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Reviewed by:
  • La Religion de Mallarmé par Bertrand Marchal
  • Annick Ettlin
La Religion de Mallarmé. Nouvelle édition revue et corrigée. Par Bertrand Marchal. (Titre courant, 63.) Genève: Droz, 2018. 732 pp.

L’ouvrage fondateur de Bertrand Marchal reparaît trente ans après sa première publication dans une édition très peu révisée, qui a le mérite de rendre à nouveau disponible une réflexion dont on peut dire sans exagérer qu’elle a durablement changé le visage des études sur Mallarmé. Le travail de Marchal a certainement eu un ‘avant’, et son ‘après’ n’est pas encore clos. S’il faut avoir le courage d’affronter et d’apprécier la densité, la précision, l’érudition de ses quelque sept-cents pages, on y trouve toujours de quoi alimenter les réflexions les plus nouvelles. En particulier, la lecture de Marchal, parce qu’elle propose de ‘remont[er] loin en deçà de ce culte du livre auquel on réduit trop communément [la religion de Mallarmé]’ (p. 13), ouvre la pensée du poète, la dirige vers la société et met la réflexivité de l’œuvre au service d’une inscription dans la vie. Marchal prétend d’emblée adopter un point de vue large qui ne serait ni exclusivement linguistique, ni esthétique, ni philosophique. Son Introduction vise à définir ce qu’il entend précisément par ‘religion de Mallarmé’ puisque, comme on le comprend très vite, il ne s’agit pas de ‘s’interroger sur la foi ou l’absence de foi du poète’ (p. 7). L’enquête, qui conduit notamment Marchal à observer de près l’ouvrage pédagogique Les Dieux antiques, montre bien que Mallarmé n’a d’autre intérêt pour le divin que celui d’en entreprendre la ‘récupération humaine’ (p. 196), la poésie visant au développement d’une ‘théologie [ . . .] de l’en deçà’ qui pour ‘seule divinité authentique’ célébrerait ‘la divinité de l’homme’ (p. 591). Sa ‘religion’ doit être envisagée dans sa dimension anthropologique, ce qui la réinscrit aussi très précisément dans la pensée du dix-neuvième siècle. À la faveur d’une extension sémantique, la religion y apparaît comme ‘une façon pour l’homme [ . . .] de penser ses rapports avec le monde (la nature, le cosmos) et la société’ (p. 23). Chez le poète, elle constitue ‘tout un système de pensée’ (p. 13), un ‘sujet unique qui fait le fond de toute sa réflexion’ et que Marchal entreprend d’‘exhumer’ (pp. 14 et 13). Il en trouve le déploiement le plus complexe et le plus abouti dans les Divagations, auxquelles il consacre la plus grande partie de son étude, mais aussi dans la poésie, bien que le corpus poétique n’y soit abordé que partiellement et tardivement (d’autres travaux de l’auteur, notamment son recueil d’exégèses de 1984, l’ayant déjà pris en charge). Gouverné par une ‘doctrine’ cohérente (p. 200), le recueil en prose de Mallarmé met au jour les mécanismes religieux et symboliques de divers domaines de la vie sociale, non seulement de l’art et de la poésie mais aussi de l’économie et de la politique. À cette ‘perspective fondamentalement religieuse [ . . .] de l’humanité’ (p. 660) s’articule une utopie, le poète œuvrant au fond à faciliter l’émergence [End Page 639] de nouvelles communautés. Témoin attentif, mais aussi observateur critique de son époque, Mallarmé apparaît grâce à Marchal comme un anthropologue avant la lettre, et l’un des penseurs les plus ambitieux du dix-neuvième siècle.

Annick Ettlin
Université de Genè ve
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 639-640
Launched on MUSE
2020-02-18
Open Access
No
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