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  • Communauté et environnement dans la fiction océanienne contemporaine (pêle-mêle sur quelques récits d'Albert Wendt, Alexis Wright, Patricia Grace, Chantal Spitz et Déwé Gorodé)
  • Lambert Barthélémy

Because I've always known that land can love its people and always understood the reciprocity between people and land.

—Patricia Grace, Mutuwhenua, The Moon Sleeps

La fiction produite depuis la fin des années 60 dans l'espace océanien (Pacifique insulaire, Australie, Nouvelle-Zélande)1 est profondément informée par des problématiques de nature mémorielle, sociale, économique, politique et linguistique—en quoi elle apparaît, dans sa globalité, comme une littérature post-coloniale, se définissant contre les poétiques et les agencements issus des métropoles coloniales, même après la chute des empires.2 Par un intense jeu de déconstruction engagé sur les fictions exotiques, les savoirs disparates qui les nourrissent3 et leurs mythologies constitutives—pour l'essentiel les mythologies de la naturalité et de l'égalité (Éden, Bon Sauvage, Nouvelle Cythère, etc.)—, elle témoigne schématiquement d'un projet de relecture de l'histoire de la modernité, du colonialisme, des discours anthropologiques et des formes littéraires et artistiques qui les ont étayés, tout en formulant diverses tentatives de réappropriation des cultures autochtones, ou en s'efforçant d'élaborer une forme de synthèse culturelle dans, ou par laquelle, il serait possible de repenser les usages du monde et les modalités de constitution des communautés privées (amoureuses, familiales) ou étendues (ethnie, nation), à partir du double héritage autochtone et occidental. C'est ainsi d'abord une histoire humaine (c'est-à-dire sociale) qui occupe le cœur des récits océaniens—celle des dominations, [End Page 268] des luttes, des compromissions et des corruptions, celle, souvent, des diasporas, des exils et de leurs contre-mouvements, des dépaysements ou des réinventions, celle des « communautés morales »4 qui se maintiennent ou se lézardent, celle encore des déchirements internes aux communautés d'appartenance, dus, pour l'essentiel, aux tensions intergénérationnelles et à la question du mariage exo-communautaire5 ; mais c'est aussi celle des diverses conjonctions possibles, des négociations identitaires et culturelles, de l'engagement plus ou moins réciproque des communautés les unes envers les autres, des individus envers les différentes communautés auxquelles ils se trouvent confrontées (par l'expérience diasporique notamment) et/ou envers les espaces naturels au sein desquels ils vivent—histoire qu'accompagnent des entreprises de re-négociation de l'oralité dans le cadre d'une culture littéraire écrite qui engendrent de nombreuses stratégies d'hybridation générique, stylistique, linguistique dans ces textes—exemplairement dans ceux de Sia Figiel.6

Je n'ai nullement l'ambition de considérer la question de l'emprise coloniale dans toute son ampleur, mais, bien plus modestement, d'envisager quelques uns des effets de rémanence de cette emprise d'un point de vie territorial et environnemental.7 Car si l'histoire humaine est au cœur des récits, elle est aussi histoire des usages (et des usages contradictoires entre ancestralité et modernité) de l'espace et elle peut, en tant que telle, être éclairée à partir de l'histoire environnementale. Par ailleurs, je rappellerai, pour simple mémoire, l'importance de la signification spirituelle et identitaire de la terre dans les cultures autochtones, ce qui rend réellement native la conjonction entre communauté et environnement, ou entre préoccupation sociale et engagement écologique. La fiction océanienne construit souvent l'espace social et politique à partir d'un ancrage dans un lieu subjectif ou mémoriel, ce qui tend naturellement à privilégier une dimension personnelle du lieu, un enracinement physique et mental dans le lieu d'origine, une certaine densité spatiale du vécu qui s'illustre souvent, j'y reviendrai, par une tendance à la description dynamique, riche et détaillée de l'environnement. Divergeant de ce qui pourrait constituer le courant dominant du nature writing, l'évocation de la nature dans le récit océanien...

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Additional Information

ISSN
1913-9659
Print ISSN
0319-051X
Pages
pp. 268-281
Launched on MUSE
2017-06-08
Open Access
No
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