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  • Pourquoi les savants fous veulent-ils détruire le monde? Évolution d'une figure littéraire by Élaine Després
  • Claude Grégoire (bio)
Élaine Després, Pourquoi les savants fous veulent-ils détruire le monde? Évolution d'une figure littéraire, Montréal, Le Quartanier, Coll. Erres Essais, 2016, 392 p.

La confusion épique entre le savant Frankenstein et sa créature dure maintenant depuis deux cents ans. Dès la parution du roman de Mary Shelley, mais encore plus depuis sa récupération cinématographique, le monstre a ravi le nom de son créateur dans l'imaginaire collectif. Or, c'est plus à l'évolution des savants fous qu'à leurs inventions qu'Élaine Després s'intéresse dans son essai Pourquoi les savants fous veulent-ils détruire le monde?

D'emblée, Després établit, à la suite de Bertrand Gervais (Figures, lectures. Logiques de l'imaginaire, tome I, 2007), la dimension symbolique du savant fou, qui engage l'imagination du lecteur et constitue le centre d'un réseau de sens outrepassant le simple statut de personnage au profit de celui de figure littéraire. En Frankenstein ou le Prométhée moderne (Shelley), L'étrange cas du Dr Jekkyl et de M. Hyde (Stevenson) et L'île du docteur Moreau (Wells), le portrait du savant fou modèle se trace: rationalité et excès, folie et démesure auront tôt fait de marginaliser ces êtres. Mais le XXe siècle voit la figure du savant fou sortir de sa réclusion sociale souvent observée au siècle précédent, et le nouveau foisonnement scientifique, social et politique, au fil des guerres notamment, fera école: Després constate un changement notable avec la science nazie, la bombe nucléaire, la cybernétique et la découverte de l'ADN, éléments clés des années 1943–1953. Les savants fous, même toujours inspirés des canons identifiés du XIXe siècle, n'affichent plus le même rapport problématique par rapport à la science et à la société, ils défient consciemment, comme produits de leur époque, les codes éthiques, sans scrupules cette fois.

Les exemples de Et on tuera tous les affreux (Vian, 1948), Le berceau du chat (Vonnegut, 1963), L'autre île du Dr Moreau (Aldis, 1980) et Le dernier homme (Atwood, 2003) serviront à illustrer de nombreux aspects éthiques des pratiques scientifiques dynamisées depuis le milieu du siècle dernier. La folie du savant [End Page 439] s'y trouve exacerbée, principalement par sa tendance à ne pas s'inquiéter des conséquences des inventions et de la non-observation des lois édictées après la Deuxième Guerre mondiale. Depuis ce temps, par les éléments a priori antinomiques de la destruction et de la création (manipulations génétiques, création d'êtres hybrides, d'une autre race, etc.), la figure littéraire du savant fou pose implicitement ou explicitement la problématique d'une ère posthumaine.

Mais pourquoi les savants fous veulent-ils donc détruire le monde? Le rigoureux essai de Després montre que les savants fous s'abreuvent, par jeu, désir du pouvoir, désillusion ou vengeance, de la science de leur époque et qu'ils « incarnent une vision fantasmée, catastrophée de ce qu'elle pourrait devenir, mais aussi, parfois, une représentation hyperbolique de ce qu'elle fait déjà de pire ».

Claude Grégoire

Claude Grégoire,
Collège Mérici et Université Laval

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Additional Information

ISSN
1712-5278
Print ISSN
0042-0247
Pages
pp. 439-440
Launched on MUSE
2020-02-21
Open Access
No
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