Margot la ravaudeuse par Fougeret de Monbron by trad. et éd. Édouard Langille (review)
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Margot la ravaudeuse par Fougeret de Monbron, trad. et éd. Édouard Langille Cambridge: MHRA, 2015. vi+70pp. £10.99;US$17.50;€13.99. ISBN 978-1-78188-189-7.

Les traductions anglaises de la littérature libertine du xviiie siècle français se sont enrichies d'un nouvel ouvrage: Margot la ravaudeuse de Fougeret de Monbron. L'heureuse initiative provient d'Édouard Langille qui, avec son introduction et ses notes explicatives, remet à portée de tout lecteur anglophone la verve de Monbron. Insoumis, rebelle, l'auteur fut incarcéré à deux reprises pour ses écrits érotiques. Premier traducteur du roman de John Cleland sur la prostitution—Fanny Hill—Fougeret décide de se frayer un chemin et se faire un nom dans la République des Lettres; il publie ses propres textes libertins, dont Margot la ravaudeuse (1750), traduit en plusieurs langues européennes (5).

L'intérêt de ce court roman réside moins dans son intrigue que dans les thèmes exposés, représentatifs de ce courant de liberté qui envahit petit à petit le xviiie siècle. Le lecteur suit les diverses péripéties de [End Page 694] Margot dans son métier de prostituée. Pour en finir avec une enfance misérable, la jeune fille s'enfuit du taudis familial. Après un bref passage, sorte de noviciat, dans une maison de prostitution dirigée par Mme Florence, elle vit quelque temps avec un chanoine de Saint-Nicolas avant de se retrouver chez Mme Thomas, une entremetteuse qui entretient un commerce clandestin avec un frère quêteur de l'ordre séraphique de St-François. Ce frère Alexis sera à la fois le directeur de Margot, son amant et son proxénète: il la fait admettre dans la troupe des filles de l'Opéra, source de revenus si l'on y agit adroitement. C'est cette « protection » du frère Alexis, dit-elle, qui la tirera de la poussière et sera sa première source d'opulence. En effet, grâce à quelques amants soigneusement choisis parmi les habitués de l'Opéra—financiers, membres du clergé, juges, diplomates—Margot amassera une coquette somme et connaîtra, de ce fait, une ascension sociale; elle finira par s'installer à son compte comme courtisane et tirera même sa mère de la déchéance.

Langille explique, dans son introduction, ce libertinage érotique voire pornographique et montre l'influence d'autres écrits de l'époque, notamment celle de Fanny Hill de Cleland et de Thérèse philosophe de Boyer d'Argens (8–11). De ce fait, Margot la ravaudeuse assurerait une sorte de trait d'union entre les littératures libertines anglaise et française (11). Il expose aussi le caractère mercantile de la prostitution dans le roman, l'objectif de Margot étant de sortir de la misère dont elle est issue et de se forger un avenir meilleur. En effet, plus la jeune fille peut escroquer ses amants et soutirer leur fortune, plus elle joue la comédie de l'amour; parce que ses relations charnelles selon le bon plaisir de vieillards libidineux, obsédés par des jouissances obscènes variées, sont en réalité dénuées de tout sentiment, sinon de l'aversion pour ses partenaires. « Unconstrained by moralising, Margot speaks the language of commerce, not love » (12).

Margot a également ceci de particulier: contrairement au schéma classique de la prostituée prise dans l'étau de sa condition—Monbron innove en ce sens—Margot décide d'arrêter la profession dès qu'elle réalise la somme nécessaire qui lui assurera un niveau de vie respectable. La recherche de sa mère, lorsqu'elle aura un chez-soi, et le resserrement de ses liens familiaux agiront en société comme un facteur supplémentaire d'honorabilité. Monbron fait de Margot une femme « serene, happy, and rich » (12).

Ce genre littéraire, rappelle Langille, après avoir été longtemps interdit de lecture ou encore vendu sous le manteau, a été réhabilité et réédité seulement dans les ann...


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