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  • Pouvoirs de l'imposture par Maxime Decout
  • Alexandre Burin
Pouvoirs de l'imposture. Par Maxime Decout. (Paradoxe.) Paris: Minuit, 2018. 192 pp.

Maxime Decout poursuit, dans ce troisième volet, son exploration des relations tumultueuses de la littérature avec l'authenticité et le sens (voir En toute mauvaise foi (Paris: Minuit, 2015), et Qui a peur de l'imitation? (Paris: Mnuit, 2017)). Il traite cette fois-ci de l'imposture et s'engage à penser un paradigme de l'indice au cœur de différentes formes d'enquête visant la construction d'un savoir, en faisant la part belle à la littérature du vingtième siècle. Pour aborder la notion d'imposture dans la littérature, il établit quatre modèles: le roman policier, la psychanalyse, le faussaire (et ses avatars), le jeu. S'il évacue la question de la psychanalyse au profit de la littérature ('la véritable enquête à mener est évidemment une enquête littéraire', p. 91; 'si la littérature triomphe de la psychanalyse, c'est que son maître mot est l'imposture inspirée et créatrice', p. 102), c'est pour mieux se concentrer sur le problème de l'herméneutique et nos modes de connaissance, à travers le rôle joué par l'interrelation de trois instances—l'auteur, le narrateur, le lecteur—dans le texte littéraire. Elles sont, en définitive, toutes potentielles figures d'imposture. A ce titre, la question de l'enquête (et donc, du jeu: échecs, puzzle, tarot, go, etc.) est centrale à l'étude de Decout: 'l'imposture et l'enquête redéfinissent la relation de l'œuvre avec vous [le lecteur]' (p. 178). Il convoque ainsi de nombreux écrivains modernes qui dans leurs œuvres s'attachent à donner une réponse à une triple crise qui émane directement du dix-huitième et dix-neuvième siècles: crise du savoir, crise du sujet, crise de l'authenticité. Sont principalement passés en revue Jorge Luis Borges, Georges Perec, Vladimir Nabokov, Alain Robbe-Grillet, Michel Butor, Italo Calvino et Jacques Roubaud, mais d'autres sont aussi évoqués (il aurait été intéressant de pousser plus en détail l'analyse, par exemple, de la littérature de Pierre Michon, Jean Echenoz ou encore Éric Chevillard). L'étude de Decout est elle-même structurée à la manière d'une enquête—il évoque d'ailleurs souvent Sherlock Holmes ou Hercule Poirot—, ce qui apporte un certain plaisir du texte. Le critique-détective se demande, finalement, parmi l'auteur, le narrateur ou le lecteur, qui est le coupable? Tous, sans doute, si l'on considère le développement de l'auteur, mais il conclut que le roman à énigme, bien souvent, cherche une mise à mort du 'mau-vais' lecteur: pour l'écrivain moderne, c'est lui l'assassin, le pire des criminels. Au final, l'auteur érige l'imposture comme une tentative de résistance face à l'impossibilité de s'approprier un fragment de réel ou un morceau de sujet: 'Elle est refus du réel, de l'idiotie du réel, et même des œuvres, de cet état contre lequel elle s'insurge radicalement: n'être que soi-même' (p. 179). L'imposture est donc une forme de poétique qui va créer un double régime de lecture. À travers l'infini de l'herméneutique et la prolifération du [End Page 324] sens que produit l'imposture, l'enquête déplace ainsi les enjeux de l'investigation du réel au texte: c'est ce que Decout appelle le 'virage textualiste de l'enquête' (p. 151).

Alexandre Burin
Durham University
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 324-325
Launched on MUSE
2019-05-17
Open Access
No
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