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  • Dépasser la mort: l’agir de la littérature par Myriam Watthee-Delmotte
  • Metka Zupančič
Dépasser la mort: l’agir de la littérature. Par Myriam Watthee-Delmotte. Arles: Actes Sud, 2019. 272 pp.

Après une trentaine de monographies qu’elle a signées ou co-signées, de même que des centaines d’articles universitaires sur le sacré, le rituel et plus largement le spirituel dans la littérature et les arts, Myriam Watthee-Delmotte, professeure à l’Université catholique de Louvain, se penche dans son nouveau livre sur le rôle de la littérature face à l’ultime. Avec empathie, finesse, élégance et une énorme érudition, elle suggère que le mandat de la parole littéraire consiste à agir, selon ses propres règles, lorsque la mort nous hante: soit face à notre propre mortalité soit lorsque nous perdons un être cher. Ainsi, ‘le langage est indispensable pour donner aux endeuillés une voix et le sentiment d’une communauté’ (p. 9), ce qui sert à nous réconforter, à calmer notre souffrance. Une telle foi en littérature chez Watthee-Delmotte se présente comme un paradoxe dans le monde actuel où les gens auraient tendance à oublier la dimension de la littérature en tant que l’espace privilégié de ritualisation. C’est qu’avec sa ‘logique rituelle’ (p. 48), son ‘ancrage anthropologique’ dans le ‘sacré’ (p. 18), la littérature nous guide à travers ‘les trois temps du rituel de deuil’ (p. 22), entre la remémoration du défunt, la formulation de la séparation et le retour obligé vers la vie. Les écrits qui racontent la mort d’un.e proche nous font prendre conscience de son ‘altérité radicale’ (p. 71), étant ‘l’occasion d’une initiation’ pour affronter ‘la béance du sens’ (pp. 18, 31), comme c’est souvent le cas d’Orphée, poète emblématique du deuil. Watthee-Delmotte analyse les œuvres d’une bonne trentaine d’auteur.e.s, choisissant de ne pas suivre l’ordre chronologique ou l’organisation selon les genres. Plutôt, des ensembles thématiques apparaissent tels des stèles dressées elles aussi pour honorer d’une part les disparus et d’autre part ceux et celles qui, avec la parole littéraire, ont érigé leurs ‘tombeaux’, pour tenter d’‘apprivoiser’ la mort (pp. 248–49). Ainsi, le théâtre et la chanson côtoient la poésie, souvent arrachée à des auteur.e.s qu’elle tourmente et culpabilise; ou alors des romans qui, pour évoquer les défunts, ont besoin de mûrir, de prendre du recul; ou encore l’éloge funèbre, avec sa ‘valeur fédératrice’ (p. 53) sur le plan culturel, voire national. Outre l’incontournable Henry Bauchau dont Watthee-Delmotte est la grande spécialiste, l’essayiste se penche sur les auteur.e.s reconnu.e.s, français.e.s et francophones, comme Henri Michaux, Marguerite Duras, Nancy Huston ou Albert Cohen. Les auteur.e.s plus confidentiel.le.s et les jeunes talents, comme Caroline Lamarche, Jérôme Ferrari, Alex Cornil et Yannick Haenel, s’agrègent intentionnellement aux anciens, Clément Marot et François de Malherbe. Pour ce qui est des grands, l’attitude face à la mort est observée chez Lamartine, Hugo, Mallarmé ou Anatole France. Une soixantaine de références supplémentaires, à la fin de l’ouvrage, en rapport avec les dix ensembles thématiques du livre, permettent d’en mieux situer la réflexion. Un accompagnement tout particulier est fourni par le choix musical de dix morceaux (disponibles par QR-code dans le catalogue du label Cypres), en écoute libre. [End Page 666]

Metka Zupančič
University of Alabama
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
p. 666
Launched on MUSE
2020-02-18
Open Access
No
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