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  • La bataille de la parité. Mobilisations pour la féminisation du pouvoir par Laure Bereni
  • Victor Marneur
Laure BERENI, La bataille de la parité. Mobilisations pour la féminisation du pouvoir, Paris, Economica, « Études politiques », 2015, 304 p.

Cet ouvrage, tiré d'une thèse, retrace avec précision les étapes qui ont mené à une réforme constitutionnelle et à l'adoption des lois dites « sur la parité en politique » en juin 2000. En offrant une perspective diachronique, le livre saisit l'émergence progressive de l'idée de parité, qui n'est pas apparue soudainement dans les années 1990, et montre le caractère tumultueux et conflictuel de cette histoire.

Comment cette revendication, défendue à l'origine par quelques militantes, qui suscitait le mépris de l'opinion publique et des médias, a pu s'imposer et donner lieu à une réforme constitutionnelle puis à une loi électorale ? Ce paradoxe se pose avec d'autant plus d'acuité que, dès le départ, les mouvements pro-paritaires eux-mêmes ne partaient pas avec les mêmes revendications : certains réclamaient la mise en place contraignante de quotas, alors que d'autres considéraient la parité comme un « horizon souhaitable ». L'idée de parité s'est donc frayé un chemin malgré des dissensions internes, de faibles effectifs militants et une couverture médiatique minime.

L'analyse socio-historique de l'auteure se fonde sur des entretiens, des questionnaires et un corpus d'archives. Elle est construite de manière chrono-thématique, partant des premières revendications paritaires des années 1970, pour finir avec la réforme constitutionnelle de 1999 et le vote de la loi électorale de 2000. Tout au long de la période, les débats mettent aux prises des acteurs issus des quatre pôles qui constituent ce que l'auteure appelle « l'espace de la cause des femmes ». Cette notion englobe le pôle partisan, le pôle étatique, le pôle académique et le pôle « autonome », constitué des mouvements associatifs.

Le livre débute en présentant les premières revendications paritaires des années 1970-1980. De profondes dissensions traversent alors les mouvements de femmes et la cause paritaire est inaudible. Le clivage essentiel se cristallise entre les vieux mouvements de femmes issus du suffragisme de la première moitié du XXe siècle et les mouvements féministes des années 1970, dits de la deuxième vague (non-mixité, refus des discussions avec les institutions), héritiers du Mouvement de libération des femmes (MLF). Si les premiers demandent timidement plus de mixité en politique, les seconds s'opposent à toute idée de parité, sous prétexte que l'inclusion des femmes en politique revient à faire participer les femmes au système patriarcal et contribue ainsi à leur domination. Surtout, militer pour l'inclusion des femmes en politique contredit « le principe d'autonomie du mouvement des femmes » (p. 51). Pourtant, un certain nombre d'initiatives menées par des micromouvements réformistes issus du MLF contribuent à faire émerger la problématique de la représentation politique des femmes. Au Parti socialiste, des revendications pour des quotas intrapartisans voient le jour (« courant G »). Par ailleurs, le pôle académique, d'où commencent à émerger un certain nombre de travaux savants (et plus seulement militants) sur les femmes et la politique (Sineau, Mossuz-Lavau), contribue à construire le « scandale » de l'exclusion des femmes du champ politique. Enfin, des initiatives des Nations unies, à partir des années 1970, évoquent la question de la participation des femmes à la prise de décision.

L'année 1992 constitue une année charnière pour le mouvement de la parité en politique. Aux élections régionales de 1992, pour la première fois, des listes entièrement composées de femmes sont présentées. L'ouvrage fondateur Au pouvoir, citoyennes !, cosigné par Françoise Gaspard, Claude Servan-Schreiber et Anne Le Gall, joue un rôle décisif en rompant avec l'idée controversée de « quotas », qui assimile les femmes à une catégorie sociale, pour imposer le terme de « parité », qui charrie un idéal d...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 182-184
Launched on MUSE
2019-04-11
Open Access
No
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