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  • Corps à cœur à l'écran:Les attractions contraires de Fiorenza Menini
  • Claire Lozier

L'ARTISTE FRANÇAISE CONTEMPORAINE Fiorenza Floraline Menini1 a été invitée à produire une œuvre traitant du corps et de son pouvoir de disruption à l'occasion du colloque « Imagining the Body », organisé à l'université de Birmingham en janvier 2018 et dont le présent volume est issu. Les attractions contraires (2017), film vidéo de 13 minutes créé en réponse à cette invitation, a depuis été montré dans différents centres et écoles d'art2.

Entièrement composée de photographies en noir et blanc prises à partir de films pornographiques trouvés sur Internet puis retravaillées, cette séquence vidéo est montée à la manière des films surréalistes d'avant-garde. Les images et les corps anonymes qui figurent à l'écran se mêlent pour progressivement se métamorphoser en des compositions de plus en plus abstraites et complexes qui, par leur enchainement, défont les structures hétéronormées et redéfinissent l'organisation des corps, de l'espace et du regard. Par ailleurs, ces images de corps enchâssés qui rappellent au regardeur que l'amour reste toujours à réinventer (dixit le poète) soulignent également que l'expérience la plus intime de soi et de l'autre est aussi celle qui ramène les individus aux universaux de l'amour et de la mort, et ce au-delà des différences genrées et sexuées.

Ce film artistique fait d'images pornographiques est également une confession privée. Les images sont accompagnées par une voix-off de femme, dont on sait qu'elle est celle de l'artiste, lisant un long poème en forme de confession amoureuse adressé à un « tu » que l'on comprend être l'autre, absent du présent de l'énonciation, avec qui l'histoire d'amour à l'origine du film a été vécue. Dans la présentation qu'elle fait du film sur son site personnel, Menini revient sur la généalogie de ces Attractions contraires:

Dans un carnet intime, il y avait ce texte que j'ai écrit pour le corps qui s'était arraché du mien. Entre Éros et Thanatos, nous ne sommes que le récit de notre peau qui se déchire encore et encore, et dans l'espace alors ouvert, les mots refont corps3.

L'artiste poursuit en justifiant son choix esthétique par la volonté d'introduire une dissonance entre les images et les mots inversement proportionnelle à l'intimité des cœurs et des corps: [End Page 139]

Je suis allée chercher mes images et mon corps du texte, sur les sites pornographiques. Il me fallait des coquilles, des surfaces frottées, mortes, surtout pas d'âmes, surtout pas nos corps. J'assume d'avoir gardé en contrepoids le lyrisme du texte. Seule notre propre poétique de l'intime soulage ici cette traversée4.

La dimension autobiographique de l'œuvre se fond ainsi dans sa portée universelle engendrée tant par l'utilisation d'images et de corps anonymes, qui accompagnent les mots intimes, que par l'évocation de l'éternel couple d'Éros et Thanatos qui acquiert un poids de réalité inattendu à la fin du film. Le contraste entre les « surfaces mortes » des corps, faisant ici littéralement écran, et le lyrisme des mots du cœur, révélant les états de l'âme, est en effet soutenu tout du long par l'évocation répétée du couple mythologique à qui la voix-off s'adresse à plusieurs reprises et dont la présence, loin d'être anecdotique, sous-tend le dispositif agonique de l'œuvre. À la fin de la séquence vidéo, un insert informe le spectateur que le film est dédié « aux âmes courageuses, à tous ces couples qui s'aiment malgré tout, séronégatifs / séropositifs, qui connaissent l'état de Thanatos, et l'état d'Éros, et que l'amour transcende » (Les attractions 13:01). Ce film est donc aussi un film sur le sida qui choisit de se présenter avant tout comme une m...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 139-151
Launched on MUSE
2020-06-20
Open Access
No
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