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  • Centres et périphéries de la littérature mondiale: une pensée connectée de la diversité ed. by Amaury Dehoux
  • Markus Arnold
Centres et périphéries de la littérature mondiale: une pensée connectée de la diversité. Sous la direction d’Amaury Dehoux. (Lettres et langues.) Saint-Denis: Connaissances et savoirs, 2018. 248 pp.

Complexes et contestées, les notions de ‘centre’ et de ‘périphérie’ restent une constante dans la critique littéraire, même si la discussion sur les champs transnationaux (‘world [End Page 650] literature’, ‘littérature-monde’, ‘postcolonial’ . . .) a contribué à ‘provincialiser’ l’occident. Mis au pluriel, dépouillés des connotations idéologiques dont ils gardent certaines séquelles, ‘centre’ et ‘périphérie’ acquièrent de nouvelles valeurs épistémologiques en s’inscrivant dorénavant dans des connexions diversifiées et mouvantes de la production littéraire mondiale. Celle-ci devient le lieu de la pluralité et du plurilinguisme, de la relation et relativité, invitant ainsi à reconsidérer la circulation entre différentes échelles littéraires (régionale, nationale, internationale . . .). Cette actualisation et diversification du binôme centre–périphérie à travers l’étude de textes non-occidentaux est précisément au centre des neuf contributions du volume dirigé par Amaury Dehoux. La première partie commence avec l’élaboration d’une ‘double injonction contradictoire’ (p. 28), se référant autant aux pouvoirs du centre qu’à l’universalité des littératures (Jean Bessière). Cette théorisation trouve ensuite des échos dans l’analyse du positionnement ambivalent de Salman Rushdie dont l’écriture hybride se différencie des principes romanesques occidentaux (Dehoux), mais aussi l’interprétation précise d’un texte fondamental de l’esthétique littéraire chinoise alliant éléments orientaux et occidentaux (Shi Zhongyi). Si Rushdie incarne la face la plus visible d’une globalisation de la littérature sans prétention d’universalisme, le deuxième volet introduit les parcours alternatifs de productions ‘mineures’ moins connues: d’abord le contournement des centres globaux d’une partie de la littérature slovène et l’établissement de ses propres réseaux (Marko Juvan); ensuite la réévaluation de l’histoire littéraire bulgare selon une perspective ‘transnationale’ et ‘trans-disciplinaire’ (Marie Vrinat-Nikolov). Ces relectures originales des approches systémiques habituelles du fait littéraire mènent enfin à une troisième partie focalisée sur certains réseaux et dispositifs extra-européens: Caraïbes, océan Indien, aire franco-arabe nordafricaine. Dans celle-ci, les enjeux poético-politiques du paradigme centre–périphérie s’observent autant dans la pluralité et l’étanchéité des champs littéraires au niveau national que dans la diversité linguistique (Mounira Chatti). Diglossie et multilinguisme permettent ensuite des échos avec l’intéressant comparatisme de textes programmatiques et fictionnels antillais et réunionnais dévoilant les positionnements distincts des deux espaces insulaires vis-à-vis du ‘centre’ métropolitain (Daniel-Henri Pageaux). L’océan Indien témoigne aussi d’une poésie arabe d’inspiration soufie dont les déplacements — d’un centre physique (fixe) vers un centre symbolique (mobile) — défieraient les configurations occidentales (Bénédicte Letellier). L’intéressant constat d’un espace littéraire flou ‘vécu et pratique à partir de soi’ (p. 149) rappelle enfin l’étude approfondie sur l’écriture doublement minoritaire (caribéenne, non hétéronormative) de Léon-Gontran Damas, sa position ambiguë par rapport à la créolité et son statut périphérique au sein de la négritude (Kathleen Gyssels). Aux multiples échos, ces contributions montrent que le paradigme centre–périphérie continue à opérer comme cadre interprétatif majeur dans le ‘polysystème littéraire’ (p. 169). Insistant sur l’historicité de la littérature et ses concepts, dépassant les théorisations attendues (Pascale Casanova, Franco Moretti), plaçant au centre des références signifiantes du ‘Sud’ (Frantz Fanon, Édouard Glissant), le volume complète parfaitement des travaux antérieurs. Pensant le fait littéraire comme une ‘pluralité inaltérable’ (p. 40) avec ses segmentations et paradoxes, mobilités et transferts, les auteurs font émerger l...

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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 650-651
Launched on MUSE
2020-02-18
Open Access
No
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