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Reviewed by:
  • Écriture et représentation par Daniel Weyl
  • Élodie Laügt
Écriture et représentation. Par Daniel Weyl. (Ouverture philosophique.) Paris: L’Harmattan, 2018. 236 pp.

Cet ouvrage conceptuellement dense et stylistiquement enlevé interroge les rapports entre écriture et représentation à la lumière de ce que Daniel Weyl qualifie de ‘double ébranlement’, et dont il identifie les sources, d’une part, dans la ‘pensée de l’écriture de Derrida’ et, d’autre part, dans l’opération de ‘renversement des conditions de la logique de la pensée dominante’ (p. 7) inaugurée par Deleuze ou Deleuze et Guattari. Weyl interroge les rapports entre écriture et représentation de sorte à réactiver le concept d’écriture en prenant en compte sa relation au pouvoir et à son propre potentiel subversif, et ce en rapport avec l’impensable comme événement, c’est-à-dire la singularité que fait survenir l’appareil langagier en amont, en deçà ou en dépit de sa normalisation sociale. En jeu ici est la possibilité de se confronter à une écriture ‘véritable’ ou ‘en acte’. C’est ainsi sur le contre-pouvoir moléculaire, par opposition au molaire, que se penche l’auteur. Il procède au repérage et à l’analyse d’un certain nombre d’agencements et de processus moléculaires par lesquels sont formulées des singularités, en prise directe avec l’affectif et le sensoriel, y compris le refoulé et le désir, en contrepoint de la fonction instrumentale de la langue. À partir de Jean Piaget et d’exemples tirés de sa propre expérience concernant le processus d’acquisition de la langue maternelle par l’enfant, Weyl aborde le jeu moléculaire en tant qu’il ne cesse de transformer la langue, après même que son fonctionnement est devenu représentatif. La langue ‘schizophrénique’ et les opérations sémiotiques présentées par le cas de Louis Wolfson, la puissance poétique au travail dans le nom propre, les occurrences de barbarismes, dysorthographies et lapsus sont alors conçues comme autant d’illustrations du fait que la langue continue d’être travaillée de manière sous-jacente par sa propre genèse. À partir, notamment, des lectures d’Alice au pays des merveilles et de Kafka, à travers le prisme de la notion de déterritorialisation, Weyl examine ensuite les moyens d’une sémiotique moléculaire à l’encontre du ‘lexicalisme’ (p. 22) du signe saussurien. L’analyse de Sarrasine de Balzac dans le sillage de Barthes permet de présenter une pensée de l’irreprésentable (concernant principalement l’interdit) dont les agencements déjouent les micro-pouvoirs relevant de l’ordre molaire. L’examen de la qualité machinique du langage est alors ce que repère Weyl dans les expériences poétiques du rejet de l’anthropomorphisme de Roussel, du parti proétique de Ponge et des ruptures chez Sollers. La section intitulée ‘Incubations théorétiques’ revient alors sur l’évolution de la sémiotique de Saussure à Kristeva en vue d’une théorie moléculaire du texte ‘à nouveaux frais’, avant que l’avant-dernière partie ne se concentre sur Glas de Derrida et le concept d’écriture émergeant de la déconstruction du logocentrisme comme ‘pratique de subversion toujours à reconduire’. Le livre de Weyl, au ton énergique, constitue un inté-ressant outil de mise en perspective de la question de la représentation qu’assumerait l’écriture comme ‘motion’ plutôt que comme ‘fabrique’. Son écriture relève d’un engagement philosophique et épistémologique en faveur de l’exploration renouvelée des perspectives ouvertes par Deleuze–Guattari et Derrida. [End Page 662]

Élodie Laügt
University of St Andrews
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
p. 662
Launched on MUSE
2020-02-18
Open Access
No
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