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  • Figures de l'altérité au XIXe siècle :Portraits, caractères, expressions

Particulièrement attentif aux corrélations entre aspect physique, contenu moral et comportement social, le XIXe siècle coïncide avec un renouvellement des représentations de l'altérité mentale et physique. Au croisement des illustrations scientifiques, des planches didactiques et des nouvelles tendances du portrait, les images fournies dans les traités des médecins aliénistes possèdent une dimension édifiante et performative qui entre en interaction avec les commentaires savants qu'elles accompagnent.

EN 1833, dans Le médecin de campagne, Balzac raconte comment le commandant Genestas se rend dans un village aux environs de Grenoble afin de rencontrer le docteur Benassis, dont on lui a vanté les mérites. Au début du récit, on trouve la description de la forte impression ressentie par le militaire à la vue d'un « crétin » soigné par le médecin :

Malgré les innombrables spectacles de sa vie militaire, le vieux cavalier ressentit un mouvement de surprise accompagné d'horreur en apercevant une face humaine où la pensée ne devait jamais avoir brillé, face livide où la souffrance apparaissait naïve et silencieuse, comme sur le visage d'un enfant qui ne sait pas encore parler et qui ne peut plus crier, enfin la face tout animale d'un vieux crétin mourant. Le crétin était la seule variété de l'espèce humaine que le chef d'escadron n'eût pas encore vue. À l'aspect d'un front dont la peau formait un gros pli rond, de deux yeux semblables à ceux d'un poisson cuit, d'une tête couverte de petits cheveux rabougris auxquels la nourriture manquait, tête toute déprimée et dénuée d'organes sensitifs, qui n'eût pas éprouvé, comme Genestas, un sentiment de dégoût involontaire pour une créature qui n'avait ni les grâces de l'animal, ni les privilèges de l'homme, qui n'avait jamais eu ni raison ni instinct, et n'avait jamais entendu ni parlé aucune espèce de langage1.

Ces lignes rappellent combien Balzac, avec d'autres écrivains français situés entre la fin des Lumières et le triomphe du positivisme—Mercier, Madame de Staël, Chateaubriand, Senancour, Stendhal, George Sand et Baudelaire—, a été attentif aux liens supposés entre aspect physique, contenu moral et comportement social. Plus précisément, elles reflètent une perception de l'anormalité à travers une grille de lecture marquée par les théories physiognomoniques.

Tandis que l'illustration scientifique connaissait depuis longtemps des développements remarquables, les représentations de la déficience mentale et physique sont restées rares, jusqu'au début du XIXe siècle, dans l'iconographie médicale. En réalité, elles se rapportaient surtout aux traitements appliqués aux patients, ou à l'espace dans lequel ils étaient reclus. Les innovations qui vont alors marquer les images de l'anormalité en général et des troubles mentaux en particulier sont d'autant plus frappantes. Il est sans doute possible de les relier aux nouvelles conditions d'observation des patients au sein de l'espace asilaire2. Cela ne permet pas de comprendre les modes de représentation dont ils ont fait l'objet, entre mise à nu et mise en scène, selon des techniques, des dispositifs et des codes figuratifs puisant dans différents genres et différents registres alors fort appréciés, le portrait, la tête d'étude et la tête [End Page 12]

Figure 1. Formes de crânes d'aliénés, burin, dans Philippe Pinel, Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou la manie (Paris : Richard, Caille et Ravier, 1801), planche II. © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.
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Figure 1.

Formes de crânes d'aliénés, burin, dans Philippe Pinel, Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou la manie (Paris : Richard, Caille et Ravier, 1801), planche II. © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.

d'expression. Pour mieux cerner cette mutation, il faut d'abord revenir sur quelques jalons essentiels dans l'histoire des nouvelles représentations des malades mentaux au cours des premières années du XIXe siècle. On pourra ensuite porter l'attention sur des images peu étudiées, montrant les nouveaux visages de l'anormalité, à savoir les dégénérés, parmi lesquels le « crétin » est une figure type.

La remontée des signes

En 1801, Philippe Pinel, professeur de l'École de Médecine de Paris et médecin en chef à la Salpêtrière, publie son Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale, ou La manie, où se trouvent deux planches représentant « des formes de crâne ou des portraits d'aliénés3 » (Figure 1). D'une main malhabile, l'illustrateur a suivi les conventions des représentations anatomiques [End Page 13] pour évoquer l'idée d'une corrélation entre les facultés mentales des individus et la forme de leur crâne. Suivant les prescriptions de Pinel, les proportions crâniennes de l'Apollon Pythien servent de terme de comparaison avec celles d'un sujet normal et celles d'un « idiot ». En choisissant la tête du dieu grec comme étalon, l'aliéniste français semble entériner les présupposés esthétiques qui imprègnent les premiers traités d'anthropologie de la fin du XVIIIe siècle, dans la lignée des travaux de l'anatomiste Pieter Camper. Il n'est pas le seul médecin dans ce cas : au même moment, François Cabuchet, dans son Essai sur l'expression de la face dans l'état de santé et de maladie, cite Charles Le Brun, l'abbé Du Bos, Johann Joachim Winckelmann, Michel-François Dandré-Bardon et Claude-Henri Watelet, tout en mentionnant que le peintre Pierre-Paul Prud'hon a bien voulu lui indiquer les chefs-d'œuvre de la peinture où les passions se trouvent le mieux exprimées4.

Dans les gravures de l'ouvrage de Pinel, ce ne sont pas les signes fugitifs des passions qui importent : les projections orthogonales de têtes vues de dessus et de profil saisissent des caractéristiques morphologiques constantes. Pourtant, contre la vogue de la phrénologie, Pinel conteste l'opinion suivant laquelle l'aliénation mentale se signale toujours par des disproportions ou des vices du crâne. Seul l'« idiot », qu'il décrit comme le représentant d'une espèce d'aliénation la plus incurable, possède selon lui le triste privilège de concentrer les traits les plus dégradants. On pourra s'étonner que ces images, dont la simplicité didactique fait l'efficacité tout en gauchissant la pensée de Pinel, puissent être annoncées sur la page de titre comme des « portraits ». C'est qu'il faut les regarder, suivant les définitions de l'époque, non comme des représentations de personnes en sorte qu'on les identifie, puisque leur identité n'est pas donnée, mais comme celles d'individus types dont le caractère est rendu avec la plus grande clarté, au moyen de leur projection graphique5. En atténuant les traits individuels peu pertinents, la gravure donne un caractère archétypal aux visages de la folie tout en offrant l'avantage d'une grande facilité d'impression et de diffusion, ce en quoi elle continue de concurrencer la photographie jusqu'au début des années 1870. Ainsi, ces planches suggèrent qu'il est possible d'identifier certains détails physiques marquants de la maladie mentale. En ce sens, les illustrations de la physiognomonie de Lavater ne leur sont pas tout à fait étrangères6.

Dès le printemps de l'année 1801, Moreau de la Sarthe, professeur à l'École de Médecine de Paris, signe une recension de l'ouvrage de Pinel dans La décade philosophique, littéraire et politique, la revue des Idéologues7. Les représentants de cette école de pensée explorent alors de multiples champs épistémologiques, suivant le credo d'un des plus brillants d'entre eux, Pierre [End Page 14] Jean-Georges Cabanis, sur la nécessité de pratiquer ce que l'on désignerait à présent sous le terme d'« interdisciplinarité » :

Le moindre perfectionnement réel dans l'art le plus obscur rejaillit bientôt sur tous les autres ; et les relations établies entre les différents objets de nos travaux les font tous participer aux progrès de chacun. […] On voit, on sait, on démontre aujourd'hui qu'il n'est rien d'isolé dans les travaux de l'homme : ils s'entrelacent, pour ainsi dire, comme les peuples dans leurs relations commerciales ; ils s'entr'aident comme les individus unis par les liens sociaux.

Il est donc maintenant permis aux hommes les plus obscurs d'aspirer à rendre des services importants : il est permis aux savants, aux gens de lettres, quelque genre qu'ils cultivent, aux artistes, aux plus simples artisans, renfermés dans leurs travaux particuliers, d'aspirer à rendre des services généraux, de contribuer au perfectionnement commun8.

Comme Cabanis, comme Pinel et la plupart des Idéologues, Moreau de la Sarthe est très préoccupé par la question des relations entre le physique et le moral de l'homme. Cela se ressent dans ses additions à la nouvelle traduction de la physiognomonie de Lavater qu'il a dirigée, une référence sur le sujet dans la France du XIXe siècle9. Au chapitre traitant des maladies, on trouve un plaidoyer pour l'élaboration d'une sémiotique tirée des règles de la physiognomonie et de la pathognomonie, autrement dit de l'analyse des traits constants et des expressions transitoires. Ces pages sont accompagnées de planches qui permettent à Lavater de pointer les signes de la faiblesse, de la stupidité et de l'imbécillité dans le dessin d'un front, d'un œil, d'une bouche et d'un menton, sur des visages généralement de profil, voire dans la coupe verticale du crâne d'un « pauvre innocent ». Rappelons que les inductions pseudo-scientifiques de Lavater sont fondées sur une vaste collection de peintures, de gravures et de dessins qu'il avait rassemblés chez lui à Zurich, se composant une galerie de personnages historiques et mythiques, mais aussi de quelques-uns de ses contemporains. Or le succès rencontré par son ouvrage a encouragé l'engouement général pour le décodage des physionomies vivantes autant que pour les techniques permettant de les transposer et d'en fixer les traits distinctifs. Cette ambition de se saisir des visages par l'image et de l'accompagner d'une description exacte s'est pleinement réalisée avec l'avènement de la photographie. Elle a trouvé une de ses expressions les plus prosaïques dans les travaux du criminologue Alphonse Bertillon, qui s'est efforcé d'associer signalement photographique et signalement descriptif en les soumettant conjointement à un protocole précis.

Pour sa part, tout en rappelant, après Pinel, qu'il n'est pas possible d'établir un rapport systématique entre la forme des crânes et l'état d'aliénation, Moreau de la Sarthe retient précisément des cas qui incitent à penser le contraire : un maniaque dont l'état de folie sévère et mélancolique se signale par l'expression [End Page 15] de sa physionomie ; un idiot de Bicêtre à l'expression stupide et à la tête d'une extrême disproportion ; le profil de Victor, le petit Sauvage de l'Aveyron, à propos duquel le même Pinel, devant la Société des observateurs de l'homme, avait conclu à l'imbécillité congénitale et incurable (Lavater VIII, 260).

En somme, c'est bien à travers des images, même encore rares, que se fixe l'appréhension de l'altérité physique et mentale, en déportant l'idée, chère aux Idéologues, d'une interdépendance de l'intellect et de l'organisme vers des inductions physiognomoniques privilégiant les indices de surface.

Faire face

Disciple de Pinel, le médecin aliéniste Jean-Étienne Dominique Esquirol est tout à fait persuadé que la physionomie de ses patients lui fournit des indices précieux quand il établit son diagnostic. Plus systématique que son maître, il pense pouvoir relier chaque type de déficience mentale avec des signes corporels spécifiques et accorde beaucoup d'attention à la documentation visuelle. Esquirol est d'ailleurs connu pour avoir moulé en plâtre le visage d'un très grand nombre d'aliénés et en avoir fait dessiner plus de deux cents dans l'intention d'étudier leur aspect physique10. Comme si, pour lui, les images étaient plus fiables, dans leur tranquille immobilité, que des patients en chair et en os et constituaient un recours indispensable dans sa tentative de construire une nouvelle sémiotique médicale.

En 1814, Georges-François-Marie Gabriel expose au Salon de Paris une suite de dessins annoncés comme étant « extraits d'une collection destinée à un ouvrage sur l'aliénation mentale, par le docteur E. … »11. Esquirol s'est en effet adressé à cet artiste pour illustrer certaines de ses contributions au Dictionnaire des sciences médicales publié par Panckoucke. La même année, son article consacré à la « Démonomanie » est accompagné d'une planche dessinée par Gabriel et gravée par Lingée qui sera ensuite reprise par le graveur Ambroise Tardieu pour le maître livre d'Esquirol sur les maladies mentales (Figure 2). Dans cet exemple, le visage singulier d'une malade mentale cadrée en buste regarde en direction du spectateur, suscitant des commentaires qui pointent les stigmates de l'aliénation et de la décrépitude au niveau du regard, des plis de la bouche, des rides et du front. Peintre, miniaturiste, dessinateur et lithographe, Gabriel a acquis une petite réputation grâce à ses nombreux portraits de personnalités de la période révolutionnaire tracés d'une main leste, certains ayant fait l'objet d'une transposition gravée12. Si plusieurs de ses dessins se trouvent aujourd'hui dans les collections du musée Carnavalet, la Bibliothèque nationale de France conserve un album intitulé « Têtes d'aliénés, dessinées par Georges-François-Marie Gabriel, pour un ouvrage de [End Page 16]

Figure 2. Démonomaniaque, gravure d'Ambroise Tardieu dans Jean-Étienne Esquirol, Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal (Paris : J.-B. Baillière, 1838). © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.
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Figure 2.

Démonomaniaque, gravure d'Ambroise Tardieu dans Jean-Étienne Esquirol, Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal (Paris : J.-B. Baillière, 1838). © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.

M. Esquirol, relatif à l'aliénation mentale, ouvrage non publié13 ». Il s'agit d'un ensemble regroupant quatre-vingt-quinze études d'aliénés le plus souvent vus en bustes, parfois cadrés en gros plan sur le seul visage, tantôt de face, tantôt de profil. Exécutés à la mine de plomb, sur le même format, plusieurs sont tracés au simple trait de contour, comme pour une transposition gravée, avec des détails vestimentaires qui permettent de situer socialement les modèles. Sur un papier différent, quelques-uns sont à peine ébauchés. D'autres enfin présentent une facture plus classique, avec un rendu des volumes au moyen de hachures et une plus grande concentration sur le visage. Ils sont souvent légendés, avec indication du métier (ecclésiastique, avocat, peintre, militaire, banquier, chirurgien…) et de la pathologie dont souffre le malade : manie, fureur, mélancolie, épilepsie, crétinisme, idiotie. Quatre d'entre eux y associent le nom du modèle : « Simon, peintre, maniaque » ; « André, marchand, maniaque » ; « Hugo, frère du poète, idiot » ; « Saint-Martin, propriétaire et furieux ». Dans l'ensemble, les expressions oscillent entre mutisme et menace, prostration et agitation (Kromm 221–34).

En 1838, la parution de l'ouvrage d'Esquirol, Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal, marque [End Page 17] une date, en France, dans l'iconographie scientifique de l'aliénation. Ainsi le livre est accompagné d'une vingtaine de planches dont plusieurs possèdent toutes les caractéristiques du portrait, avec des conventions de monstration que l'on retrouve par la suite aussi bien dans des albums de famille et des recueils factices réunissant des effigies de personnages célèbres, qu'à travers des ouvrages de psychiatrie illustrés. On y compte vingt-trois planches consacrées à des représentations de malades mentaux ; six figurent des hommes internés à Charenton, dix-sept des femmes à la Salpêtrière. Aucune de ces images n'est directement inspirée de l'album de Gabriel et aucune ne le crédite : Esquirol mentionne qu'il a collaboré avec Desmaison, un jeune élève en médecine, et Roques, un peintre de Toulouse (vol. 1, 283 ; vol. 2, 356). Mais c'est au portraitiste, graveur et cartographe Ambroise Tardieu qu'est revenu le privilège de signer la plupart des planches. Du reste, celles qui s'approchent le plus de la facture et du cadrage caractéristiques de Gabriel sont minoritaires : on en compte six, parmi lesquelles le profil de Théroigne de Méricourt, dont le dessin original est conservé au musée Carnavalet, tandis que l'on dénombre seize planches où les patients apparaissent dans leur contexte asilaire, parfois avec quelques détails évoquant des moyens de contention (Figure 3). Parmi celles-ci, la plus frappante montre une femme en crise dont le visage, de face, présente les traits archétypaux de la tête de Méduse : cheveux dressés, mâchoire crispée et menaçante, yeux révulsés.

Deux grandes tendances se dégagent. L'une privilégie la confrontation rapprochée, avec une focalisation sur des visages tantôt de profil, comme dans des portraits en médaillon ou à la silhouette, tantôt de face ou de trois quart. L'autre, plus distancée, donne sa place aux gestes, au mouvement, à la crise, tout en situant les choses dans les lieux d'internement. Dans ce cas, les visages sont plus mobiles, rappelant les masques idéographiques de Charles Le Brun liés à ses recherches sur la signalétique des passions, ou encore les gravures illustrant les travaux de James Parsons sur les mouvements faciaux.

C'est à la première catégorie qu'ont souvent été rattachés les cinq tableaux attribués à Géricault supposés être des portraits de malades mentaux. Ce n'est pas le lieu de revenir sur ce dossier épineux, sauf pour souligner l'essentiel, à savoir que rien n'est tout à fait assuré dans cette affaire14. L'histoire officielle se fonde sur un document sujet à caution, une lettre du critique et marchand d'art Louis Viardot publiée par Charles Blanc dans le Supplément de la Gazette des beaux-arts, le 3 janvier 186415. À partir de là, on a dit et répété que ces œuvres ont été découvertes en décembre 1863, dans un grenier, à Baden-Baden, qu'elles ont été peintes pour le docteur Georget, disciple d'Esquirol, puis achetées par le docteur Lachèze. Bien qu'aucun détail ne renvoieici [End Page 18]

Figure 3. Maniaque, lithographie d'Ambroise Tardieu dans Jean-Étienne Dominique Esquirol, Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal (Paris : J.-B. Baillière, 1838). © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.
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Figure 3.

Maniaque, lithographie d'Ambroise Tardieu dans Jean-Étienne Dominique Esquirol, Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal (Paris : J.-B. Baillière, 1838). © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.

à l'espace asilaire ni aucune inscription ne stipule à qui ou à quoi nous sommes confrontés, elles illustreraient différents types de « monomanie ». D'où les titres fantaisistes sous lesquels on les désigne toujours, alors qu'aucun de ces visages ne porte de stigmates susceptibles d'être rapprochés avec précision de ceux qu'a retenus Esquirol pour décrire les cas illustrant cette affection mentale (Jubinville 65). Ce sont des hommes et des femmes chaudement vêtus de plusieurs couches de vêtement, dans un espace indéfini, le visage marqué par la souffrance physique et morale. Mais s'il était possible de les contempler sans aucune explication préalable, il est douteux que l'on y reconnaîtrait nécessairement des malades mentaux. Ici, la dépendance des images au texte joue à plein, comme c'est aussi le cas lorsqu'on appréhende les visages grimaçants du sculpteur autrichien Franz Xaver Messerschmidt ou les petits bustes des « Parlementaires » d'Honoré Daumier à travers les titres qui leur ont été donnés après coup.

Pourquoi une entreprise si remarquable n'est-elle jamais évoquée par les contemporains de Géricault, personne ne nous l'explique, pas plus que les différences [End Page 19] de format et de touche qui distinguent ces tableaux. On soulignera qu'ils sont tour à tour désignés comme des « portraits » et des « têtes d'études » par ceux qui les ont mis au jour16, car c'est peut-être ce que recouvrent ces termes qui les rapproche le plus de certains dessins de Gabriel : un cadrage serré, une présence frontale, le dénuement du modèle, un fond monochrome sur lequel se détache une physionomie frappante, mais à laquelle il est difficile de prêter un sentiment bien précis17. En cela, ces peintures contrastent aussi avec les planches qui dominent dans le traité d'Esquirol, celles où le corps est mis à distance, en tenue d'hôpital, sous une lumière crue, pour mieux déployer son agitation, comme un héritage des anciennes représentations de fous en proie à des convulsions ou à des accès de colère (Figure 3). Est-ce à dire que cette dernière manière de figurer les aliénés aurait remplacé la vue rapprochée et la lecture des traits au repos ? Rien n'est moins sûr. Quelques années plus tard, l'héritage du portrait physiognomonique s'impose dans les gravures illustrant le livre que le médecin Jean-Baptiste Lautard consacre à la Maison des fous de Marseille, ou encore dans les fascinants dessins du traité de l'aliéniste écossais Alexander Morison18.

Le cachet de la dégénérescence

En 1857, dans un livre appelé à faire date, le médecin et aliéniste français Bénédict-Augustin Morel décrète que l'aliénation mentale n'est pas autre chose qu'un état de « dégénérescence19 ». Cette notion, Morel en est un des principaux promoteurs. Or à cette date, les aliénés sont de plus en plus nombreux à être pris en charge dans des asiles spécialisés, mais aucune approche clinique de la folie ne donne encore de résultats satisfaisants, tant sur l'explication des origines des maladies mentales, que sur leur classification et les thérapeutiques à mettre en place. Homme de terrain, il a travaillé avec de grands psychiatres comme Jean-Pierre Falret et Guillaume Ferrus. Il est ensuite devenu assistant à la Salpêtrière, avant de diriger l'asile d'aliénés de Maréville, à côté de Nancy. Depuis un an, il est à la tête de celui de Saint-Yon, près de Rouen20.

Morel est passé à la postérité pour avoir clarifié la nosographie de la folie héritée de ses prédécesseurs ; il a établi une nette distinction entre les aliénations d'origine accidentelle et celles qui, selon lui, relèvent de la dégénérescence. Persuadé que les premières peuvent être soignées grâce à des thérapeutiques adaptées, il estime que les secondes, héréditaires, sont incurables et qu'elles se répartissent en quatre catégories de gravité croissante : les « nerveux », les « imbéciles », les « idiots » et les « crétins »21. Sa conception de la dégénérescence n'est pas de surface ; pour lui, les signes en sont repérables jusqu'au plus profond des êtres, au cœur de leur organisme, en particulier [End Page 20] dans leur cerveau malade22. Cependant, à l'instar de ses prédécesseurs, il est trop imprégné par les critères morphologiques et le modèle taxinomique des sciences naturelles pour en négliger les manifestations apparentes.

À plusieurs reprises, dans son traité, Morel semble plutôt réservé devant les tentatives menées par les naturalistes, les anthropologues et les psychiatres pour classer les différentes variétés de l'homme et les différentes altérations de sa forme originelle en fonction de critères physiques comme la forme du crâne et l'expression du visage. Pourtant, il ne peut se départir du paradigme médico-naturaliste et de la tentation de repérer des concordances entre le physique, le moral et le mental. En ce sens, il affirme que certaines formes de dégénérescences atteignent sans doute profondément l'organisme, mais qu'elles se repèrent aussi à des signes extérieurs qui permettent de les regrouper par familles. Reprenant la vieille analogie entre gravure et physiognomonie, il explique pourquoi il a jugé utile d'accompagner son ouvrage d'un volume de planches : « Les dégénérescences ont un cachet typique, et c'est ce qui nous a déterminé à confier au burin le soin de donner une idée plus exacte des différents types des êtres dégénérés dont nous aurons à nous occuper » (Morel, Traité des dégénérescences 64).

Ce n'est pas la première fois que Morel ressent la nécessité d'illustrer son propos. Pour son Traité théorique et pratique des maladies mentales, il a fait appel à Jean-Joseph Thorelle, un peintre, dessinateur et lithographe alors actif à Nancy où il proposait des portraits photographiques terminés à la gouache23. À l'évidence, les images ont pour Morel un but didactique : elles doivent servir à mieux repérer les différentes formes de dégénérescences qui s'éloignent plus ou moins du type normal de l'humanité. En suivant ses indications, il s'agit d'apprendre à reconnaître les déformations physiques à travers leurs traits constants et uniformes, au niveau du crâne, des oreilles, de la dentition, de la taille du sujet, de la présence ou non d'un goitre. Mais dans l'Atlas qui compose le second volume du Traité des dégénérescences, les images se voient confier un rôle encore plus essentiel : faire apparaitre le dégénéré par excellence, l'être le plus éloigné du fameux type originel, le crétin arrivé à sa phase extrême.

C'est au sein de l'asile de Saint-Yon que la plupart des modèles ont été choisis. Chacune des douze planches de l'Atlas comprend ainsi plusieurs figures, avec près du double d'hommes par rapport aux femmes et quelques adolescents dont l'aspect évoque plutôt des enfants. Certains types de dégénérescence identifiés par Morel sont reliés à l'influence du milieu, par exemple la constitution géologique du sol, ou de mauvaises conditions de logement et de nourriture. Parmi les différents sujets représentés, ceux qui souffrent d'une dégénérescence congénitale ont droit à un traitement spécifique. Ainsi les [End Page 21]

Figures 4 Et 5. Dégénérescences progressives dans une famille crétinisée, lithographie de Jean-Baptiste Léveillé d'après un dessin de Jean-Joseph Thorelle, dans Benedict-Augustin Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles, et morales de l'espèce humaine (Paris : J.B. Ballière, 1857), planches IV et V. © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.
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Figures 4 Et 5.

Dégénérescences progressives dans une famille crétinisée, lithographie de Jean-Baptiste Léveillé d'après un dessin de Jean-Joseph Thorelle, dans Benedict-Augustin Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles, et morales de l'espèce humaine (Paris : J.B. Ballière, 1857), planches IV et V. © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.

planches IV et V méritent une attention particulière (Figures 4 and 5), parce qu'elles démontrent le mécanisme de transmission morbide qui procède par accumulation, addition et dégradation (Coffin 33). Un « Avis au relieur » explique d'ailleurs qu'elles forment un tout et qu'elles doivent figurer l'une en regard de l'autre : il s'agit de dérouler une séquence dégénérative au sein d'une famille crétinisée. Tout commence donc par la mère, Marie, âgée de cinquante-quatre ans, goitreuse, mais qui, explique Morel, n'a pas « le cachet du crétinisme » (Atlas 11). C'est en effet chez le père, Joseph, d'un an plus âgé, et chez ses ascendants, qu'il faut chercher les preuves de ce qui va suivre, la transmission héréditaire de la dégénérescence. Ainsi Annette, l'aînée des enfants, âgée de vingt-six ans, est un peu lente dans ses déplacements et présente un début de goitre. Avec Rosine, vingt-quatre ans, Morel observe des différences au niveau de la physionomie, avec des lèvres épaisses, un nez épaté, une lenteur de mouvement plus marquée que chez son aîné. Morel ajoute que son intelligence et son sens moral sont peu développés. Vient ensuite Irénée, un jeune homme de vingt-deux ans, qui présente un type avancé de dégénérescence physique [End Page 22] et de déchéance intellectuelle. Morel signale sa figure bouffie, sa tête mal conformée, sa peau d'un jaune sale, ses chairs flasques, sa stature médiocre qui le rend inapte au service militaire, sa surdité, ses organes génitaux énormes mais impropres à la reproduction : « Il a tout le tempérament des crétins, sans en avoir encore le cachet typique absolu » (Morel, Atlas 11). Lui succède Pauline, dix-sept ans, sourde-muette de naissance, sous-développée tant physiquement qu'intellectuellement, triste et irritable. Là encore, bien que rien ne l'indique sur l'image, mais parce qu'il s'agit d'un point essentiel de sa théorie, Morel insiste sur les organes génitaux et l'incapacité à procréer. Si, dans les mêmes années, la caution médicale légitime parfois des audaces visuelles d'une grande crudité, comme la série que Nadar consacre, en 1861, à un hermaphrodite, ici le texte comble les lacunes de l'image, engageant le lecteur dans un mouvement d'allers-retours entre les deux.

La séquence se termine avec Françoise et Agnès, respectivement âgées de seize et quinze ans, mais semblables tant par la taille et les caractères maladifs de leur constitution physique que par leur état intellectuel. Cette fois, nous avons affaire à deux êtres complètement dégénérés, qui ne s'expriment que par gestes, cris rauques, pleurs et rires mécaniques, marchent avec difficulté, ont les chairs flasques, la peau jaune, la tête mal conformée, la dentition très irrégulière. Et pour que l'on comprenne bien cette dynamique fatale, Morel conclut : « Trois autres enfants sont survenus depuis et sont morts en bas âge ; les autres sont décédés à d'autres époques et la loi des analogies dans les transmissions héréditaires nous permet de conclure qu'ils auraient tous tenu leur place hiérarchique dans cette malheureuse famille d'êtres dégénérés » (Atlas 12).

D'autres planches appelant d'autres commentaires montrent que même si Morel se défend d'y adhérer, il n'ignore pas que des analyses phrénologiques ont été menées sur des aliénés, ni que, plus largement, certains de ses confrères tentent de relier les différents types de pathologie mentale à l'aspect général de la tête et aux expressions du visage24. Aux formes du crâne, il ajoute d'ailleurs d'autres indices, comme la mauvaise implantation des oreilles et leur conformation vicieuse, l'étroitesse de la poitrine, des hernies énormes, des rides profondes attestant une vieillesse précoce, enfin une locomotion incertaine et vacillante, autant de signes « caractéristiques de la déviation maladive du type normal de l'humanité » (Morel, Atlas 17).

Le primat du visuel

Pour la plupart à nouveau dessinées par Jean-Joseph Thorelle, les planches de l'Atlas ont ensuite été lithographiées par Jean-Baptiste Léveillé, un lithographe [End Page 23]

Figure 6. Types d'idiotie endémique, lithographie de Jean-Baptiste Léveillé d'après photographies, dans Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles, et morales de l'espèce humaine, planche XII. © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.
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Figure 6.

Types d'idiotie endémique, lithographie de Jean-Baptiste Léveillé d'après photographies, dans Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles, et morales de l'espèce humaine, planche XII. © Bibliothèque interuniversitaire de Santé, Paris.

spécialisé dans l'illustration anatomique. Enfin, elles ont été imprimées par Becquet pour le compte de la maison d'édition dirigée par Jean-Baptiste Baillière. Une note nous apprend toutefois que les planches XI et XII ont été faites dans des conditions particulières. À la différence de toutes les autres, elles ne procèdent pas de dessins exécutés en présence des malades, mais sont des transpositions de photographies appartenant à l'aliéniste Jules Baillarger. Elles représentent des patients que ce dernier a recueillis dans les Pyrénées : quatre adolescents chétifs au corps d'enfant entièrement nus face à l'objectif, quatre adultes cadrés en buste, le regard fixe et soupçonneux (Figure 6). L'un d'eux souffre d'un goitre spectaculaire, un détail qui rappelle que cette affection signale la déviance sociale et mentale dans l'iconographie traditionnelle25.

Ces liens avec la photographie ne sont pas fortuits. Éditeur innovant dans le choix de ses auteurs et dans la forme matérielle qu'il donne à ses ouvrages, Baillière est très attentif aux possibilités qu'offrent les nouvelles techniques de la lithographie et de la photographie dans le domaine de l'illustration médicale26. Certes, à cette date, il reste plus fiable techniquement et plus avantageux [End Page 24] sur le plan financier, pour des ouvrages scientifiques, de reproduire les photographies par le moyen de la lithographie. Mais dans l'intervalle qui sépare le traité d'Esquirol de celui de Morel, la photographie est devenue paradigmatique pour les représentations de la norme et de la déviance. Dès son invention, elle a semblé constituer à la fois le meilleur moyen d'obtenir une reproduction objective de la réalité et de créer des portraits à moindre coût. Perçue comme le résultat d'une émanation, d'un contact, d'une empreinte ou d'une trace, elle s'impose, pour longtemps, comme le parangon de l'image indiciaire. Dans le champ de l'anthropologie, de l'anthropométrie judiciaire et de la médecine aliéniste, jusqu'à ce que le gélatino-bromure d'argent permette de saisir des mouvements rapides, elle favorise une approche physiognomonique qui pousse l'opérateur à saisir en priorité les « trivialités du visage » censées révéler le caractère du modèle27. Face à la différence, à l'aliénation, à l'altérité, elle renforce le primat des inductions visuelles, autrement dit la puissance observatrice au détriment de l'intercompréhension.

Dès les années 1840, quand des hommes et des femmes considérés comme des spécimens exotiques intéressants séjournent à Paris, il arrive que l'on fixe leurs traits au moyen du daguerréotype. Jacquart, Thiesson et les frères Bisson réalisent ainsi des portraits daguerriens à travers lesquels ils visent la représentation fidèle et rapide des caractères physiques représentatifs des diverses races humaines. Souvent, ces photographies sont ensuite transposées en lithographie28. C'est de la même époque que datent les premiers usages policiers de la photographie, avec des portraits d'arrestation visant à lutter contre le récidivisme. Une décennie plus tard, la chambre noire et le siège de pose sont appliqués à la photographie psychiatrique, d'abord en France, puis en Angleterre par Hugh Welch Diamond et Henry Hering29. Le 22 mai 1856, Diamond, directeur de l'asile psychiatrique des femmes du comté de Surrey, présente ses travaux sur l'application de la photographie aux phénomènes physiognomoniques et mentaux devant la Royal Photographic Society, dont il est un des fondateurs (Gilman 164). Peu après, Ernest Lacan, membre de la Société parisienne de photographie et premier rédacteur en chef de la revue La lumière, fait ce constat enthousiaste :

C'est avec un douloureux intérêt qu'on suit dans ces portraits, pris à diverses époques, les phases de la maladie […]. Si l'exemple de M. le docteur Diamond est suivi, comme nous l'espérons, que de précieuses collections pourront ainsi se former, et que de richesses scientifiques seront ajoutées à celles de nos musées et de nos académies de médecine30 !

Durant toute la première moitié du XIXe siècle et même un peu au-delà, les images scientifiques de l'aliéné, du malade mental et du dégénéré puisent à [End Page 25] différentes sources visuelles, amalgamant des dispositifs et des codes de représentation empruntés aux traités de physiognomonie, aux effigies d'hommes et de femmes célèbres, aux portraits à la silhouette, au physionotrace et en miniature, aux genres de la tête d'expression et de la tête d'étude, voire à l'image satirique31. Si des tentatives sont menées pour montrer les malades en crise au sein de l'espace asilaire, l'apparition de la photographie ne fait que renforcer, dans un premier temps, la prédilection pour les poses hiératiques, avec des modèles se détachant sur un fond neutre, sans gesticulation, sans entraves visibles. Le fascinant corpus qui en résulte témoigne de fluctuations entre le parti pris anthropométrique face/profil et les conventions du portrait classique, entre le point de vue clinique et la démonstration didactique, entre l'anonymat et l'identification du modèle.

Martial Guédron
Université de Strasbourg

Notes

1. Honoré de Balzac, Le médecin de campagne (Lausanne : Éditions Rencontre, 1969), 43.

2. Bruno-Nassim Aboudrar, Voir les fous (Paris : PUF, 1999), 89, 159–60.

3. Philippe Pinel, Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale, ou La manie […] avec figures représentant des formes de crânes ou des portraits d'Aliénés (Paris : Richard, Caille et Ravier, 1801).

4. Victor Nodet, « Les sympathies artistiques de P.-P. Prud'hon en 1801 », Actes du Congrès d'histoire de l'art organisé par la Société de l'histoire de l'art français (Paris : PUF, 1924), 408–9.

5. Voir Aubin-Louis Millin, « Portrait », Dictionnaire des beaux-arts, 3 (Paris : Desray, 1806), 350.

6. Sander L. Gilman, Seeing the Insane : A Visual and Cultural History of Our Attitudes Toward the Mentally Ill (Lincoln : University of Nebraska Press, 1982), 72 ; Jane Kromm, The Art of Frenzy : Public Madness in the Visual Culture of Europe (Londres : Bloomsbury Publishing, 2003), 216.

7. Jacques-Louis Moreau de la Sarthe, « Art de guérir : Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale par Ph. Pinel […] », La décade philosophique, littéraire et politique, par une Société de gens de lettres (An IX), 458–67.

8. Pierre J.-G. Cabanis, Révolutions et réforme de la médecine, Œuvres complètes (Paris : Bassange, 1823), I, 357–58. Voir Georges Gusdorf, La conscience révolutionnaire : Les Idéologues (Paris : Payot, 1978), 30–33.

9. Johann Caspar Lavater, L'art de connaître les hommes par la physionomie par Gaspar Lavater… Nouvelle édition… augmentée… par Moreau [de la Sarthe] (Paris : L. Prudhomme, 1806–1809).

10. Jean-Étienne Dominique Esquirol, Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal (Paris : J.-B. Baillière, 1838), vol. 1, 21 ; vol. 2, 167.

11. Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivants exposés au Musée royal des arts, le 1er novembre 1814 (Paris : Dubray, 1815), 137.

12. Jean Adhémar, « Un dessinateur passionné pour le visage humain : Georges-François-Marie Gabriel (1775–v. 1835) », Omagiu lui George Oprescucu prilejulîmpliniriia 80 de Ani (Bucarest : Editura Academiei Republicii Populare Romîne, 1961), 1–4.

13. Bibliothèque nationale de France, département estampes et photographie, RESERVE4-JF-29.

14. Gregor Wedekind, Le portrait mis à nu : Théodore Géricault und die Monomanen (Munich/Berlin : Deutscher Kunstverlag, 2007) ; Ginette Jubinville, « Pour en finir avec les Monomanes de Géricault : Considérons leur rôle dans la construction du mythe de l'artiste », RACAR : Revue d'art canadienne/Canadian Art Review, 41.1 (2016), 62–75.

15. Louis Viardot, « Cinq études d'aliénés par Géricault », La chronique des arts et de la curiosité, 463 (janvier 1864), 3–5.

16. Voir aussi Germain Bazin, Théodore Géricault : Étude critique, documents et catalogue raisonné, VI, Génie et folie, le Radeau de la Méduse et les Monomanes (Paris : La Bibliothèque des Arts, 1994), 69.

17. Sidonie Lemeux-Fraitot, « Géricault, un maître de la tête d'étude », Bruno Chenique, dir., Géricault au cœur de la création romantique : Études pour le Radeau de la Méduse (Clermont Ferrand : Musée d'art Roger-Quillot, 2012), 28–51.

18. Jean-Baptiste Lautard, La maison des fous de Marseille : Essai historique et statistique depuis sa fondation, en 1699, jusqu'en 1837 (Marseille : Achard, 1840) ; Alexander Morison, The Physiognomy of Mental Diseases (Londres : Longman, 1843). Tous mes remerciements à Estelle Lambert, conservatrice à la Bibliothèque interuniversitaire de médecine à Paris, pour sa disponibilité et son aimable concours dans la recherche de l'iconographie.

19. Bénédict-Augustin Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles, et morales de l'espèce humaine (Paris : J.-B. Ballière, 1857), 344–45.

20. Jean-Christophe Coffin, La transmission de la folie : 1850–1914 (Paris : L'Harmattan, 2003), 21–23.

21. François Bing, « La théorie de la dégénérescence », Jacques Postel et Claude Quetel, dir., Nouvelle histoire de la psychiatrie (Paris : Dunod, 1994), 233–38.

22. Daniel Pick, Faces of Degeneration: A European Disorder, c. 1848-1918 (Cambridge : Cambridge University Press, 1993), 52.

23. Cdt. E. Larguillon, « J.-J. Thorelle, peintre lorrain—1806–1889 », Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain (1889), 198.

24. Marc Renneville, Le langage des crânes : Une histoire de la phrénologie (Paris : SanofiSynthélabo, 2000), 199–200.

25. Barry Wind, A Foul and Pestilent Congregation : Images of « Freaks » in Baroque Art (Aldershot : Ashgate, 1998), 49–55.

26. Frédéric Barbier, « Jean-Baptiste Baillière et l'édition médicale », Danielle Gourevitch, Jean-François Vincent, éd., J.-B. Baillière et fils, éditeurs de médecine (Paris : De Boccard, 2006), 27.

27. Voir André Rouillé, « Au-delà du principe physiognomonique », La recherche photographique, 1 (octobre 1986), 51 ; Érika Wicky, « Le portrait photographique : Des "trivialités du visage" à la "ressemblance intime" », Romantisme, Le Portrait, 176 (2017), 36–46. La publication en 1862 du Mécanisme de la physionomie humaine, ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passions par le médecin neurologue français Duchenne de Boulogne marque bien sûr une date importante dans cette histoire.

28. Christine Barthe, « "Les éléments de l'observation" : Des daguerréotypes pour l'anthropologie », Quentin Bajac et Dominique Planchon de Font-Réaulx, dir., Le daguerréotype français : Un objet photographique (Paris : RMN, 2003), 73–86.

29. Christian Phéline, L'image accusatrice, Les cahiers de la photographie, 17 (1985), 13–21 ; Bates Lowry et Isabel Barret Lowry, dir., The Silver Canvas : Daguerreotype Masterpieces from the J. Paul Getty Museum (Los Angeles : The J. Paul Getty Museum, 1998), 112–13.

30. Ernest Lacan, Esquisses photographiques à propos de l'Exposition Universelle et de la guerre d'Orient : Historique de la photographie, développements, applications, biographies et portraits (Paris : Grassart/Gaudin, 1856), 40–41.

31. John Tagg, The Burden of Representation : Essays on Photographies and Histories (Basingstroke: Palgrave Macmillan, 1988), 80. Les porosités entre images scientifiques et images satiriques sont une affaire complexe mais passionnante. Pensons à la manière dont Daumier, dans sa lithographie parue le 31 mai 1832 dans La Caricature et intitulée « Le Charenton ministériel : Différentes monomanies des aliénés politiques », a stigmatisé le personnel politique de la monarchie de Juillet comme une congrégation de malades mentaux. Voir Jan Goldstein, Consoler et classifier : L'essor de la psychiatrie française (Le Plessis-Robinson : Synthélabo, 1997), 210.

Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
12-27
Launched on MUSE
2019-04-23
Open Access
No
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