz, 2007), 265.

12. Bruce Duncan, Goethe's Werther and the Critics (Rochester, NY: Camden House, 2005), 10.

13. Le philosophe allemand Georg Christoph Lichtenberg parle du furor Wertherinus.

14. Sur l'influence de ce roman de Goethe en Amérique, voir Richard Bell, « In Werther's Thrall: Suicide and the Power of Sentimental Reading in Early National America », Early American Literature, 46, 1 (2011), 93–120. Sur la réception anglaise et américaine des Souffrances du jeune Werther, voir Orie William Long, « English and American Imitations of Goethe's Werter [sic] », Modern Philology, 14, 4 (1916), 193–216.

15. Pierre Bertaux, « Préface », Johann Wolfgang von Goethe, Les Souffrances du jeune Werther (Paris: Gallimard, 1973), 14; voir aussi Barbara T. Gates, « Not Choosing Not To Be: Victorian Literary Responses to Suicide », Literature and Medicine, 6 (1987), 78.

16. Anne-Claude Ambroise-Rendu, « Le Suicide ou les silences de la chronique des faits divers », Romantisme, 97 (1997), 77–88; Kelly McGuire, « True Crime: Contagion, Print Culture, and Herbert Croft's Love and Madness; or, A Story Too True », Eighteenth-Century Fiction, 24, 1, (2011), 62.

17. Fernand Baldensperger, « La Résistance à 'Werther' dans la littérature française », Revue d'Histoire littéraire de la France, 3 (1901), 383.

18. Michel Porret, « "Mon père c'est le dernier chagrin que je vous donne": Jeunes suicidés à Genève au XVIIIe siècle », Ethnologie française, 22, 1 (1992), 61.

19. Cependant, on trouve déjà cette expression à la fin du 18e siècle, dans des textes non médicaux, portant sur divers sujets comme la littérature, l'histoire, les réformes pénitentiaires, et des réflexions religieuses et morales.

20. Jean-Étienne-Dominique Esquirol, « Démonomanie », Dictionnaire des sciences médicales, t. 8 (Paris: Panckoucke, 1814): 294–318, surtout 306.

21. J'ai développé ce rapport ambigu entre le moral et la morale, dans ma thèse de doctorat, et tout particulièrement dans le chapitre 8: La Folie du suicide: Une histoire de la mort volontaire comme objet médical en France de la fin du XVIIIe siècle aux années 1870, Université de Lausanne, 2019.

22. Jean-Étienne-Dominique Esquirol, « Suicide », Dictionnaire des sciences médicales, t. 53 (Paris: Panckoucke, 1821), 587–89.

23. Pierre-Égiste Lisle, Du suicide: Statistique, médecine, histoire et législation (Paris: J.-B. Baillière, 1856), 453–67.

24. Alexandre-Jacques-François Brierre de Boismont, Du suicide et de la folie suicide: Considérés dans leurs rapports avec la statistique, la médecine et la philosophie (Paris: Germer Baillière, 1856), 620–21.

25. Nicolas Ebrard, Du suicide, considéré aux points de vue médical, philosophique, religieux et social (Avignon: Seguin aîné, 1870), 199.

26. Voir Yvan Leclerc, « Procès, censure et autocensure dans le roman du XIXe siècle: L'exemple de Madame Bovary », Cahiers de l'AIEF, 62 (2010), 343–53.

27. Prosper Despine, De la contagion morale. Faits démontrant son existence. Son explication scientifique. Du danger que présente pour la moralité et la sécurité publiques la relation des crimes donnée par les Journaux (Marseille: Étienne Camoin, 1870).

28. La contagion comme métaphore a récemment fait l'objet d'études littéraires et historiques. Voir Priscilla Wald, Contagious: Cultures, Carriers, and the Outbreak Narrative (Durham: Duke University Press, 2008); Peta Mitchell, Contagious Metaphor (New York: Bloomsbury, 2012).

29. Paul Moreau de Tours, De la contagion du suicide: À propos de l'épidémie actuelle (Paris: A. Parent, 1875).

30. P. Rubenovitch, « Les Mobiles du suicide », La Prophylaxie mentale: Organe de la Ligue nationale d'hygiène mentale, 17 (1929), 386. Fondée par le Dr. Édouard Toulouse, un des psychiatres d'Antonin Artaud, cette ligue se charge de veiller sur l'hygiène mentale sous divers aspects sociaux et comprend quatorze commissions, dont une consacrée à la « production littéraire et artistique », présidée par un poète.

31. Eric Hobsbawm, « Introduction: Inventer des traditions », L'Invention de la tradition, Eric Hobsbawm et Terence Ranger, éd., Christine Vivier, tr. (Paris: Éditions Amsterdam, 2006), 11–25, surtout 12.

Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
109-122
Launched on MUSE
2021-03-30
Open Access
No
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