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Hector Malot, l'écrivain instituteur. Cahiers Robinson, no. 45, 2019. ISBN 9782848323367. 199 p.

La revue Cahiers Robinson avait déjà publié deux numéros consacrés à Hector Malot: "Diversité d'Hector Malot" (no. 10) et "Hector Malot, Le Roman de mes romans" (no. 13, épuisé). Le quarante-cinquième numéro s'intéresse à l'écrivain instituteur et regroupe huit communications présentées à Rouen, le 10 mars 2017, sous l'égide de l'Association des amis d'Hector Malot. En introduction, Christia Delahaie et Jean-Paul Delahaie présentent sommairement Hector Malot, instituteur engagé aux côtés de Jules Ferry et des républicains pour laïciser l'école et la libérer de l'emprise de l'Église (9). Statistiques à l'appui, Claude Lelièvre décrit "Le Contexte historique de l'école au temps de Malot" (13–20), avec la création des lycées, devenus les collèges royaux, en 1815, et les lycées communaux (13). Quant aux établissements d'enseignement privé, la législation consulaire et impériale en distingue trois formes: les pensions d'ordre inférieur, les institutions d'ordre supérieur, les petits séminaires, nommés aussi écoles secondaires ecclésiastiques. Lelièvre évoque l'article 23 de la loi Falloux qui a consisté à identifier les enseignements à dispenser et la loi de Jules Ferry du 28 mars 1882 qui institue l'obligation d'instruction, la laïcité de l'enseignement [End Page 215] primaire public et la parité des salaires. Jean-Paul Delahaye étudie le roman Séduction (1881) ou la question laïque au cœur de l'actualité (21–35). Cette œuvre a paru en feuilleton dans un journal engagé pour la laïcité, Le Siècle. Elle raconte les difficultés rencontrées par les enseignantes laïques des écoles primaires en 1881, et les conflits entre l'école des enseignants laïques et celle des curés et des religieuses qui traversent une vaste partie de la Troisième République. Pour illustrer son propos, Malot fait dire à sa protagoniste Hélène Marguerite que la laïcité est un gage de paix

(29). Guillemette Tison (37–46) aborde "L'Éducation des filles dans les romans d'Hector Malot." Dans le corpus romanesque retenu, les personnages de fillettes et de femmes sont nombreux. Malot les situe dans une pension destinée aux pauvres, lieu d'éducation au rabais (38) ou au couvent. Pour respecter la nature de l'enfant en vue d'en faire une femme bien instruite et éduquée, Malot s'avère critique à l'égard des institutions destinées aux filles et privilégie l'éducation particulière (42) ainsi que l'éducation familiale et paternelle (44). Francis Marcoin s'intéresse à "Hector Malot, instituteur de famille" (47–70). Considéré comme un spécialiste, selon Yves Pincet (47), Malot s'intéresse à la petite enfance, comme en témoignent des extraits de son journal (63–70). Il initiera sa fille Lucie à la topographie et à la géographie par la connaissance directe des lieux et des paysages, et rédigera trois manuels: un de grammaire et deux d'histoire. Christa Delahaie se penche sur "L'Écriture de l'école dans Jacques Chevalier" (77–89). Intéressé par la question scolaire, Malot publie, sous forme de feuilleton, Jacques Chevalier, en janvier 1860, dans L'Opinion nationale, puis en volume, la même année, chez Dubuisson. En 1861, une version remaniée, sous le titre Les Amours de Jacques, paraît chez l'éditeur Michel Lévy. Malot présente la pension comme une prison en décrivant les violences enfantines, la souffrance des nouveaux, l'incompétence des professeurs (79). Dans "Les Usages scolaires de l'œuvre d'Hector Malot" (91–108), Christine Chaumartin analyse les adaptations du roman scolaire dont le genre connut son apogée dans les années 1930. Malot n'a écrit aucun roman scolaire, bien que ses œuvres aient été adaptées par l'école, en Grande-Bretagne, dès 1888, puis en France, par Hachette, en 1892, pour les écoles primaires. Les adaptations, conformes aux valeurs de l'école de la Troisième République, connurent de nombreuses rééditions et donnèrent lieu à maintes utilisations scolaires (93). Chaumartin souligne qu'à la fin du vingtième siècle, en 1978, paraissait chez Hatier Une œuvre, Sans famille, un thème, le cirque hier et aujourd'hui et qu'au vingt et unième siècle, en 2009, CLE international rééditait En famille, accompagné d'un CD. En guise de postface, les "Propos de Jean Queval lecteur d'Hector Malot" (109–27) sont suivis d'une "Note sur les 'manuscrits,' de Jean Queval" (129–32), rédigée par Francis Marcouin. Christiane Connan-Pintado explore "L'École de la République dans les livres pour la jeunesse. Entre nostalgie et mythographie" (135–45). Historiquement, mentionne l'auteure, les livres pour la jeunesse se révèlent porteurs de discours qui cultivent, façonnent et nourrissent une mémoire de l'école. Pour illustrer son propos, Connan-Pintado [End Page 216] retient huit ouvrages (deux romans et six albums documentaires) publiés au tournant du vingt et unième siècle. Tous les ouvrages visent à rassembler les pièces du patrimoine scolaire, à la fois matériel et symbolique (139). Les données de l'analyse révèlent deux orientations dont le double objectif est de témoigner (nostalgie) et de transmettre (mythographie de l'école républicaine) (142). Dans la foulée de ce numéro consacré à Hector Malot, Jolanta Lugowska s'intéresse à "Janusz Korczak et sa conception du 'journal d'enfants' mise en pratique à la Petite revue (1926–1939)" (147–58) qui a paru du 9 octobre 1926 jusqu'au premier septembre 1939. Le numéro 42 des Cahiers Robinson était consacré à cet éducateur polonais, médecin, à la fois pédagogue, théoricien et praticien expérimenté, qui a jeté les bases de ce qu'il est convenu d'appeler l'anthropologie de l'enfant (147). La revue analysée ici témoigne de sa préoccupation d'offrir une vision juste du monde, de savoir l'expliquer intelligemment. En regard de l'antisémitisme qui avait alors cours, le médecin juif chercha à insuffler à ses jeunes lecteurs foi et optimiste et, de surcroît, à stimuler l'intérêt de ses correspondants pour les traditions et coutumes de leur culture d'origine (154). Patrick Tourchon et Leniiw Roman relèvent et questionnent les "Hypertextes, hypotextes et mimotextes" (159–72) présents dans plusieurs des romans de Georges Bayard. L'auteur prolifique, prisonnier d'une série (172) de romans publiés en divers lieux, se pastiche également.

La partie Varia offre l'article de Danielle Dubois-Marcoin qui résume le long parcours du chercheur Jean Perrot dans "Les Labyrinthes de la recherche et de l'amitié" (173–94). Ce vaste tour d'horizon, parfois labyrinthique, dévoile la façon dont s'est effectué son passage de la littérature comparée à la littérature de jeunesse. Au fil des décennies, il souligne sa participation à des activités scientifiques nationales et internationales d'envergure (colloques, tables rondes, congrès, soutenance de thèses), et rappelle qu'il est à l'origine de la création de l'Institut Charles Perrault (1994). À ces faits d'armes, Perrot ajoute la direction d'actes de colloque, la rédaction d'une quantité d'articles publiés dans diverses revues professionnelles et scientifiques, et de nombreux livres. Cette évocation met en lumière le travail acharné, dynamique et original réalisé par Jean Perrot, figure phare de la littérature pour la jeunesse.

Les notes de lecture de cette livraison présentent trois résumés d'ouvrages récemment parus: Le Rocambole, Bulletin des amis du roman populaire no. 82, printemps 2018, les Cahiers du CRILJ, no. 9, novembre 2017 et Les Moutons mangent aussi les baobabs (2018) de Patrice Wolf.

Ce numéro des Cahiers Robinson explore donc de nouvelles facettes d'un auteur prolifique qui a investi le monde de la pédagogie par ses interventions, ses publications et ses carnets. Son œuvre a été déterminante autant en France qu'à l'étranger, et a de plus orienté l'école républicaine à devenir obligatoire, laïque et gratuite. Sans avoir épuisé le fonds Hector Malot, les contributeurs ont élargi les [End Page 217] sentiers de la recherche, dévoilé des pans peu ou mal connus de l'œuvre d'Hector Malot et ont bonifié le terrain de la recherche littéraire.

Suzanne Pouliot
Université de Sherbrooke

Additional Information

ISSN
2156-9428
Print ISSN
1552-3152
Pages
215-218
Launched on MUSE
2020-03-18
Open Access
No
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