In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Reviewed by:
  • Le sujet communiste. Identités militantes et laboratoires du « moi » dir. by Claude Pennetier and Bernard Pudal
  • Catherine Leclercq
Claude PENNETIER et Bernard PUDAL (dir.), Le sujet communiste. Identités militantes et laboratoires du « moi », Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Histoire », 2014, 260 p.

Peut-on parler d'un « sujet » communiste? Les régimes et organisations communistes n'ont-ils pas été édifiés sur le principe d'un « moi » haïssable, empreint d'individualisme bourgeois? La priorité du projet politique n'a-t-elle pas conduit à la censure des individualités? Cet ouvrage collectif montre les limites d'une telle vision des mondes communistes et de leurs hommes – ou femmes. À partir de matériaux riches et d'analyses nourries, sans monisme théorique mais avec une belle cohérence, il apporte une double démonstration: non seulement la subjectivité ne fut pas absente des sociétés « soviétisées » et des partis communistes occidentaux, mais elle constitue un objet fécond pour l'étude des logiques sociales du lien politique. Dans la continuité de leurs travaux sur l'encadrement biographique communiste, Claude Pennetier et Bernard Pudal s'inscrivent dans le renouveau historiographique amorcé dans les années 1970-1980 et accentué avec l'ouverture, dans les années 1990, d'archives d'État et de parti: à rebours d'un paradigme totalitaire insistant sur les leviers du pouvoir dictatorial et l'obéissance contrainte des individus, ils rassemblent ici des travaux d'histoire sociale qui explorent la complexité des formes d'identification au communisme.

La première partie du volume, consacrée au « sujet stalinien », offre une alternative aux analyses stato-centrées et focalisées sur les procédés coercitifs. Sans minimiser les effets de la propagande, de la surveillance et de la répression, ces approches « par le bas » et par les ego-documents montrent que les citoyens des États « communistes » pouvaient s'investir, à travers un « travail sur soi » exigeant, dans la conformation aux critères établis par les instances bureaucratiques. Dans un chapitre suggestif, Catherine Depretto revient ainsi sur la « Soviet subjectivity », et notamment sur les recherches de Jochen Hellbeck. L'historien observe, dans des journaux intimes rédigés sous Staline, la volonté de correspondre aux modèles définis par le régime: le travail de perfectionnement du « moi » pour atteindre l'idéal du citoyen soviétique traduit l'appropriation par l'individu d'objectifs politiques supérieurs à son idiosyncrasie.

De même, Brigitte Studer montre comment le système stalinien encourageait les individus à la transparence vis-à-vis des appareils dirigeants. À partir d'une enquête sur l'École léniniste internationale, elle analyse l'ajustement des futurs cadres staliniens aux critères évolutifs de définition de l'avant-garde dans l'entre-deux-guerres, le « vrai bolchevik » se reconnaissant à sa capacité à exprimer ses défaillances dans le cadre d'une « pratique introspective et confessionnelle » qui conditionnait le dévouement total au parti. Ces tendances s'observent en d'autres lieux et d'autres époques, comme en témoigne l'analyse par Ioana Cîrstocea du dossier personnel d'un ingénieur roumain, constitué dans les années 1960-1970. Si la volonté de conformité aux modèles partisans ressort des autobiographies successives, ce cas montre que les enquêtes biographiques pouvaient faire l'objet d'investissements stratégiques: dans un contexte favorable, un individu bien doté en ressources argumentatives et relationnelles pouvait retourner le contrôle biographique à son profit, en l'occurrence à des fins de promotion professionnelle. [End Page 202]

À la différence des travaux centrés sur la contrainte explicite, ces chapitres présentent l'intérêt d'éclairer les modalités d'adaptation des individus au pouvoir institué, tantôt par l'appropriation des normes d'excellence, tantôt par leur torsion. Ce faisant, les auteures contribuent à la compréhension de la domination comme relation supposant « un minimum de volonté d'obéir », selon les mots de Max Weber. Le travail sur soi dans le monde communiste s'apparente à une forme active d'obéissance, des espaces de négociation et de critique restant possibles au cœur même du contrôle biographique. Un...

pdf

Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 202-204
Launched on MUSE
2020-12-09
Open Access
No
Back To Top

This website uses cookies to ensure you get the best experience on our website. Without cookies your experience may not be seamless.