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Reviewed by:
  • Erving Goffman et le travail social by Stéphanie Garneau et Dahlia Namian
  • Marie-Pier Rivest (bio)
Erving Goffman et le travail social, s. la dir. de Stéphanie Garneau et Dahlia Namian, Ottawa, Presses de l'Université d'Ottawa, 2017, 314 p., 44,95$

Bien que le travail social possède son propre corpus de connaissances, on ne peut nier l'influence de théories issues de la sociologie, de la psychologie et d'autres domaines sur le développement de cette discipline. Cet éclectisme théorique et méthodologique a donné lieu à maints débats concernant le statut disciplinaire du travail social (est-il un art ou une science?); ses principes axiologiques (tend-il vers la libération des groupes opprimés ou bien est-il un agent de contrôle social?) et ses liens avec la théorie et le « terrain » (audelà des techniques d'intervention, quel statut accorder aux théories?). Ces questions apparaissent particulièrement pressantes dans le contexte actuel d'individualisation et de psychologisation des rapports sociaux. Quelles théories, quels concepts pourraient nous être utiles afin d'appréhender ces enjeux contemporains?

L'ouvrage collectif Erving Goffman et le travail social, codirigé par Stéphanie Garneau et Dahlia Namian, toutes les deux professeures agrégées à l'École de service social de l'Université d'Ottawa, offre des éléments de réponse à cette question. Ce livre repose sur la contribution de dix-sept auteures et auteurs traversant les disciplines des sciences sociales. Il s'agit ici d'explorer les manières par lesquelles Erving Goffman, généralement peu mobilisé en travail social, pourrait donner un nouveau souffle à la discipline et transcender les dichotomies susmentionnées. Leur démarche n'est pas sans rappeler celle entreprise par Adrienne Chambon, Allan Irving et Laura Epstein dans Reading Foucault for Social Work, qui visait également à rapprocher les théories d'un grand penseur au travail social. Ce type d'ouvrage est téméraire en raison du risque de plaquer des concepts à un domaine étranger ou distant. Heureusement, Garneau et Namian réussissent à éviter ce piège.

Pour ce faire, les codirectrices de l'ouvrage se chargent en premier lieu de contextualiser l'œuvre de Goffman en retraçant ses origines intellectuelles, qui s'avèrent intimement liées au développement du travail social. Ce prélude historique nous permet de mieux cerner les débats ayant donné naissance à la sociologie et au travail social à l'Université de Chicago au début du XXe siècle. Cette incursion au sein de ces croisements disciplinaires constitue un ajout fort pertinent aux écrits portant sur l'évolution du travail social et sert de fil conducteur à l'ensemble du texte.

Le cœur de l'ouvrage, quant à lui, aborde les apports de Goffman au travail social selon quatre grands thèmes: son épistémologie, ses concepts principaux, des réflexions méthodologiques et des pistes pour le renouvellement des pratiques sociales. Dans la première section de l'ouvrage, Stéphanie Garneau effectue un survol habile de la posture épistémologique de Goffman. La force de celui-ci, selon l'auteure, réside dans son approche microscopique pour étudier la société, qui lui permet de rendre visibles des possibilités d'action qui sont parfois moins saillantes dans des analyses plus macroscopiques. En fin d'analyse, Garneau pose des questions très concrètes [End Page 443] qui sauront animer les travailleuses sociales dans leurs réflexions et leurs interventions. Les chapitres respectifs de Vincent Dubois et de Marc Loriol poursuivent le travail intellectuel entamé par Garneau en abordant, chez l'un, les institutions, et chez l'autre, la notion de carrière morale comme concepts médiateurs entre les individus et les structures sociales.

Dans la deuxième section du livre, les chapitres de Laurie Kirouac, Dahlia Namian et Henri Dorvil, Baptiste Brossard, et Audrey-Anne Dumais-Michaud et Romain Paumier se penchent sur des concepts clés de Goffman, soit le stigmate, la déférence et la façade. Ces chapitres ancrent leur propos dans des contextes variés (retour au travail suivant un trouble de santé mentale, soins...

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Additional Information

ISSN
1712-5278
Print ISSN
0042-0247
Pages
pp. 443-445
Launched on MUSE
2020-02-21
Open Access
No
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