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  • Le mouvement coopératif en France et aux États-Unis : regards croisés
  • Michel Dreyfus*

Àl’heure où l’économie sociale – ou sociale et solidaire (ESS) – occupe une place croissante dans notre pays, comme l’a montré la loi Hamon en 2014, le dossier du Mouvement social consacré au mouvement coopératif, l’une des trois branches de l’ESS, vient à son heure.

Le mouvement coopératif est d’abord une réponse collective à la révolution industrielle. En France, ses trois principales composantes – la coopération agricole, la coopération de consommation et la coopération de production – font leurs premiers pas au milieu du XIXe siècle et se développent une trentaine d’années plus tard. Elles se dotent alors de structures nationales – Société nationale d’encouragement à l’agriculture (1880), Chambre consultative des associations ouvrières de production (1884), Fédération nationale des coopératives de consommation (FNCC, 1912). Partis et syndicats constituent au même moment des organisations analogues. À l’exception de la coopération agricole, la coopération est un mouvement essentiellement urbain. La coopération de consommation ne cesse d’élargir son influence de la Grande Guerre (900 000 coopérateurs, soit 3,5 millions de personnes avec leur famille) jusqu’aux années 1980, où elle regroupe 3 500 000 adhérents. Le bilan de la coopération de production est beaucoup plus modeste, puisque celle-ci passe de 20 000 à 40 000 personnes durant la même période.

La Grande Guerre entraîne le renforcement, amorcé une vingtaine d’années plus tôt, de l’intervention étatique dans les sphères de l’économique et du social. Par l’intermédiaire d’Albert Thomas, l’État confie aux coopératives de consommation des responsabilités accrues dans le domaine de l’alimentation des ouvriers travaillant pour les usines de guerre. Dès lors, cette branche de la coopération répond aux besoins d’un public toujours plus nombreux et connaît une progression continue durant six décennies. Avec la mutualité, elle constitue le mouvement social le plus important de notre pays. En 1914, ses effectifs sont de loin supérieurs à ceux de la CGT. La coopération de production restera toujours faible, tandis que la coopération agricole se renforce également. Au lendemain de la Grande Guerre apparaissent de nouvelles formes de coopération : maritime, scolaire et d’habitation. Puis le mouvement coopératif connaît à partir des années [End Page 3] 1960 un renouvellement de sa théorie et un élargissement de ses pratiques. Pour la première fois de son histoire, il se rapproche de la mutualité et des associations qui, comme lui, n’appartiennent ni au secteur capitaliste mû par la recherche du profit, ni au secteur public dirigé par l’État. Une vingtaine d’années plus tard, le recul de l’État dans l’économique et le social laisse une plus grande place au mouvement coopératif en lui confiant des responsabilités accrues : tel est le défi auquel est confrontée l’ESS aujourd’hui.

Le mouvement coopératif a suscité plusieurs utopies. Inspiré de Charles Fourier, le Familistère de Guise créé en 1860 veut réunir patrons et ouvriers dans des économats établis sur la base des principes des Équitables pionniers de Rochdale, les fondateurs britanniques du mouvement coopératif. Le Familistère survit à la mort de son fondateur, Jean-Baptiste Godin, mais il doit fermer ses portes en 1968. Fondée par des socialistes en 1877, la coopérative La Bellevilloise passe aux mains des communistes au début des années 1920 avant de sombrer en mai 1936. La disparition, dans l’indifférence générale, de ces deux utopies concrètes, à l’heure où la France vit les grèves les plus importantes de son histoire, montre qu’elles ne correspondent plus à leur temps. Constituée en 1895 par des ouvriers soutenus par le mouvement socialiste, la Verrerie ouvrière d’Albi (VOA) se transforme en coopérative de production en 1931 puis abandonne ce statut en 1989, avant de rompre avec le mouvement coopératif. La Coopérative d...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 3-12
Launched on MUSE
2019-07-20
Open Access
No
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