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  • Femmes britanniques et pratiques internationales de justice sociale dans la première moitié du XXe siècle
  • Olga Hidalgo-Weber

En 1918, les femmes britanniques obtiennent le droit de vote et le droit d'être élues au Parlement grâce à l'adoption de deux lois : le Representation of the People Act et le Parliament (Qualification of Women) Act1. L'obtention de la plénitude de leurs droits politiques légitime désormais, en théorie, la possibilité d'initier des réformes sociales depuis les sphères du pouvoir politique. La conservatrice Lady Nancy Astor (1879-1964) a l'honneur d'être la première femme à siéger à la Chambre des communes en 1919, car la comtesse Constance Markiewicz (1868-1927), première élue, est une nationaliste irlandaise alors en prison2. Comme plusieurs autres parlementaires britanniques de sa génération, Lady Astor utilise sa fonction pour défendre des réformes en faveur des femmes et des enfants3. Si l'historiographie rend compte des difficultés pour les femmes de cette époque à obtenir des postes d'influence et à faire entendre leurs revendications sur la scène nationale4, en revanche le lien entre émancipation politique des Britanniques et carrière internationale a été moins étu-dié5. Cet article expose comment certaines femmes déplacent leur militantisme sur la scène internationale, à l'Organisation internationale du travail (OIT), espérant y trouver des moyens plus appropriés pour promouvoir la justice sociale inscrite par l'Organisation dans sa constitution.

Dans l'entre-deux-guerres, une partie du mouvement féministe britannique abandonne les méthodes radicales des suffragettes pour se tourner vers l'arène législative. Ces femmes mobilisées revendiquent des réformes dans plusieurs domaines comme, par exemple, l'égalité des droits du travail, la situation des mères célibataires et de leurs enfants, celle des veuves avec enfants à charge, la tutelle des enfants, les allocations familiales, l'égalité des salaires et l'information à la contraception. Les rares élues au Parlement (jamais plus de quinze femmes jusqu'en 1945) dépassent les querelles partisanes pour former des comités parlementaires qui servent de relais à leurs campagnes de réformes sociales. Les études historiques des années 1980 et [End Page 77] du début des années 1990 dressent un bilan sévère des actions féministes de cette période, en estimant que les femmes ont réussi à obtenir des conservateurs le vote d'un certain nombre de lois uniquement dans les domaines qui les enferment dans leur rôle de mère et d'épouse6. Les recherches plus récentes tendent à réévaluer la période de l'entre-deux-guerres, afin de valoriser au contraire le dynamisme des mouvements féministes sur la scène nationale7. Mon étude, en faisant un détour par l'international, s'inscrit dans ce renouveau. Certaines thématiques sociales dont les femmes britanniques se préoccupent sont en effet traitées par l'OIT et la Société des Nations (SDN) dans l'entre-deux-guerres. En raison des barrières de genre encore très présentes et des possibilités d'influence limitées sur la scène nationale, ces femmes peuvent être tentées par l'international et ce d'autant plus que l'OIT produit de nombreuses normes dans cette période. Grâce à l'existence d'associations internationales de femmes, elles expérimentent le lobbying sur une vaste échelle. De quelles manières et dans quelle mesure réussissent-elles à s'emparer des avantages procurés à cette autre échelle pour faire pression sur les gouvernements ? Cet article examine les opportunités offertes aux femmes britanniques par les nouvelles organisations créées à Genève, l'OIT et la SDN, pour peser sur les affaires internationales8.

L'usage des archives de ces institutions offre un regard complémentaire sur les difficultés rencontrées par les femmes britanniques dans leur volonté d'apporter leur expertise en matière de justice sociale au niveau national et international. Cette contribution prend également place dans la nouvelle approche globale et transnationale des organisations internationales9. Celle-ci inscrit...

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Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 77-92
Launched on MUSE
2018-09-28
Open Access
No
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