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  • À la mémoire D'Adèle C. King (27 juillet 1932 – 16 novembre 2018)

Adèle King, née Cockshoot, à Omaha, Nebraska (USA) en 1932, a grandi à Atlantic dans l'Iowa, dans une famille plutôt conservatrice. Elle étudie la philosophie à l'Université d'Iowa (à Iowa City) et sort seconde de sa promotion. Une bourse d'études la dirige vers la France en 1954. Elle rencontre Bruce King sur le bateau qui les emmène en Europe vers des destinations différentes car Bruce vient de terminer sa licence à l'Université Columbia (New York). Ils se retrouvent bientôt, ce n'est plus par hasard, à Paris et à Londres, puis brièvement à Heidelberg et ils rentrent au pays pour des destinations divergentes. Mais Adèle rejoint bientôt Bruce dans le Minnesota et ils se marient à Noël 1955, à Saint-Louis du Missouri. Ce sera le compagnonnage de toute une vie. De Minneapolis ils vont à Leeds, au Royaume-Uni où Adèle travaille et soutient une thèse de maîtrise sur Albert Camus. On lui conseille de continuer pour un doctorat, chose qu'elle fera après avoir donné naissance à Nicole. Sa thèse de doctorat de l'Université de Paris porte sur le philosophe et journaliste politique Paul Nizan, elle la soutient en 1970.

Entre temps Bruce a obtenu son doctorat avec une thèse sur Dryden mais son vif intérêt pour le tambour africain entraîne le couple au Nigéria. C'est ainsi que je les ai rencontrés à Ibadan en 1963. Adèle et moi étions chargées de cours dans le département d'Études françaises de l'Université fédérale du Nigéria à Ibadan. Les années soixante étaient une époque de troubles dans le pays. Après quelques années au Royaume-Uni où leur fille est née, on retrouve les King à l'Université de Lagos, puis à celle d'Ahmadou Bello (Nord du Nigéria) au début des années 1970. Avant que nous nous retrouvions, Adèle et moi, aux Etats-Unis dans les années 1980, les King avaient fait le tour du monde en passant par la Nouvelle-Zélande, l'Inde, le Canada et retour aux Etats-Unis. Nous avons renoué grâce aux congrès de langues modernes et autres réunions à New York ou à Paris ; c'est dans la capitale française qu'ils subissent la terrible perte de leur fille dans un incendie en 1990. Nicole était diplômée de l'Université Bryn Mawr. Adèle et Bruce vivaient alors dans l'Indiana, avec Muncie comme port d'attache, Adèle enseignant à l'Université Ball State de 1986 à 2003. Ils passaient toujours du temps à Paris et s'y sont installés définitivement pour profiter des scènes musicales et du jazz. Je leur dois d'y avoir découvert la plupart des clubs de jazz de ma connaissance. [End Page 14]

Adèle King était une chercheuse discrète mais très productive. Elle a publié d'innombrables comptes rendus et articles, plusieurs guides pédagogiques, des monographies sur Camus, Camara Laye, Nizan et Proust. Elle a aussi réuni et traduit un recueil de nouvelles africaines, publié un livre d'articles sur L'Etranger de Camus et rédigé des essais recueillis sous le titre : French Women Novelists, Defining a Female Style (1989). Sans doute l'ouvrage le plus marquant est-il celui de 2002 qu'elle a intitulé Rereading Camara Laye, (« Relire Camara Laye ») , importante contribution à l'histoire littéraire et aux études post-coloniales, où elle démontre l'origine complexe des deux premiers romans de ce célèbre auteur africain.

Adèle et moi ne partagions pas seulement un vif intérêt pour la littérature française ou africaine mais nous étions très impliquées dans la recherche et les publications sur les écrivaines de langue française. Nous suivions de près en particulier la romancière Marie NDiaye. Suite à un bulletin de recherches que j'ai publié de 1975 à 1983 (BREFF), avant l'ère du numérique, « Femmes en études françaises » a émergé en tant que groupe de recherches, association et bientôt revue savante sous le titre Women in French Studies. Le contexte était celui de la nouvelle critique féministe et de l'explosion des études féminines des années 1970 aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. À cette époque une controverse animée prenait place autour de « l'écriture féminine » dans les milieux universitaires. En compagnie d'autres femmes remarquables, Adèle King a joué un rôle crucial dans la constitution de Women in French comme organisation affiliée à la Modern Language Association qui domine les études de lettres aux Etats-Unis. Elle a servi comme assistante à la rédactrice en chef de Women in French Studies puis tenu ce poste elle-même dans les débuts de cette revue savante. Vingt années plus tard, l'association et la revue sont fermement établies, respectées et même prospères. L'association se joint à moi pour exprimer notre vif sentiment de perte et notre profonde reconnaissance pour le rôle qu'a joué Adèle King dans les bonnes fortunes de Women in French et des études féminines en français. Nous saluons sa vive intelligence, sa plume limpide et son impeccable érudition. Nous estimons par-dessus tout la douce et lumineuse personne qui a enrichi nos vies pendant de nombreuses années. [End Page 15]

Christiane Makward
Pennsylvania State University
26 novembre 2018 Crématorium du Père Lachaise, Paris

Additional Information

ISSN
2166-5486
Print ISSN
1077-825x
Pages
14-15
Launched on MUSE
2020-01-11
Open Access
No
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