L'Orientale allégorie: Le conte oriental au xviiie siècle en France (1704–1774) by Jean-François Perrin (review)
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L'Orientale allégorie: Le conte oriental au xviiie siècle en France (1704–1774) par Jean-François Perrin Paris: Honoré Champion, 2015. 310pp. €60. ISBN 978-2-7453-2956-1.

Après avoir édité plusieurs textes appartenant au corpus du conte oriental à la française et avoir publié maintes études s'y rapportant, notamment dans la revue Fééries dont il fut le cofondateur en 2003, Jean-François Perrin propose aujourd'hui un ouvrage orienté vers la synthèse, une étude du genre, menée depuis sa naissance en 1704 avec Les Mille et une nuits d'Antoine Galland, jusqu'en 1774, date de la publication du Taureau blanc de Voltaire.

Dans son introduction, l'auteur insiste sur la dichotomie du corpus. Une veine didactique, où s'illustrent notamment Pétis de La Croix, Bignon et Gueullette, est fondée sur l'imitation des Contes arabes de Galland et tire son information et son inspiration du savoir orientaliste disponible (Bibliothèque orientale de Barthélemi d'Herbelot, relations de voyage, traductions des « Jeunes de langues » déposées à la Bibliothèque royale) comme de la tradition littéraire européenne dont on sait qu'elle avait d'ailleurs depuis le Moyen Âge intégré des récits orientaux; une seconde lignée, représentée au premier chef par Hamilton et Crébillon fils, s'ancre dans le registre parodique; cette veine ironique et satirique, où perce l'esprit des Lumières, cultive l'allégorie: d'où le titre d'« Orientale allégorie » donné à l'ouvrage par l'auteur, qui emprunte l'expression à Hamilton (14); un procédé dont usent également, selon lui, « en mineur », les écrivains se conformant au modèle fourni par Galland. Perrin tient aussi en introduction à se démarquer assez nettement de la thèse d'Edward W. Said qui, dans un célèbre ouvrage, proclama [End Page 689] que l'Orient dont s'occupaient les orientalistes était une fabrication de l'Occident, une accusation s'appliquant mal à des écrivains soucieux de transmettre une connaissance bien documentée sur un monde qui échappait alors presque totalement à la domination européenne.

L'histoire du conte oriental à la française, située à un moment marqué par la crise des formes romanesques, fait l'objet de la première partie, « Genèses ». Les Mille et une nuits de Galland suscitent d'emblée des « imitations » qu'illustrent les Mille et un jours (1710–12) de Pétis de La Croix, Les Aventures d'Abdallah (1712–14) de l'abbé Bignon ou Les Mille et un quarts d'heure (1715) de Gueullette. L'un de leurs traits génériques les plus caractéristiques est l'encadrement des récits, opéré suivant des formules d'enchâssement parfois rénovées. La référence savante insérée en paratexte en est aussi un autre marqueur. Gueullette innove, par ailleurs, en introduisant des formes de dialogisme. Entre 1730 et 1760, la lignée satirico-parodique rencontre un franc succès, dès que sont publiés les ouvrages d'Hamilton (Le Bélier, Histoire de Fleur d'épine, Les Quatre Facardins, 1730–31) composés plus d'une vingtaine d'années auparavant: l'auteur, dont le projet est la « démolition des codes reçus du conte merveilleux » (78), trouve dans les Contes arabes une inspiration féconde. Crébillon développe une dimension licencieuse dans des textes visant aussi à la critique politique (Tanzaï et Néadarné, 1734; Le Sopha, 1742). Perrin voit enfin dans les contes orientaux de Voltaire (Zadig, 1745; La Princesse de Babylone, 1768; Le Taureau blanc, 1774) une synthèse des courants mimétique et satirique; étant élaborés dans une perspective polémique, ces contes philosophiques activent, selon lui, une mécanique répétitive.

La deuxième partie propose une étude des questions de « Poétiques » à travers l'examen successif d'œuvres de quatre auteurs différents. Remettant en cause la féérie orientale, l'ironie pratiquée par Hamilton trouve son origine dans des collages réintroduisant l'antique dans le moderne alors en faveur, tout comme dans...


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