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Reviewed by:
  • Ce que dit l'écorce by Nicolas Lévesque et Catherine Mavrikakis
  • Éric Chevrette (bio)
Nicolas Lévesque et Catherine Mavrikakis, Ce que dit l'écorce, Montréal, Nota bene, 2014, 169 p.

Objet littéraire particulier, et se voulant évidemment comme tel, Ce que dit l'écorce est un recueil de textes au ton et au style variés, voguant entre l'essai et le récit, entre l'anecdote, le souvenir, le témoignage et le récit de rêve. Publié dans la collection « Nouveaux Essais Spirale », dont Nicolas Lévesque assure la codirection, cet ouvrage est moins un livre écrit conjointement qu'un recueil composé parallèlement. Car sans être individuellement signés, ces vingt-cinq textes séparés en quatre parties numérotées, mais non titrées, portent en eux la marque personnelle de leur auteur.e: d'abord, de manière apparente au détour d'une phrase dont le participe passé ou l'adjectif sera conjugué au féminin ou au masculin, selon le cas; ensuite, plus généralement par la posture auctoriale qui se tisse au fil des chapitres—dégageant par exemple le rôle de l'analyste maintes fois décrit et interrogé par Lévesque (psychologue et essayiste), ou encore la position de l'analysée abordée à quelques reprises par Catherine Mavrikakis (professeure et écrivaine).

Mise en exergue au recueil, une citation de Rilke traduit d'emblée l'esprit global du livre en dévoilant la nature de l'écorce éponyme et l'inévitable destin qui lui est réservé: « Car nous ne sommes que l'écorce, que la feuille, / mais le fruit qui est au centre de tout / c'est la grande mort que chacun porte en soi » (Le livre de la pauvreté et de la mort). L'écorce parlante, c'est l'être et son ancrage concret dans la vie, une présence au monde qui est d'abord traduite, pour [End Page 421] Lévesque et Mavrikakis, par la peau, délimitation externe, extrême du corps—la peau étant le thème commun que les deux auteurs se sont initialement donné pour rédiger leurs textes. Cette enveloppe est également (forcément) un support expressif, à vif dans le cas du tatouage, ou plus souvent entoilé—ne parle-t-on pas, après tout, des vêtements comme d'une deuxième peau?

Or l'écorce est le point de contact initial avec l'autre. À commencer par l'autre/l'être primordial que sont le père et la mère. Si le cours normal de la vie veut que l'enfant survive à ses parents, l'écorce dit donc la mort dans le déchirement charnel de l'orphelin, laissant entendre plus largement les pertes et les deuils que l'individu doit inéluctablement affronter avec le temps. Il semble pourtant bien exister une voie de contournement possible, toute temporaire soit-elle: il s'agirait de parvenir à concilier l'écriture et la vie (aucune référence explicite à Semprun, toutefois). Cette entreprise est présentée comme le « défi ultime » qui requiert « [d']avoir la couenne dure et [d']être à fleur de peau ». Belle image qui révèle le paradoxe de l'écrivain devant jongler avec l'incarnation de l'expérience vécue et la retraite mentale requise par le travail d'écriture. Le rapport au temps est engrené dans l'écriture, elle-même inscrite dans la vie; ces entrelacs façonnent l'appréhension du monde, car « [l] a vie se passe entre l'écriture et moi, l'art et l'autre, la trace et le vivant, entre des mots pour mon père et mon père ». Plusieurs textes du recueil offrent d'ailleurs des passages intimes et profonds sur la mort du père, de la brutalité de la maladie à la stupeur provoquée par la perte. Cette réalité de l'absence ne manque pas de se superposer au réel en cours de déploiement. Car la vie se poursuit, à la fois prosaïque et mélancolique, empreinte de tristesses, de petites joies et de rêveries, « l'ennui...

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Additional Information

ISSN
1712-5278
Print ISSN
0042-0247
Pages
pp. 421-422
Launched on MUSE
2020-02-21
Open Access
No
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