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  • Le genre de l'OIT. Place des femmes dans les organes représentatifs, hiérarchie sexuée des emplois et politiques genrées de justice sociale
  • Françoise Thébaud

L'étude des organisations internationales s'est profondément renouvelée ces dernières décennies, notamment celle de l'Organisation internationale du travail (OIT) dont le centenaire sera célébré en 2019. Ce renouvellement s'appuie sur la consultation des archives historiques de l'institution – et pas seulement sur les sources imprimées qu'elle a produites – et mobilise en particulier deux problématiques récentes, parfois croisées, qui questionnent à nouveaux frais ses origines et son fonctionnement, la perméabilité au monde qui l'entoure, son leadership et les effets réels des politiques adoptées. D'une part, les approches globales et transnationales inscrivent l'OIT dans la diversité du monde et s'intéressent aux circulations et transferts des idées, des personnes et des savoirs, ainsi qu'aux réseaux internationaux qui la constituent, l'appuient ou la critiquent. D'autre part, la problématique de genre, entendu comme la construction sociale de la différence des sexes et les rapports de pouvoir qui en découlent, questionne la place respective des hommes et des femmes dans toutes les instances de l'Organisation, la construction différenciée des catégories de travailleur et travailleuse, la dimension sexuée de la législation internationale du travail qui entend instaurer la justice sociale.

Initiés, après la thèse de Melitta Budiner sur la Convention n° 100 concernant l'égalité de rémunération1, par l'ouvrage synthétique publié en 1990 par Anne Winslow et Carol Riegelman Lubin2, les travaux sur le genre de l'OIT sont encore peu nombreux. Citons notamment un ouvrage collectif issu d'un colloque qui aborde de nombreux aspects3, et la monographie que je viens d'achever sur la figure de Marguerite Thibert (1886-1982), « grande dame du BIT » (Bureau international du travail), cheffe du petit service du travail des femmes et des enfants dans les années 1930, experte envoyée aux quatre coins du monde après la Seconde Guerre mondiale4. [End Page 93]

Inaugurée le 9 juin 1931 en présence du directeur, Albert Thomas, et des délégués des quarante pays qui participent à la 15e session de la Conférence internationale du travail (CIT), la fresque de Maurice Denis offre un bon point de départ. Installée à l'entresol de l'escalier d'honneur du bâtiment du BIT récemment construit, elle témoigne certes, comme l'a montré Bernard Delpal, de l'influence croissante du syndicalisme chrétien auprès de l'OIT5. Intitulée La Dignité du travail et offerte par la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC), elle fait pendant au don antérieur de la Fédération syndicale internationale, un panneau de céramique de Delft bien visible au premier étage du bâtiment. Concurrents mais convergents en termes de genre, ces deux éléments de décor disent aussi implicitement le caractère longtemps masculin de l'Organisation de Genève. Le plus ancien présente en son centre un bâtisseur aux muscles virils, entouré d'un extrait en quatre langues du texte fondateur de l'OIT6. Outre Marie qui, quenouille à la main, regarde Jésus avec admiration, la fresque met en scène peu de personnages féminins, dont un seul semble appartenir au monde de l'usine. Nombreux, les hommes sont des travailleurs au torse nu proéminent ou en costume de travail, ainsi que des syndicalistes, tels Jos Serrarens et Gaston Tessier, respectivement secrétaires généraux de la CISC et de la Confédération française des travailleurs chrétiens, par ailleurs délégués à de nombreuses reprises aux CIT.

Le genre de l'OIT : le sujet est immense et ne peut être traité de façon exhaustive dans le cadre imparti. Si les pages qui suivent se focalisent sur les deux premières décennies de l'Organisation, elles usent de diverses chronologies et...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 93-108
Launched on MUSE
2018-09-28
Open Access
No
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