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  • Au "Frère Poulot (dit Perros en sa trappe de littérature)" (Réda)
  • Jude Stéfan

D'Autrement dit, début des Notes du Chemin (1970), à Pour ainsi dire, opuscule posthume de 2004, le Nom de Perros n'a pas changé, vieilli en quarante ans de datation littéraire (ces chiffres extrêmes qui vous figent dans les dictionnaires), mais reste identique, définitif, intéressé toujours à l'exil solitaire—à Léautaud, Suarès ou Michaux—, à l'amitié plus valeureuse que l'amour, à la charge du mariage, à la mort banale, aux rencontres de café, philosophe, outre que résigné, dissimulé en moraliste, proverbiste plus qu'aphoriste stylé dans la lignée des Classiques, lui plutôt du côté indulgent de Joubert.

Car il y a un système sous-jacent de pensée à ces pages dites Papiers par litote, et qui affleure à travers voix, gestes, allure d'antan aussi bien que Textes leur survivant, mais qui, les uns et les autres, forment la figure Georges Perros, ce pseudonyme imposé qu'il n'a que peu commenté ("Il y a une question des pseudonymes" dit un contemporain: pourquoi Stendhal ou Sollers, mais pas Baudelaire, outre Lautréamont redevenu Ducasse, question du faux et de la Sincérité) et dont il n'était guère dupe, bien qu'il ait occulté le nom de théâtre comme s'il lui ressemblait davantage en sa désinence quasi-bretonne mieux adaptée à Douarnenez.

Ainsi les Dictionnaires et les Encyclopédies restent à la superficie de l'œuvre dans leurs résumés: l'homme "inconnu," l'homme du dessous n'apparaît point, celui devant sa mort, celui seul aux latrines, l'homme qui maudit l'épouse qu'il aime, l'homme désespéré pour ses enfants, en deçà même du malentendu de son nom tel qu'il résonne (la légende des pipe, moto, bistrot)—et c'est la Correspondance peut-être qui le montrerait le mieux, l'amitié brute commandant les lettres échappant davantage à la stylisation du genre? Y feindrait-on moins d'être ce qu'on n'est pas? L'Autre du Même social ou littéraire y parlerait-il alors? Les poèmes, quant à [End Page 75] eux, relevant d'un jeu d'octosyllabes allant de Queneau à Cliff dans la lignée du prosaϊsme voulu, poésie non prise au sérieux, ni de la modernité, ni de la rhétorique.

Jean Roudaut rapporte que le titre "Le chemin des Douaniers" avait précédé Une vie ordinaire, pour une existence "sinueuse, étroite, malaisée," faite effectivement de détours personnels (rupture d'études, théâtre, mariage), limitée dans l'espace (dont le voyage au Caire serait l'envers), difficile—métier honteux, maladie prématurée, un autre titre eût été "Les Coulisses"—un figurant évoluant en marge des grands Acteurs d'Écriture (Mallarmé), à l'écart, afin de les mieux observer, rôdant dans leur ombre. "L'absent que nous sommes," il faut le jouer, en acteur caché, celui qui ne se croyait auteur, mais poète ordinaire, penseur de collages, écrivain d'occasion. À côté, refusant la Scène publique. Un cas donc, comme toute réussite (sortie précaire d'anonymat) particulière, en exception à la généralité des écrivains faciles, qui n'écrivent pas contre eux-mêmes.

Cette contradiction, le "Voyage au Caire," à prendre le titre au figuré, la manifeste déjà: 1950, à vingt-six ans: entre une volonté radicale d'être compris, aimé—Écrire—et l'indifférence taoϊste d'un Philosophe quinquagénaire reconnu—avoir écrit, qui n'aboutit qu'à sortir de l'incapacité à écrire, sans plus—, et qui aboutira bientôt à la déception lors des rencontres qui ont suivi dans la Capitale: un "luxe," non une épreuve indéfinie, comme l'est souvent la Littérature. [End Page 76]

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Additional Information

ISSN
1534-1836
Print ISSN
0098-9355
Pages
pp. 75-76
Launched on MUSE
2017-05-24
Open Access
No
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