In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Reviewed by:
  • Sexe, race et colonies: la domination des corps du xve siècle à nos jours by Pascal Blanchard et al.
  • Edward Ousselin
Sexe, race et colonies: la domination des corps du xve siècle à nos jours. Sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boë tsch, Christelle Taraud et Dominic Thomas. Préface de Achille Mbembe et Jacques Martial; postface de Leïla Slimani. Paris: La Découverte, 2018. 543 pp., ill.

Il faudra prévoir un support solide si l’on veut véritablement lire — plutôt que feuilleter d’un œil curieux ou distrait — cet ouvrage fort lourd et volumineux. Il faudra aussi faire un effort pour dépasser le format racoleur de ce ‘beau livre’ abondamment illustré, à commencer par la couverture, où le mot ‘SEXE’ (qui fait vendre, évidemment) est démesurément plus grand que le reste du titre. Avec plusieurs centaines de photographies sur papier glacé, produisant un effet à la fois esthétique et choquant, cet ouvrage collectif se donne d’abord à voir, risquant ainsi, pour citer l’article de Sylvie Chalaye, de ‘basculer, à nouveau, dans le voyeurisme du dispositif colonial que l’on souhaite dénoncer’ (p. 480). Certes, dans presque tous les cas, les photographies sont contextualisées, expliquées et [End Page 502] reliées aux divers articles. Il n’en reste pas moins que le fond, c’est-à-dire un ouvrage analytique qui s’appuie sur d’incontestables travaux de recherche historique, cadre mal avec la forme, qui est celle d’un coffee-table book apparemment conçu pour capter le regard, au lieu d’inviter à une lecture attentive. Puisque le contenu textuel passe visuellement au second plan, il n’est guère étonnant que les polémiques médiatiques qui se sont développées lors de la sortie de cet ouvrage aient porté sur sa dimension ‘artistique’, voire érotique. Bref, qu’il ait été voulu ou non, il s’agit ici d’un beau coup de marketing. Tout ceci étant dit, l’objectif principal de ce livre est de mettre en rapport la possession par la force des corps érotisés avec la vague de conquêtes et de domination coloniales qui débute au quinzième siècle. L’accent n’est donc pas mis sur les avantages économiques et géopolitiques que les puissances européennes, ainsi que les États-Unis et le Japon, cherchaient à obtenir en occupant et en exploitant des territoires coloniaux, mais sur l’asservissement sexuel des colonisés (d’abord et surtout des femmes) et sur ses traces socioculturelles actuelles: ‘si les imaginaires sexuels coloniaux ont façonné les mentalités des sociétés occidentales, ils ont aussi conditionné celles des dominé.e.s’ (Introduction, p. 12). Même si près d’une centaine d’auteurs ont contribué à cet ouvrage, on retrouve souvent les mêmes références théoriques (Frantz Fanon, Michel Foucault, Edward Said etc.) d’un article à l’autre, ce qui ajoute à une impression de répétition lors de la lecture de ce qui, il est vrai, est conçu comme une somme, une étude globale d’un aspect central mais relativement méconnu de l’ensemble de l’histoire coloniale. Notons que presque la moitié de ce livre est consacrée à la période de la décolonisation (la partie 3, qui va de 1920 à 1970) ainsi qu’à la période postcoloniale (la partie 4, depuis 1970). La question des ‘imaginaires’ (un terme qui revient souvent), des fantasmes persistants générés par le colonialisme, est donc au centre de ce projet éditorial, qui gagne à être examiné en entier, bien que l’amoncellement des images tende parfois à éclipser plutôt qu’à illustrer les textes.

Edward Ousselin
Western Washington University
...

pdf

Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 502-503
Launched on MUSE
2020-02-21
Open Access
No
Back To Top

This website uses cookies to ensure you get the best experience on our website. Without cookies your experience may not be seamless.