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  • L'endettement des étudiants :un cas américain ?
  • Marianne Debouzy

La dette étudiante américaine a atteint en 2018 un niveau record : plus de 1 500 milliards de dollars. Elle est donc devenue une question centrale pour les étudiantes et étudiants, pour les familles, et elle peut poursuivre les débiteurs tout au long de leur vie. Elle met en cause à bien des égards les universités, les États et le gouvernement central, et même les établissements de crédit qui l'exploitent comme marché. Elle fait désormais l'objet d'un manuel universitaire de référence 1.

L'article de Marianne Debouzy que nous publions ici offre une première mise au point sur la constitution de la dette étudiante en problème majeur et pourtant sur le peu de résultats des luttes menées et des projets politiques déposés. Fondé sur des sources imprimées et numériques américaines, il propose un essai de regard historien sur une actualité brûlante. Ne croyons pas que ces questions soient loin de nous. La Grande-Bretagne commence à être atteinte par une montée similaire de la dette étudiante, dont nos collègues relèvent qu'en outre elle peut, comme aux États-Unis, menacer la stabilité financière du pays. En France même, ce type de bulle explosive peut faire réfléchir sur le projet gouvernemental d'augmentation massive des droits d'inscription des étudiants étrangers non communautaires qui a été annoncé par le gouvernement en novembre 2017. Revue d'histoire sociale et culturelle, qui depuis ses débuts s'intéresse à l'histoire des étudiants, nous publions une contribution qui veut ouvrir le débat sur les enjeux ou le prix à payer du rôle devenu essentiel du passage par l'enseignement supérieur pour la vie professionnelle et sociale des personnes dans une société d'inégalités.

La rédaction

Il n'est pas certain qu'on admirerait autant l'enseignement supérieur des États-Unis–mode de vie sur les campus, moyens disponibles, rapports enseignants-étudiants–si l'on connaissait mieux les conditions dans lesquelles des millions d'étudiants poursuivent leurs études. Nous manque, en effet, souvent une vision d'ensemble du système universitaire, du fait que les universités privées de l'élite connues à l'étranger (Harvard, Princeton, Yale…) ne représentent qu'un très faible pourcentage de l'ensemble des établissements, mais qu'elles jouent un rôle éminent dans la formation de ceux qui détiendront le pouvoir économique, politique et social dans le pays.

Il y avait en 2016 environ 22 millions d'étudiants aux États-Unis 2. Les undergraduates préparant en quatre ans un BA (Bachelor of Arts) ou un BSc (Bachelor [End Page 125] of Science) étaient 18,85 millions ; les graduates, poursuivant des études avancées, 3,23 millions. Le statut des établissements (publics ou privés, civils ou militaires, religieux ou non) et leur qualité, de même que les filières et États dans lesquels ils sont inscrits, diffèrent fortement, autant que l'origine des bourses (grants, scholarships) dont ils sont nombreux à bénéficier. Mais les deux tiers sont endettés.

Depuis les années 1960 en effet, de plus en plus d'étudiants américains se sont mis à acheter à crédit des parcours d'études 3 ; dès lors, la dette étudiante n'a cessé de croître 4. Dans les années 1980, l'endettement annuel des étudiants américains avait déjà quintuplé par rapport à la décennie précédente. Au cours des trois dernières décennies, cet endettement a de nouveau quintuplé, avec en particulier une considérable augmentation dans les années 2000–au point que la dette étudiante dépasse en 2010 la dette des cartes bancaires et des crédits automobiles pour atteindre, selon la Federal Reserve Bank de New York, 1 000 milliards en 2013.

Plus largement, selon des statistiques officielles de 2017, 44,2 millions d'Américains, toutes générations confondues, ont une dette étudiante ; ce qui représente un montant total de 1 450 milliards de...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 125-141
Launched on MUSE
2019-04-11
Open Access
No
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