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  • Ce que le sida m’a fait: art et activisme à la fin du xxe siècle par Élisabeth Lebovici
  • Thomas Liano
Ce que le sida m’a fait: art et activisme à la fin du xxe siècle. Par Élisabeth Lebovici. Paris: Les Presses du réel, 2017. 320 pp., ill.

Collection d’essais sur l’art, d’articles et d’entretiens composés et rassemblés par Élisabeth Lebovici depuis le début des années 1980, ce volume marque un tournant [End Page 501] décisif dans les désormais établies études culturelles sur le sida. Porté par un ‘je’ assumé de témoin et de théoricienne, de chercheuse et d’activiste, de femme et de lesbienne, l’ouvrage, qui s’écarte en bien des points du caractère autobiographique suggéré par le titre, s’inscrit avant tout dans une démarche critique radicale, annoncée dès ses premières pages: ‘L’objet de ce livre c’est de ne pas faire la différence’ (p. 13). Autobiographique et critique, pluralisant le ‘je’ sans jamais vraiment se reposer sur un ‘nous’ stable, l’ensemble qui ne fait en effet pas de différence, remet en question l’écart entre l’individuel et le collectif, entre le politique et l’artistique, entre le public et le privé; il égalise, face à l’épidémie, le sérieux et le ludique, les souvenirs de première main, les histoires rapportées et leurs analyses. Mais ce n’est pas tout: éclaté en dix-sept parties de longueurs variables, l’ouvrage s’emploie surtout à tester et repousser les limites de son champ d’étude annoncé. Riche de ses multiples engagements et d’une connaissance en interne de groupes majeurs comme Act Up New York et Act Up Paris, Lebovici ne compose ainsi ici ni un historique des liens entre art et sida ni une étude systématique des œuvres de ceux que l’on pourrait appeler les ‘artistes du sida’; elle offre plutôt un panorama subjectif, militant et richement documenté, d’une époque entière, s’articulant tantôt autour de mots-clés, tantôt autour d’œuvres spécifiques. Jouant, en les subvertissant, avec nombre de topos queer — du ‘placard’ transformé en cabinet de salle de bain dans le chapitre 4, au développement sur la figure d’Antigone dans le chapitre suivant —, s’attachant régulièrement à des points de vue marginaux comme ceux des artistes lesbiennes, elle renouvelle ainsi par ses lectures audacieuses des sujets que la critique semblait avoir épuisée. Par sa densité et sa variété, par son organisation certainement volontairement relâchée, l’ensemble apparaît cependant parfois un peu confus: si Lebovici excelle dans ses analyses d’art, comme dans sa longue lecture de Good Boy d’Alain Buffard (1998), la nature proliférante de son écriture fait autant la force que la faiblesse de l’ouvrage. Offrant sans aucun doute de nombreuses pistes de réflexion, les multiples rapprochements mis en place, par exemple, dans la troisième partie, ‘Liquides précieux’ — entre la ‘modernité liquide’ de Zygmunt Bauman, les fluides corporels, l’argent liquide, l’eau, l’encre à tatouer — ou dans la première, ‘Machines affectées’ — entre téléphone, robotisation, fax, minitel et enregistrement amateur — sont parfois trop rapides, reposant plus en l’état sur des intuitions et un habile jeu sémantique que sur une argumentation rigoureusement menée.

Thomas Liano
University College London
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 501-502
Launched on MUSE
2020-02-21
Open Access
No
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