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  • Mémoires par Jean-François Revel
  • Yves Laberge
Mémoires. Par Jean-François Revel. Édition établie et présentée par Laurent Theis. (Bouquins.) Paris: Robert Laffont, 2018. xviii + 858 pp.

Philosophe, universitaire, mais aussi journaliste et éditeur, puis membre de l’Académie française à partir de 1997, Jean-François Revel (1924–2006) peut mieux être défini comme un intellectuel, dans la grande tradition française depuis Camus et Sartre. Mais Revel n’était pas un ‘intellectuel de gauche’; il se situait en marge des courants de pensée et les critiquait tous. Ainsi, à propos de la prestigieuse revue Esprit, Revel écrivait: ‘Si je partageais certaines orientations politiques “de gauche” de cette revue, je n’avais en revanche aucune affinité avec le “personnalisme chrétien” qui en constituait le socle doctrinal’ [End Page 481] (p. 249). Visage austère et presque chauve, Revel est décrit par Laurent Thies comme étant ‘intraitable avec l’exactitude des faits’ (p. vii). L’énumération des titres des trente livres écrits par Revel — de son vrai nom Ricard — donnerait un aperçu de ses combats, de son premier essai intitulé Pourquoi des philosophes (1957) à L’Obsession anti-américaine (2002), sans oublier La Nouvelle Censure (1977) et La Connaissance inutile (1988). Mais les titres qui précèdent ne font pas partie de la présente anthologie, dans laquelle on retrouve ses mémoires — initialement parues sous le titre Mémoires: le voleur dans la maison vide (Paris: Plon, 1997) —, auxquelles s’ajoutent une postface (‘Le Bada’) et un entretien passionnant mené par l’éditeur Thies. De son vivant, d’autres ouvrages de Revel étaient déjà regroupés dans la collection ‘Bouquins’. Comme dans beaucoup d’autobiographies françaises, les lectures de jeunesse sont généreusement évoquées, au moment du passage de la ‘culture des manuels à une culture des textes’ (p. 11). Revel a côtoyé les Présidents de la République et le ‘Tout-Paris’. En tant qu’éditorialiste, aux magazines L’Express et Le Point, il était au centre de l’action politique de son temps: ‘En 1971, François Mitterrand ne me témoigna point la même tolérance ni la même amicale compréhension quand je lui déclarai que je ne croyais plus au socialisme’ (p. 63). Il y a aussi plusieurs règlements de comptes, même si l’auteur s’en défend; c’est plutôt pour ‘rétablir la vérité’ (p. 745): tout un chapitre (‘Le Serment de Socrate’) insiste véhémentement sur ‘l’indifférence de Raymond Aron pour l’exactitude des faits’ (p. 630); Revel revient sur des passages des Mémoires d’Aron qui lui étaient consacrés pour mieux contre-attaquer. Et Revel ne manque pas d’évoquer malicieusement cette époque (‘lorsque André Malraux arrivait ivre au ministère de la Culture’, p. 736) pour ensuite évoquer — laconiquement — sa propre lutte contre l’alcoolisme. Le style concis de Revel séduit par son élégance et son écriture soignée; ainsi, se souvenant d’une rencontre avec un nouveau collègue, Revel écrit simplement: ‘Nous sympathisâmes’ (p. 249). L’essai inédit, ‘Le Bada’, contient une multitude d’observations caustiques et parfois audacieuses sur la vie française, comme cette tendance des parents à forcer leurs enfants à consommer de l’alcool lors des fêtes familiales (p. 736). Ce livre substantiel permet de revivre à distance tout un pan de l’histoire intellectuelle et politique de la France d’après-guerre jusqu’à la fin du vingtième siècle.

Yves Laberge
Université d’Ottawa
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 481-482
Launched on MUSE
2020-02-21
Open Access
No
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