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  • "Je cherche de l'or dans cette terre qu'est l'écriture"Correspondance avec Gisèle Pineau
  • Oana Panaïté (bio)

Il y a quelque temps, j'ai eu le plaisir d'enseigner à un groupe d'étudiants de licence de mon université étatsunienne le livre tendre et aiguisé de Gisèle Pineau, Un papillon dans la cité. En parcourant ce roman classé dans la catégorie "pour la jeunesse," nous avons découvert que son récit à la première personne, derrière la fausse simplicité de l'adresse directe, d'une intrigue linéaire et de la focalisation sur sa jeune héroïne, Félicie, renfermait de sombres profondeurs, creusées par une histoire familiale refoulée et par les secousses de l'Histoire—de l'esclavage, du colonialisme, des Antilles, de la France … Malgré l'uniformité et la transparence que lui prêtent souvent tel discours officiel ou telle langue de bois idéologique, l'expérience de l'Histoire n'est jamais monolithique. Elle s'accommode mal des dichotomies entre natifs et étrangers, citoyens et immigrés, "nous" et "eux," et exige que les épreuves du passé ne quittent guère la conscience du présent. C'est ainsi qu'est née l'idée de cet échange, court mais éclairant, avec Gisèle Pineau.

oana panaïté:

J'aimerais connaître votre avis sur la question à la fois faussement évidente et épineuse de la relation entre la littérature, avec sa langue et ses langages, ses traditions et ses pratiques, son espace affectif et idéal, d'une part, et l'idée de nation (comme État-nation mais aussi comme origine, appartenance, frontières, identité …), de l'autre.

gisèle pineau:

La littérature, un art pour échapper au pire du réel. Une douce consolation. Une corde solide pour éviter l'enlisement. Un pont pour se relier aux autres.

J'écris au plus près de mes héritages, de ma petite histoire familiale perturbée par la Grande Histoire. Un moyen artisanal et laborieux pour tenir le cap.

Écrire par nécessité personnelle. Non pas servir d'étendard et de porte-parole. Je ne parle pas au nom d'un peuple ou d'une nation. J'écris avec ma part d'humanité. De mon point de vue. J'espère, sans prétention aucune …

op:

L'exil me semble être une figure inaugurale et l'une des préoccupations majeures de votre œuvre. Comment le définiriez-vous—par rapport à quels points d'attache? [End Page 116]

gp:

La question de l'exil s'est imposée à moi dès l'enfance, de la même façon que l'écriture.

Mes parents sont natifs de la Guadeloupe. Mon père a quitté son île en 1943 pour répondre à l'appel du Général de Gaulle, entrer dans la dissidence et rejoindre les Forces Françaises Libres. À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, il décide de faire carrière dans l'armée. Dans les années cinquante, il part se battre en Indochine au nom de la Mère-Patrie. Puis il sert l'armée en Afrique, dans les colonies françaises.

Mulâtresse, ma mère a épousé ce grand Noir parce qu'il porte l'uniforme de l'armée française. Il a promis de l'emmener en France, de la faire voyager à travers le monde. Il parle un bon français de France.

Je suis née à Paris en 1956, dans une famille nombreuse. Nous étions six frères et sœurs.

Entre 1959 et 1961, toute la famille est au Congo-Brazzaville. Nous regagnons la France après une escale en Guadeloupe. Nous ramenons ma grand-mère Julia que mon père veut soustraire à la violence de son mari (mon grand-père paternel). De 1962 à 1970, nous vivons dans une banlieue de la région parisienne. Mon père va et vient entre la France et la Polynésie française.

En 1970, nous partons pour la Martinique. Mon père prend sa retraite en 1975, en Guadeloupe.

Enfant, je n'ai pas délibérément choisi...

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Additional Information

ISSN
2156-9428
Print ISSN
1552-3152
Pages
pp. 116-119
Launched on MUSE
2020-03-18
Open Access
No
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