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  • Criminelles : Le crime à l'épreuve du féminin dir by Hélène Barthelmebs-Raguin et Matthieu Freyheit
Barthelmebs-Raguin, Hélène et Matthieu Freyheit, dir Criminelles : Le crime à l'épreuve du féminin. Presses universitaires de Reims, 2018. Pp 334. ISBN : 978-2-37496-069-2. 22€ (broché).

Ce collectif se situe dans la ligne des récents travaux de Cécile Dauphin et Arlette Farge (dir,) De la violence au féminin (1997) et de Caroline Cardi et Geneviève Pruvost, (dir.) Penser la violence des femmes (2012) qui s'interrogent sur la spécificité, s'il y en a une, du crime au féminin. Le présent ouvrage se concentre sur la représentation des crimes commis par les femmes dans les médias, la littérature et le cinéma contemporains. L'un des objectifs des dix-huit contributions est d'examiner la façon « dont tueuses et meurtrières échappent possiblement au monolithisme des identités genrées » (9), qui font essentiellement d'elles des monstres car elles contreviennent à la nature soit disant féminine, ou des folles.

La première partie « Écriture et réécritures du crime au féminin : quelles formes pour quels enjeux ? » se penche sur les stratégies discursives qui façonnent la manière dont les femmes criminelles sont perçues. Certains articles analysent les stéréotypes que l'on attribue aux criminelles; d'autres explorent la représentation de la violence dans des romans de Calixthe Beyala, Ananda Devi et Leila Marouane; ou la prostitution, « un crime sans victime », dans Putain de Nelly Arcan et Kétala de Fatou Diome. La deuxième partie « Le Bonheur est dans le crime : criminelles déchaînées », examine des types de criminelles fort diverses, de la « serial killer », aux femmes pirates dans la littérature de jeunesse en passant par une criminelle septuagénaire dans le roman policier du Finlandais Arto Paasilinna ou les femmes armées dans les romans noirs contemporains. La troisième partie, « Criminelles spectaculaires : ce que les meurtres féminins donnent à voir » est axé sur les productions cinématographiques. Dans cette partie règne également une grande diversité de thèmes. Celui du « evil twin sister », du couple démoniaque dans le film du mexicain Arturo Ripstein, Profundo Carmensi, des « final girls » aux « final Mums », des criminelles maternelles ou des adolescentes aux corps monstrueux dans le cinéma d'horreur français et international.

L'un des grands mérites de ce volume est qu'il ne se cantonne pas à un seul genre, ni à des productions exclusivement françaises. Chacun.e pourra découvrir des criminelles jusqu'alors peu connues, comme celles dans les romans policiers d'Ingrid Noll (essai de Simone Orzechowski), qui mettent en scène des Allemandes de la classe moyenne, sans lustre, qui tuent pour ne plus subir leur vie. Si initialement ces meurtres apparaissent comme des actes émancipateurs, la fin des romans les signale plutôt comme des rébellions passagères (159). La lecture de ces articles frappe par le nombre infime d'entre eux qui proposent des criminelles dégagées de stéréotypes genrés. « 'A nous les flingues, Guys'. Femmes armées dans la littérature noire contemporaine » de Carole Granier est une des rares contributions à montrer des femmes armées, violentes et puissantes qui « portent une charge émancipatrice et jubilatoire qui peut susciter une conscience féministe » (133). Plus prudemment, Mathieu Freyheit voit dans [End Page 232] l'apparition de femmes pirates dans la littérature de jeunesse une possibilité pour repenser les rôles sociaux genrés, même si la pirate doit se plier aux codes masculins pour être acceptée dans la confrérie. Meriem Kelkaid dans « Les sœurs Papin, Raya et Sakina, Juliet Hulme et Pauline Parker. De la réalité à la fiction ou comment échapper aux stéréotypes de la violence féminine ? » offre une analyse cross-culturelle en confrontant les discours médiatiques et cinématographiques de trois crimes commis par des duos féminins, en Egypte (1920), en France (1930) et en Nouvelle-Zélande (1950). Elle conclut que les œuvres artistiques arrivent à dépasser les caricatures véhiculées par les médias et proposent des portraits plus complexes et ambigus de ces criminelles dont l'acte ne peut se résumer qu'à une seule motivation.

Ce volume apporte une contribution substantielle aux études de genre par la richesse et diversité des articles, malgré quelques répétitions. L'introduction qui met en place les grandes problématiques du recueil est approfondie et nuancée. En fin de compte, la fiction criminelle semble le lieu propice où les femmes pourraient accéder à la violence au même titre que les hommes. Il aurait été utile de consulter Violence and the Female Imagination : Quebec's Women Writers Reframe Gender In North American Cultures (2006) de Paula Ruth Gilbert et Rebelles et criminelles chez les écrivaines d'expression française de Frédérique Chevillot et Colette Trout, dir. (2013).

Colette Trout
Ursinus College

Additional Information

ISSN
2166-5486
Print ISSN
1077-825x
Pages
232-233
Launched on MUSE
2020-01-11
Open Access
No
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