In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Reviewed by:
  • La Guerre froide vue d’en bas by Philippe BUTON, Olivier BÜTTNER, Michel HASTINGS
  • Vanessa Codaccioni
Philippe BUTON, Olivier BÜTTNER et Michel HASTINGS (dir.). – La Guerre froide vue d’en bas, Paris, CNRS Éditions, 2014, 381p.

La Guerre froide vue d’en bas, issu d’un colloque organisé en 2013 et rassemblant vingt contributions, ambitionne de porter de « nouveaux regards » sur cette période en en proposant une approche à la fois localisée et soucieuse des représentations des acteurs. Il s’agit d’envisager ce que la guerre froide fait aux territoires et, en retour, d’observer la manière dont s’en jouent des appropriations différenciées selon les configurations locales, permettant ainsi de saisir les effets des relations internationales sur la vie politique locale mais aussi de l’appréhender par les pratiques et les discours des habitants des communes, des départements ou des villages.

La première partie, « Maintenir l’ordre », revient sur le Parti communiste français (PCF) comme figure type de l’ennemi-intérieur, l’influence de la conflictualité internationale sur sa perception par les institutions et les acteurs répressifs (les services de renseignement, la Préfecture de police de Paris, le ministère de l’Intérieur), et la répression concrète de ses membres ou sympathisants par la multiplication des procédures judiciaires et des projets de loi. Analysé sous des angles originaux et par des approches méthodologiques parfois spécifiques comme la comparaison, c’est principalement le communisme français « vu d’en haut », ou tout au moins par des acteurs impliqués dans la défense de l’État, qui s’y donne à voir.

Olivier Büttner et Annie Martin analysent, à travers de multiples rapports des Renseignements généraux notamment, les représentations de l’ennemi intérieur communiste par la Défense intérieure du territoire et la manière dont elles façonnent une guerre fictive contre les membres du Parti. On y voit l’importance attachée par les services de renseignements aux effectifs du PCF, à ses caches d’armes, à son « dispositif de bataille » (p. 28) et, plus encore, à son implantation départementale. De véritables « missions » ou exercices, bien que contraints par la guerre d’Algérie à partir de 1956, sont dès lors coordonnés pour lutter contre la « subversion communiste », application directe des théories de la guerre dite « subversive » qui passe prioritairement par la recherche de renseignements et l’action psychologique. Pascal Girard quant à lui compare « la peur du rouge » en France et en Italie pour saisir la spécificité française en matière de représentations du danger communiste. D’un côté, des discours alarmistes sur la menace communiste se développent dans les deux pays à partir de 1947, entraînant un redéploiement similaire des dispositifs de la lutte anticommuniste tels l’investissement personnel des ministres de l’Intérieur, les projets de loi en cas de périls graves ou la focalisation sur « l’étranger », qu’il soit d’Europe de l’Est, d’Espagne, etc. Pour autant, d’un autre côté, la perception du danger communiste en Italie apparaît singulière, car « plus précoce, plus intense et plus durable qu’en France » (p. 48), à la fois en raison des différences entre le PCF et le PCI (ce dernier plus marqué par la répression et la clandestinité, plus militarisé), la conflictualité historique différentielle des rapports politiques et sociaux et la proximité géographique de l’Italie avec les pays de l’Est. Le cas des étrangers criminalisés au regard de leur supposée complicité avec le PCF ou de leur assimilation « aux rouges », polonais et espagnols surtout, est approfondi dans l’étude d’Hélène Chaubin. Néanmoins, c’est plutôt sur leur implantation locale et sur leur mode de sociabilité, associatif surtout, que se penche l’auteure, montrant comment dans le sud de la France pour les Espagnols, à Paris, dans le Centre et le Nord-Pas-de-Calais pour les Polonais, les exilés politiques se socialisent et se mobilisent en faveur de la démocratie dans...

pdf

Additional Information

ISSN
1961-8646
Print ISSN
0027-2671
Pages
pp. 177-181
Launched on MUSE
2017-12-02
Open Access
No
Back To Top

This website uses cookies to ensure you get the best experience on our website. Without cookies your experience may not be seamless.