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  • Qui était Denis Szabo, ce Hongrois fondateur de la criminologie québécoise ?
  • Maurice Cusson

Le 13 octobre 2018, Denis Szabo, père de la criminologie au Québec mourait d’une pneumonie à Magog. Les criminologues se souviennent de lui avec émotion et gratitude : sans lui, la criminologie québécoise n’existerait peut-être pas. Il fut le fondateur de l’École de criminologie de Montréal, de l’Association internationale des criminologues de langue française et de plusieurs autres institutions. Esprit encyclopédique, homme attachant, original, controversé, il fut couvert d’honneurs. Mais qui était ce personnage hors du commun ? Comment ce Hongrois fraîchement arrivé ici réussit-il à créer un département universitaire ?

1929–1945. Forte tête et esprit encyclopédique

Denis Szabo est né à Budapest en 1929 d’une mère vive, entourée d’amis et d’un père officier de gendarmerie tolérant, libéral, grand lecteur et de vaste culture. Denis puise tôt dans les très nombreux livres de son père. Et il devient vite, dit-il, un rat de bibliothèque. De 10 ans à 16 ans, il est interne dans une école de cadets qui recevait les enfants des officiers de l’armée et de la gendarmerie hongroise. La discipline y était militaire et tatillonne : tout ce qui n’était pas expressément autorisé était interdit, raconte-t-il. Il se révéla joyeux drille, bavard, remuant, blagueur, provocateur, impertinent, insoumis. Un profil pas vraiment du goût des enseignants : « J’étais un des plus punis de la classe. » (Fournier 1998, 16)

Quand éclate la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement hongrois, en position de faiblesse, n’a d’autre choix que de se rallier aux Allemands, donc de se soumettre à Hitler. Et nombreux sont les Hongrois devenus nazis qui participeront à l’extermination de leurs compatriotes juifs. Puis, à partir des dernières années de la guerre, la Hongrie devient un champ de bataille. Budapest subit des destructions massives. La maison familiale des Szabo est incendiée. Encore à l’école militaire, Denis suit les événements en ayant soif de comprendre. Alors que la Hongrie était encore nazie, il écrit ceci dans le petit journal de l’école : [End Page 8] « cette guerre n’est pas notre guerre. » Il entendait par là que les Hongrois avaient fait une grave erreur en se ralliant à l’Allemagne nazie. Cet article lui attire une vive remontrance. On l’accuse d’être défaitiste, ce qui était, dans ce milieu, une grave accusation. Ainsi, dès 16 ans, il s’affirme comme un esprit indépendant, rebelle, lucide et ayant son franc-parler.

1946–1949. Il fuit le totalitarisme

Après l’école militaire, c’est le retour à Budapest, ville dévastée. Denis Szabo se retrouve à l’université. Il suivra des cours de sociologie avec le professeur Szalai, social-démocrate qu’il admire et qui sera bientôt emprisonné des années durant. Il assiste à la prise du pouvoir par les communistes qui entreprennent d’éliminer méthodiquement de l’université les étudiants qui n’étaient pas d’origine prolétarienne. Denis Szabo dira 50 ans plus tard à Marcel Fournier : « Durant la guerre, les nazis hongrois ont exterminé la moitié des juifs et, après la guerre, des socialistes hongrois devenus communistes ont supprimé ceux qui ne pensaient pas comme eux. » C’est ainsi qu’il apprend à détester tous les totalitarismes : « J’ai été vacciné très jeune, et à jamais, contre le volontarisme prométhéen. Il avait été d’inspiration nationale ethnique avant 1945 et sera marxistesocialiste-communiste après » (Fournier 1998, 42).

Voyant les communistes arrêter et incarcérer les « ennemis du peuple », l’étudiant Szabo en tire vite la conclusion : bientôt ce sera mon tour. Il avait compris qu’un jeune homme comme lui, indiscipliné, indépendant et incapable de cacher son aversion pour le marxisme-léninisme, ne ferait pas vieux os en Hongrie. En février 1949, avec deux de ses amis, il prend le train en direction de l’Autriche. De là, ils prennent un autobus. Ils sont chanceux : les gardes-frontières russes n...

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Additional Information

ISSN
1911-0219
Print ISSN
1707-7753
Pages
pp. 8-14
Launched on MUSE
2019-03-15
Open Access
No
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