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Reviewed by:
  • Jeunes et djihadisme. Les conversions interdites by Denis Jeffrey et al.
  • Maria Mourani
Jeffrey, Denis, Jocelyn Lachance, David Le Breton, Meryem Sellami et Jihed Haj Salem, Jeunes et djihadisme. Les conversions interdites, Québec: Presses de l'Université Laval, 2016, 206 p.

Ce livre est un collectif de plusieurs chercheurs issus du milieu de la sociologie et de l'anthropologie. Il se subdivise en quatre chapitres. Dans le premier chapitre intitulé La radicalisation des jeunes djihadistes, Denis Jeffrey, aborde, pêle-mêle, superficiellement, différentes thématiques – le terrorisme, le salafisme, les croisades, la laïcité, l'intégration des minorités religieuses, etc. – gravitant autour du djihad avec l'objectif louable de tenter de comprendre ces jeunes qui vont rejoindre Daech. À partir d'un état partiel des écrits, essentiellement francophones, l'auteur va d'une série d'affirmations inférant une image monolithique du djihadiste, en l'occurrence, celle de jeunes adhérant « … volontairement … à une narration identitaire unique [celle de Daech] » (p. 62) et affublés « … [d'une] puissante addiction à la violence » (p. 27).

Dans le second chapitre, David Le Breton brosse le tableau d'une jeunesse, majoritairement masculine, en quête identitaire et qui, par Le djihadisme comme rite de virilité, se redéfinit à une masculinité toute-puissante. En adhérant à un islam radical – promulguant une vision manichéenne du monde où les ambiguïtés et les doutes n'ont plus cours –, ces jeunes trouvent ainsi une réponse à leur sentiment d'insignifiance et d'infériorité. Ils se bâtissent un nouveau soi en devenant membres d'une « élite » œuvrant pour la gloire de Dieu. Confrontés à l'individualisation de nos sociétés contemporaines, les djihadistes recherchent, comme tout individu, une forme de reconnaissance qui les inscrira à la postérité et donnera un sens à leurs existences. Aux dires de l'auteur, ceux-ci présentent donc certaines ressemblances avec les assassins des tueries scolaires, notamment, par leur manque d'empathie envers les victimes, leur haine de la société dans laquelle ils vivent et leur désir d'immortalité par la mort. « Tuer [ou/et mourir en martyr devient alors]… une manière d'exister de manière grandiose et d'entrer enfin par effraction dans la reconnaissance sociale » (p. 77). Les actes de cruauté (torture, meurtre, viol, etc.), le martyre, la déshumanisation de l'autre et la mort visent alors à inscrire le djihadiste à la postérité (ou à faire peur) et instituer sa virilité.

Dans le troisième chapitre de cet ouvrage, intitulé Conversion djihadiste des jeunes en Tunisie postrévolutionnaire: altérité, corporalité et spatialité, Meryem Sellami et Jihed Haj Salem analysent les mécanismes de la radicalisation et de son ancrage dans le corps des acteurs par les pratiques et les rituels de jeunes djihadistes Tunisiens. À partir d'une enquête ethnographique réalisée de mai 2013 à décembre 2014, dans des quartiers marginalisés de Tunisie, les auteurs décrivent la constitution progressive du sur-musulman – une identité prenant ancrage « … d'abord dans le corps à travers de nouveaux codes affichés par les jeunes djihadistes dans des espaces d'activisme… » (p. 130) – un processus d'affirmation de soi qui s'inscrit paradoxalement par une négation de l'autre et une disparition du soi. Les auteurs relèvent de nouvelles pratiques quotidiennes chez ces jeunes, notamment dans le mode vestimentaire, la visagéité (concept emprunté à Deleuze et Guattari pour qui le visage est une carte, l'expression de la subjectivité), l'odeur, la gestualité, l'empreinte d'un pseudonyme, la temporalité, la ponctuation du langage et l'habilitation physique. Les espaces de conversion djihadiste sont autant des réseaux de prosélytisme (les tentes, les rencontres, les tournées, les sessions scientifiques, l'apprentissage du Coran, l'isolement) que d'endoctrinement idéologique. La radicalisation djihadiste revient alors à un processus de conversion où l'acteur expérimente des transformations qui le structurent et dont les pratiques engendrent des actes au moyen d'un ensemble de techniques, dont celles du corps.

Le terrorisme en images. Les adolescents sont-ils des victimes? est le dernier chapitre du livre. Jocelyn Lachance porte son regard sur le rôle des...

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Additional Information

ISSN
2292-3586
Print ISSN
0003-5459
Pages
p. 330
Launched on MUSE
2017-11-08
Open Access
No
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