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  • Entretien avec John Taylor,1 traducteur de Georges Perros
  • Philippe Met
Philippe Met:

Comment avez-vous découvert l'œuvre de Georges Perros?

John Taylor:

Par un poème de Jacques Réda, "Escale à Douarnenez,"2 où il évoque longuement une visite chez Perros et son amitié avec lui. Ce poème à la fois touchant et profond m'a mis sur la piste de Perros. J'ai d'abord lu ses poèmes, et puis ses Papiers collés, qui sont restés longtemps sur ma table de chevet. Sa façon d'être autobiographe, je devrais dire: sa façon d'être lui-même—dans ses poèmes à la fois francs et si finement versifiés, dans ses textes en prose qui ne présentent nul artifice narratif—m'a attiré par son authenticité littéraire. C'est une œuvre si fraternelle (comme on le dit souvent), même si Perros sait aussi garder ses distances vis-à-vis du lecteur. C'est peut-être justement cette dualité "familiale" qui m'a captivé: la proximité et la distance de cette voix unique.

PM:

Vous n'êtes pas resté un simple lecteur de Perros . . .

JT:

En effet, plusieurs années plus tard, Judith Hall, de l'Antioch Review, m'a proposé d'écrire un essai présentant un poète français non encore connu des lecteurs américains. À ma grande surprise, j'ai découvert que personne n'avait traduit Perros. J'ai décidé de lui consacrer un essai, "The Tender Gesture," pour le numéro de l'été 2000—un essai surtout sur le thème de l'amour dans ses poèmes. J'ai repris cet essai dans le premier volume de mes Paths to Contemporary French Literature.3

PM:

Et vous avez aussitôt commencé à traduire Perros?

JT:

Non, pas encore. Je traduisais peu à l'époque, étant très pris par mon travail de critique littéraire. Mais au début de l'année 2007, j'ai eu envie de traduire un autre poète français inconnu à l'étranger, Pierre-Albert Jourdan (1924–1981), qui était, d'ailleurs, un admirateur de Perros. Quand j'ai fini ma traduction de Jourdan vers la fin de l'année 2009 (et qui est sortie [End Page 115] plus tard chez Chelsea Editions sous le titre The Straw Sandals), j'ai commencé à traduire Perros. J'ai obtenu une bourse du National Endowment for the Arts pour ce projet, ce qui m'a aidé à mener à bien cette traduction d'un grand choix d'aphorismes et de divers petits textes autobiographiques tirés des trois volumes des Papiers collés et du "quatrième volume," Pour ainsi dire.

PM:

J'ai moi-même travaillé sur ces deux auteurs, mais quelles affinités essentielles verriez-vous, personnellement, entre Jourdan et Perros?

JT:

Une affinité littéraire saute aux yeux: la forme même des "notes" et des "fragments" qu'emploient l'un et l'autre; et Jourdan s'intéresse également à l'aphorisme. Dans les Notes 1980 de Jourdan, qu'il conçoit comme une sorte de journal, il recopie presque entièrement (à la date du 5 octobre 1980) un paragraphe que Perros a consacré à ses propres notes. Ce paragraphe se trouve dans sa très éclairante préface au premier volume des Papiers collés (1960): "La plupart de ces notes, je le sais, sont inachevées. Et ne veulent pas, ne tiennent pas à se montrer ainsi déshabillées. [. . .] C'est pure affaire de forme. Dans le fond, elles s'en moquent et je ne suis pas loin de penser comme elles. C'est peut-être la rançon de ma fatigue. Ma punition. Car je me demande ce qui a pu me fatiguer à un tel point."

PM:

Quels parallèles entre les deux personnalités peut-on, selon vous, y déceler?

JT:

D'abord, l'auto-ironie de Perros ressemble à celle que Jourdan pratique dans ses propres écrits. Il est également important de constater que la "fatigue" de Perros (qui n'a que trente-sept ans à l'époque où il écrit ces mots), comme celle de Jourdan (qui a cinquante-six ans et est...

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Additional Information

ISSN
1534-1836
Print ISSN
0098-9355
Pages
pp. 115-121
Launched on MUSE
2017-05-24
Open Access
No
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