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  • Des champs aux cuisines. Histoires de la domesticité en Rhône et Loire, 1848-1940 by Margot Beal
  • Alizée Delpierre
Margot BEAL, Des champs aux cuisines. Histoires de la domesticité en Rhône et Loire, 1848-1940, Paris, ENS Éditions, « Sociétés, Espaces, Temps », 2019, 236 p.

La première partie du titre de l'ouvrage de Margot Beal, Des champs aux cuisines, pose avec justesse l'un des objectifs principaux de la recherche historique qu'elle a conduite dans le cadre de sa thèse de doctorat : traiter de la domesticité dans la pluralité de ses formes entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle. Dès l'introduction, l'auteure annonce en effet que la littérature historique française s'est concentrée sur la domesticité en ville, oubliant les domestiques travaillant dans les fermes. Margot Beal entend combler ce manque, ainsi qu'un second, celui de l'étude des hommes domestiques. Elle précise, en outre, adopter une démarche analytique qui vise à échapper à l'écueil du misérabilisme qui teinte de nombreuses histoires de la condition domestique. Sa méthode est présentée clairement : faire l'histoire d'une catégorie professionnelle en montrant comment elle se construit par des rapports de pouvoir variés, et comprendre comment ceux-ci sont appropriés ou contestés par les domestiques. Pour explorer cette variété des rapports de pouvoir, l'auteure a centré ses recherches sur les régions lyonnaise et stéphanoise, aux structures économiques et sociales diverses et changeantes dans le contexte de l'industrialisation. Elle mobilise pour cela différentes sources administratives (données de recensement et de la surveillance des bureaux de placement) ainsi que des archives privées et judiciaires.

L'ouvrage se compose de onze chapitres thématiques. Dans le premier, l'auteure montre qu'aux XVIIIe et XIXe siècles, le travail domestique concerne de 8 à 15 % de la population active. Cette proportion n'est néanmoins pas simple à définir : non seulement les archives des recensements sont imparfaites, mais aussi, définir ce qu'est le travail domestique n'est pas évident. Margot Beal retient trois critères : le fait de (se) définir comme domestique, le fait d'être en position de subordination au sein des ménages et d'être hébergé(e) par ses employeurs. Elle distingue deux types de domestiques : les domestiques « à la personne », qui travaillent essentiellement au domicile de ceux qui les emploient, et les domestiques « à l'exploitation », qui travaillent dans les fermes. En réalité, elle nous apprend que les domestiques à l'exploitation sont en plus grand nombre vers 1851 en Rhône et Loire, et sont davantage des hommes que des femmes. Un résultat particulièrement intéressant qui déplace le regard des ouvrages historiques insistant sur l'importance de la domesticité féminine dans les villes. En fait, la féminisation de la domesticité qui s'opère au début du XXe siècle est en partie liée à la baisse générale de la domesticité de ferme : les hommes, plus chers que les femmes, sont moins embauchés par les familles bourgeoises qui se désargentent. Si le recours à la domesticité concerne à cette époque plusieurs milieux sociaux, ce sont tout de même les élites de la banque, de l'industrie et des finances qui y ont le plus recours. Autre fait marquant : les premiers employeurs de domestiques sont des hommes, alors que la littérature a tendance à insister sur les relations « patronnes/domestiques ». L'auteure remarque en effet que les domestiques sont [End Page 167] plus nombreux dans les maisons où il y a plus d'hommes. La domesticité n'est donc, à cette époque, pas qu'une affaire de femmes.

Après ce portrait démographique, les chapitres 2 et 3 s'intéressent aux manières dont l'État et le patronat façonnent le « corps social » des domestiques. Du point de vue législatif, l'auteure explique que les domestiques sont infantilisé(e)s : les hommes demeurent longtemps non éligibles et le droit du travail ne s'applique...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 167-169
Launched on MUSE
2021-03-10
Open Access
No
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