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  • « Par » :Barthes et Hugo par eux-mêmes
  • Abigail RayAlexander (bio)

Dans « La mort de l'auteur » (publié en traduction anglaise en 1967 et en français en 1968), l'auteur, Roland Barthes, minimise le nom de l'auteur. Les mots comme « auteur », « scripteur », « écrivain », « écriture », et « texte » étaient alors l'objet d'une intense polémique critique et théorique. Mais « La mort de l'auteur » est également une problématisation de la préposition paratextuelle « par ».

Dans son article, Barthes associe la figure ancienne, l'Auteur avec un « A » majuscule, la figure à laquelle il faut résister et qu'il faudrait désacraliser, avec Dieu, de plusieurs manières. Il va jusqu'à créer un nom propre composé de ces deux noms rendus propres grâce aux lettres majuscules et liés avec un trait d'union, L'Auteur-Dieu1 :

Nous savons maintenant qu'un texte n'est pas fait d'une ligne de mots, dégageant un sens unique, en quelque sorte théologique (qui serait le « message » de l'Auteur-Dieu), mais un espace à dimensions multiples, où se marient et se contestent des écritures variées, dont aucune n'est originelle : le texte est un tissu de citations, issues des milles foyers de la culture.

(OC III 43) [End Page 812]

Avec cette proposition, Barthes hypertrophie et met en relief la sacralisation de l'auteur. L'auteur avec « A » majuscule est comme le nom de l'auteur. Libérer le lecteur de la figure de l'Auteur et du nom majuscule de l'auteur est comparable à être libéré de Dieu (et du Critique) :

Donner un Auteur à un texte, c'est imposer à ce texte un cran d'arrêt, c'est le pourvoir d'un signifié dernier, c'est fermer l'écriture. Cette conception convient très bien à la critique, qui peut alors se donner pour tâche importante de découvrir l'Auteur (ou ses hypostases : la société, l'histoire, la psyché, la liberté) sous l'œuvre : l'Auteur trouvé, le texte est « expliqué », le critique a vaincu ; il n'y a donc rien d'étonnant à ce que, historiquement, le règne de l'Auteur ait été aussi celui du Critique, mais aussi à ce que la critique (fût-elle nouvelle) soit aujourd'hui ébranlée en même temps que l'Auteur.

(OC III 44)

Ébranler la figure de l'Auteur permet de faire naître la manifestation de l'écriture multiple :

Dans l'écriture multiple, en effet, tout est à démêler, mais rien n'est à déchiffrer ; la structure peut être suivie, « filée » (comme on dit d'une maille de bas qui part) en toutes ses reprises et à tous ses étages, mais il n'y a pas de fond ; l'espace de l'écriture est à parcourir, il n'est pas à percer ; l'écriture pose sans cesse du sens mais c'est toujours pour l'évaporer : elle procède à une exemption systématique du sens.

(OC III 44)

Barthes propose une sorte de libération théologique dans la reconnaissance de l'écriture et de ce que cette notion libère comme lecture :

Par là même, la littérature (il vaudrait mieux dire l'écriture), en refusant d'assigner au texte (et au monde comme texte) un « secret », c'est-à-dire un sens ultime, libère une activité que l'on pourrait appeler contre-théologique, proprement révolutionnaire, car refuser d'arrêter le sens, c'est finalement refuser Dieu et ses hypostases, la raison, la science, la loi.

(OC III 44)

S'il n'y a pas d'auteur, ou s'il n'y a pas de figure liée au texte ou au monde comme source, si l'on ne trouve pas de nom propre après le mot « par » (comme dans ces formulations qui désignent création et signature : « le monde par Dieu », « l'œuvre par l'Auteur »), on met un vide de l'autre côté de la préposition « par », mot que l'on peut alors considérer comme un trait d'union. La préposition « par » et le trait d'union servent à unir et à séparer en même temps. Est...

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Additional Information

ISSN
1080-6598
Print ISSN
0026-7910
Pages
pp. 812-820
Launched on MUSE
2017-12-22
Open Access
No
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