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  • La Poésie délivrée: le livre en question du Parnasse à Mallarmé par Nicolas Valazza
  • Alexandre Dubois
La Poésie délivrée: le livre en question du Parnasse à Mallarmé. Par Nicolas Valazza. (Histoire des idées et critique littéraire.) Genève: Droz, 2018. 336 pp., ill.

Cet ouvrage de Nicolas Valazza revisite la fin du dix-neuvième siècle et la soi-disant ‘crise du livre’ à laquelle elle est souvent rattachée, crise qui en réalité ne concerne que les ouvrages poétiques dont l’insuccès participe à la marginalisation de nombreux poètes, évacués du champ littéraire au profit des romanciers. Dans un contexte éditorial où le roman prévaut, il s’agit pour les poètes — en particulier Verlaine, Rimbaud et Mallarmé, qui constituent le sujet de quatre des six chapitres du livre — de trouver d’autres supports d’inscription et de diffusion de leurs œuvres. L’auteur fait de cette nécessité éditoriale le fondement même d’un renouvellement des formes poétiques qui permet de concevoir l’objet-livre distancé de son propre support, rendu ‘délivré’ en ce sens qu’il ne consiste plus en un volume fixe et déterminé selon des critères traditionnels (support matériel et linéaire), mais en un volume discontinu, conjectural et toujours ‘à venir’, selon les mots de Mallarmé. Si cette étude paraît tout à fait pertinente, c’est bien parce qu’elle montre cette stratégie éditoriale comme à l’origine d’œuvres poétiques autotéliques qui, en l’absence de public, renoncent à celui-ci, comme le démontre le mouvement parnassien (chapitre 1) et le choix d’autres voies auxiliaires détachés du livre (chapitre 2) tels que la revue, le cénacle ou encore l’album (zutique). À titre d’exemple, Valazza resitue Verlaine dans le contexte si particulier de la gestation de ses œuvres, gestation toujours en suspens et dont l’ambigüıté demeure non pas dans la matérialité des œuvres mais dans le fait qu’elles étaient impubliables à l’époque de leur écriture. Le recueil Cellulairement — qui n’a jamais paru du vivant du poète, renonçant à sa publication — n’est ainsi plus perçu comme un objet littéraire défini mais comme un livre évanescent par lequel Verlaine révèle ‘son statut de poète, dont l’identité ne paraît tenir qu’à un livre qui se dérobe’ (p. 131). Il en va de même pour Rimbaud et, plus profondément encore, pour Mallarmé et son fameux ‘Livre’ qui n’a de sens qu’inachevé, et qui amène le poète à se tourner vers la photolithographie ou vers l’inscription de ses poèmes dans des éventails, ces derniers offrant de multiples possibilités de lecture du fait de leur déploiement non-linéaire. Et c’est l’un des [End Page 638] attraits les plus intéressants de cet ouvrage qui s’adressent aux historiens du livre tout autant qu’aux spécialistes de poésie: Valazza rétablit l’importance exégétique du support matériel afin d’obtenir une lecture consciente de l’ambigüıté éditoriale qui auréole nombre d’œuvres et participent de leur (non-)compréhension. C’est pourquoi le titre de l’ouvrage, au demeurant approprié, aurait pu laisser place à la poésie déli(v)rée, c’est-à-dire libérée du livre certes, mais aussi en plein délire, terme venant de Derrida pour exprimer le dé-lire de la lecture, l’incertitude de celle-ci lorsque confrontée — comme il est le cas dans le contexte de cette étude — à la virtualité fantasque du livre poétique. Peut-être cela sera-t-il l’objet d’un prochain livre ‘à venir’, que l’on espère tout aussi convaincant que celui-ci.

Alexandre Dubois
University of Mississippi
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 638-639
Launched on MUSE
2020-02-18
Open Access
No
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