In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Reviewed by:
  • Usines en textes, écritures au travail. Témoigner du travail au tournant du XXIe siècle par Corinne Grenouillet
  • Xavier Vigna
Corinne GRENOUILLET, Usines en textes, écritures au travail. Témoigner du travail au tournant du XXIe siècle, Paris, Classiques Garnier, « Études de littérature des XXe et XXIe siècles », 2014, 261 p.

À l'automne 2014, Élisabeth Filhol consacra son dernier roman, Bois II, à la fermeture d'une usine dans le centre de la France, avec un patron résolu à tout liquider, et qui subit de ce fait une séquestration 8. Saturé de références usinières et ouvrières, le livre déplie une mobilisation ouvrière, ses difficultés et ses hésitations. Si ce roman ne pouvait appartenir au vaste corpus mobilisé par Corinne Grenouillet, il participe de la mise en texte contemporaine des usines à partir des années 1980 qu'analyse l'auteure, maîtresse de conférences en littérature contemporaine, s'inscrivant pleinement dans l'intérêt croissant des études littéraires pour des textes autour du travail 9. Toutefois, alors que jusqu'ici ces travaux avaient surtout examiné des textes au statut littéraire affirmé et reconnu, et soupesaient leur littérarité, Corinne Grenouillet déplace quelque peu la question en analysant les manières contemporaines d'écrire le travail et d'en témoigner. « Parler de son travail et surtout être entendu suppose […], pour celui qui écrit, de mettre l'écriture au travail » (p. 20). C'est donc ce double mouvement qui est au coeur d'une enquête conduite en huit chapitres. [End Page 161]

Le premier inscrit ces écritures dans l'histoire contemporaine, en pointant en particulier une double inflexion : le rejet littéraire des esthétiques d'avant-garde à partir des années 1980 et le retour au réel, mais également le rôle croissant de l'édition électronique et des blogs. De ce fait, ces textes abordent non plus seulement l'univers ouvrier, mais les services, les administrations et l'ensemble des mondes du travail. À partir des trajectoires biographiques, elle montre ensuite la complexité et les brouillages identitaires qu'induit la pratique conjointe du travail et de l'écriture, d'autant que celle-ci prolonge, voire prend parfois le relais du militantisme syndical et politique. Dès lors, les scripteurs redoutent aussi la réception que leurs camarades de travail peuvent avoir de ces textes. À cette prise d'écriture singulière, l'auteure compare les enquêtes journalistiques, les textes par lesquels un écrivain vient collecter une parole ouvrière, ou les ateliers d'écriture donnant parfois lieu à des pièces de théâtre.

Ce premier balisage opéré, Corinne Grenouillet s'engage ensuite dans un classement thématique distinguant anciens et nouveaux topoï des mondes du travail : on passerait ainsi d'une évocation de la dureté, de la pénibilité, de la grève ou de l'ennui caractéristiques de la condition ouvrière aux nouveaux cadres du monde productif, marqués notamment par la flexibilité, la précarité, le chômage et la désindustrialisation. L'auteure mobilise alors des travaux de sciences sociales, qui viennent éclairer les textes littéraires.

Enfin, toute la dernière partie, assurément la plus riche et la plus instructive pour un lecteur historien, interroge la dimension formelle, plus proprement littéraire, de cette écriture, à partir de trois questions successives : celle des modèles qui président à ces textes ; du travail d'écriture proprement dit et donc de la mise au jour de rhétoriques et de styles ; enfin, de la transcription de l'oralité dans le texte même. Dans ces trois chapitres, l'auteure abandonne l'évocation panoramique pour se concentrer sur quelques textes et auteurs. Ainsi, elle souligne, à juste titre selon nous, le « travail formel indéniable–même s'il est souvent inabouti–et un "projet d'écriture", souvent modeste, deux traits participant d'une certaine littérarité » (p. 166). Mais on comprend mal dès lors sa sévérité à l'endroit du livre Les mains bleues 10, s'interrogeant : « s'agit-il de littérature ? » (p. 162), comme sa dénonciation...

pdf

Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 161-162
Launched on MUSE
2019-04-11
Open Access
No
Back To Top

This website uses cookies to ensure you get the best experience on our website. Without cookies your experience may not be seamless.